Sirènes

il y a
2 min
83
lectures
1

A ce miroir où je me regarde sans fin, Je réfléchis au reflet de ma peau moirée Un doigt posé sur les lèvres de ma bouche, Et je tais les promesses de soirées, Non tenues dans les draps de ... [+]

© Short Édition - Toute reproduction interdite sans autorisation

Accompagnées de sbires et de séides,
Un cortège de sirènes Néréides
Dépassant le détroit de Messine,
Armées de lances, assassinent
Nos semblables sans crainte aucune,
Entre les vagues de colère de Neptune.
Toutes ces créatures immondes
Effacent des âmes que la mer inonde.
Toutes droit sorti du sérail
Elles hantent maintenant mes songes
Et nous en viendrons à passer des éponges
Sur les restes du rouge du corail.
Espérons qu'au fond de l'eau, les seiches
Soient épargnées des flagelles de ces méduses
Et pendant que tu t'en amuses,
Il faudrait que je me jette et me dépêche
Dans la gueule ouverte du Léviathan
Puisque c'est ailleurs que tu m'attends,

Dans la salle de jeu d'un transatlantique
De la Jeannette, et Pourquoi pas, du Titanic
Où se choquent les glaçons dans les verres,
Sur les eaux froides de la mer.
Et c'est ici que tu joues à la table de poker
Quand s'écaillent d'effroi les sirènes,
De carreau, de cœur et de pic tu abas les reines
Comme un brelan de Drame sur le tapis vert.
Reste l'étreinte d'un poulpe et de ses tentacules.

C'est maintenant la dernière fois que stridule
Le déchirement de la corne de brume
Et que craque la coque dans l'écume,
Prise entre des icebergs et les bris de glace
Emmenée par le fond dans un bruit dégueulasse,
Où l'on entend le chant des baleines,
Couvert par le rire délirant du Kraken,

Dans les vapeurs d'une fumerie d'opium,
Des fumeroles au fond des abysses
Avec des parfums de vanilles et de réglisse.
Le poison se consume dans un dé d'aluminium
Et la lumière tamisée d'ambre et d'or
Crée une torpeur souveraine
Quand par le fond tu t'endors.
Dans l'eau trouble danse une sirène,
Sous la surface de la mer de java.
Le petit monstre marin au teint hâve a
Une queue d'anguille ou de muréine,
Des ailes ancrées dans le dos, un tatouage,
Et elle se glisse entre les poutres et nage
Entre les flancs de la poupe à l'étrave
Parmi les corps avachis et le tien, saoule épave,

Et la plage du diamant où le sable brille
Au regard vague que lui coule la lune.
Elle luit dans la houle de la mer des Antilles
L'ondulation des flots et des algues brunes,
Où parfois la nuit se noie, l'astre sélène,
Et une frégate flanquée d'une sirène.
Comme une flibustière elle écume les mers,
En épouse fidèle du blitz et des rapines,
Elle est des naufrages la concubine,
Sur la route du tropique du cancer.
Le sel et l'eau mouillent son corsage
De bois peint, juvénile et encore sage,
Elle embrasse la bise, les alizés, Marie Galante
Et toutes les iles sous le vent.
Elle est fière et confiante,
Malgré les railleries des mouettes et des goëlands
Qui sur les mousses et les matelots du gaillard d'avant
Du haut de la mâture, sans vergogne fientent.
1

Un petit mot pour l'auteur ? 2 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Lola LM
Lola LM · il y a
très beau. J'aime beaucoup. Quel beau vers "Et la plage du diamant où le sable brille
Au regard vague que lui coule la lune."

Image de Jean François Bottollier
Jean François Bottollier · il y a
Merci Lola pour votre écoute.