En attendant l’orage

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A ce miroir où je me regarde sans fin, Je réfléchis au reflet de ma peau moirée Un doigt posé sur les lèvres de ma bouche, Et je tais les promesses de soirées, Non tenues dans les draps de ... [+]

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Dire qu'il n'est de véritable déluge
Sans gréements et voiliers pour refuge,
C'est alimenter une controverse
Pour une simple averse
Abondée aux ondées lacrimées
D'un dieu puissant et déprimé.
Alors sûr que rien n'ira au raz d'Ararat
Entre Azov, Caspienne et Marmara,
Dans ce nouveau conte de boniments
Arrangé à l'héritage de l'ancien testament.
 
Et donc il était une fois,
Qu'aux vents venant d'au-delà des pâturages,
Sentant à l'horizon poindre les orages
On voulut faire comme autrefois ;
S'équiper d'un rafiot vaste et suffisant,
Bâti de l'éloquence des artisans
A la promesse d'un avenir chagrin
D'errance sur les eaux de pluies et des grains.
 
On est peu habitué à l'intérieur des terres,
Familiers des floralies et du carnaval
A bâtir des architectures navales,
Outre celle d'un embarquement pour Cythère.
 
Et chacun de mettre la main à l'ouvrage,
Qui vite sort, tôles, piquets et baquets,
Vite, du fil des vignes pour l'accastillage
Des bobines emmêlées et des paquets,
Vite, vite, des bois le bois du bastingage ;
Vite, à la cuisine sortis de la cage...
Les perruches et le perroquet
Pour la mature... et vite des cordages
Pour amarrer la bitte aux taquets,
Vite, vite du bassin la bouée de sauvetage
Et vite encore bien d'autres acquêts,
Des badines et des bâtons
Tout un fourbi de rogatons
Pour faire vite et bien, un bon voyage.
 
Sûr ! D'objets divers on fit un beau bastringue,
Tendu de drisses aux vergues et d'élingues
Où l'on put hisser la grand-voile,
De rouge tissée en son centre d'une étoile.
En vrai on fit un bateau, et de belle allure,
Avec les châteaux d'avant et d'arrière,
Pavoisé de trucs en fer dans la voilure
Dont, sans mentir nous pouvions être fier.
 
Et les mômes n'étaient pas en reste
Entre le chien qui aboie et le chat qui miaule,
Qui firent de diverses carioles
Une flottille de canoés modestes
En prévenance d'avaries funestes,
Et n'être à la mer que marins marioles.
 
Parés contre vents et tempêtes
Impatients de la foudre et d'escampettes
Nous étions prêts. Mais de l'eau nulle goutte,
Et l'on avait tout le temps sans doute
Quand là-haut Yahvé s'entourloupa
Et que de l'eau il n'y avait toujours pas.
 
Et diable, que les dieux sont fantasques
Quand le vent vient de bises en bourrasques
Et que vibrent les haubans et les élingues,
De la hune à la ride et la carlingue.
C'est un concert de notes et de sons grinceux,
Ceux d'un temps annoncé mais capricieux,
Qui frémit sec et chiale en sanglots longs,
Comme le crin sur les cordes d'un violon.
Et tintent aux mats mille timbales,
Une fanfare galvanisée par des cymbales,
Une symphonie dirait-on contemporaine
Aux harmoniques et mouvements grincheux,
Qui s'accommode aux accords fâcheux
D'une cacophonie stridente et souveraine,
Pourtant fille née d'un bon air
Sous le vent en attente du tonnerre.
 
Et si tout cela n'est pas fluide
C'est qu'il y manque proprement de liquide
Tant la pluie fait encore défaut.
Et l'on a du temps plus qu'il n'en faut.
Et comme ce bateau n'est que le notre
Alors que chacun veut le sien,
Rendus fils d'Argonautes plus que béotiens,
Nous en faisons quantité d'autres.
 
Puis le vent porte ailleurs des augures semblables,
Qui s'émeut bientôt d'une future submersion
Et s'envisage contre cette prédiction
Sur une identique coque imperméable.
Et ne pas rester les mains dans les poches
Quand armés de pelles et de pioches
Et d'une folle quantité de courage
On déracine le Mont Saint Michel.
On y ajoute quelques rangs d'étages
A grand renfort de courte-échelle,
On le fait croitre de tant de pièces montées
Qu'enfin il ressemble à la tour de Babel
Au milieu d'une mer démontée.
 
Cependant à l'autre bout de la terre,
D'aucuns à cette prophétie opportune
Rêvent d'une telle dérive pour leur fortune,
En se libérant d'une union délétère,
Et qui par des mains adroites s'assurent,
D'un essor de la sorte à Lassa,
D'un auspice obscur vers une postérité sure,
Dans une espèce de décrochez-moi-ça.
 
Et bien d'autres villes encore
Veulent échapper à leur décor,
Coquettes affublées de ponts et de coursives,
Curieuses en déambulations successives,
Toutes biscornues entre les murs des baraques
Accrochées de balcons aux balustres baroques,
D'artimons en cacatois et beauprés
Ainsi armées pour le monde d'après.
 
Pour les bateaux et les villes c'est entendu !
Mais sur cette vaste mer étendue
N'y a-t-il d'autres pilotages accessibles
Que ceux de bâtiments submersibles ?
Encore faut-il aux hommes du temps.
Additionnant les mois et les contretemps
Et quand croît l'impatience des matelots
A ne pas voir approcher le bord de l'eau
Il faut croire que nous en avions.
........
Ainsi donc nous fîmes des avions !
Tous les principes étaient dans nos habitudes
Si ce n'était de gagner un peu d'altitude.
Encore des vis, des boulons et de la ferraille.
Comme aux bateaux, à l'arrière un gouvernail,
Sur les côtés des ailes et le moteur devant.
 
Mais sans voiles, ils n'étaient guère faits pour le vent.
Alors accordant à nos enfants un privilège
Nous ajoutâmes aux villes des manèges,
Y accrochant les aéroplanes au carrousel,
Ces engins parés d'hélices inutiles
Seraient bien au jardin des délices futiles
Ainsi orné de breloques et de balancelles.
 
D'abord avertis d'un déluge dégouttant
De l'eau il n'y avait toujours pas
Et dès lors pour jouer on avait tout le temps
Puisque le mauvais n'y était pas.
 
Interprétation du travail du sculpteur assembleur Jean Branciard.
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