Poupées

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A ce miroir où je me regarde sans fin, Je réfléchis au reflet de ma peau moirée Un doigt posé sur les lèvres de ma bouche, Et je tais les promesses de soirées, Non tenues dans les draps de ... [+]

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O mère nourricière, mère d'abondance
De grains, dans les nœuds de mes cheveux crêpés,
De grains, dans les langes dont je suis guêpée,
Gorge-moi pour toujours depuis la naissance
Que je croisse sans faim ni mal
Pour la paix de ma famille et de nos âmes animales.

O mère prends soin de mes frères et de mes sœurs
Pour qu'ils ne rencontrent les docteurs en cabale
Sacrifiés à la liturgie occulte d'un rituel cannibale,
Aux démons impénitents et leurs assesseurs.

Et j'eus le gîte et le couvert en compagnie de mes compères.

O mère emmaillotée de frusques,
Je te brandis aux nues tel un ostensoir,
Et le balancement de l'encensoir
Aux émanations parfumées de musc,
Fera pisser des cieux une ondée magnifique,
Et tarir de chez moi les ondes maléfiques.

O mère de chiffon que j'invoque,
Protège les fils et les filles de ma maison,
Les semis, les récoltes et les fenaisons
Par la magie de ton pouvoir que je convoque.

Et des semis les récoltes furent prospères.

O mère noire à la mine anthracite,
Le rouge intense de nos hématies
Coule de la source du Dahomey en Haïti,
Dans le même fleuve de plasma et d'hématocyte
Que le sang de feu mes aïeux et mes ancêtres,
Qui se sont désormais affranchis de leurs maitres.

O mère de chiffon, mère que j'implore,
Pique à l'argent de tes précieuses aiguilles,
Le ventre fécond de mes belles filles,
Pour qu'une maternité puisse en éclore.

Et les belles filles firent de ses fils des pères.

O mère, à toi prêtresse je m'assujettis.
Baignée au clapotis des rives de l'Euphrate,
Si ma peau grêlée, noire est fruste et ingrate
Loin du velours du pétale des roses d'Halfeti ,
Ascète, malade aux marges du culte soufis,
Je la préfère aux joues roses des califes bouffis.

O mère envoûte mon mal et Lucifer,
A défaut de médecine savante et d'antibiotiques,
Applique un baume de cette rose aromatique,
Sur mon front amer, en traces Crucifères.

Et au sort de sa volonté la maladie obtempère.

O mère écrue ficelée de cordelettes,
Tu me soutiens sans le gré de notre église,
Cachée sous le coton de ma chemise,
A ma gorge fatiguée, pendue en amulette
A l'insu du saint prêtre et du pasteur,
Emissaires zélés de la croix et leur créateur.

O mère je fais appel à ton indulgence
Pardonne mes fautes et mes blasphèmes
Le jour venu de mon requiem
Car je saurai à temps en faire pénitence.

Enfin, innocente et repentie j'irai au portail de Dieu le Père.




Interprétation du travail de la plasticienne Mariette de la maison de Mariette.
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