Sous la surface, le passé

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J'aime raconter des histoires ! ... à travers des nouvelles ou des romans. Si vous souhaitez me lire en format plus long, j'ai également écrit "2048", un roman policier d'anticipation traitant ... [+]

Image de La Matinale en cavale - 4ème édition

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À travers son masque de plongée, Enzo regarda Myriam, sa compagne. Il vérifia son détendeur et fit signe avec son pouce et son index que tout allait bien. Basculant par dessus bord, tous deux s'enfoncèrent dans les profondeurs marines. Leurs premiers battements de palmes furent accompagnés par le passage d'un banc de maquereaux. Des centaines de brindilles argentées semblaient leur souhaiter la bienvenue sous la surface. Lorsque les poissons s'éloignèrent, ils purent enfin apercevoir ce qui les avait amenés ici : face à eux se dressaient deux rangées de masses sombres. Lentement, ils s'approchèrent, fascinés par le panorama triste et hypnotique qui apparaissait devant eux. D'abord, ce fut la découverte d'un pont légèrement bombé. La rouille avait entravé la ferraille, les algues avaient recouvert la structure. Des raies bouclées et douces ondulaient nonchalamment sous la structure immergée, indifférentes aux deux plongeurs qui les observaient. Une fois la passerelle dépassée, se précisèrent deux rangées de maisons collées les unes aux autres, alignées avec la plus grande précision. Les toits s'étaient effondrés, découvrant des intérieurs figés dans l'immobilisme aqueux. Les façades, en briques ou en pierres, avaient été colonisées par les moules et les palourdes ou s'étaient transformées en murs végétaux. Chaque trou, chaque interstice était devenu le refuge des poissons de roche. Les fenêtres étaient à présent des trous béants dans lesquels se faufilaient les phoques gris, insatiables curieux. Pourtant, autrefois, ces constructions avaient dû faire la fierté de leurs habitants. Les demeures semblaient solides, cossues. Les frontons étaient décorés, ciselés. Même patinés par le temps, l'eau et le sel, il était possible de distinguer des pierres taillées, des moulures. Manifestement, des hommes et des femmes avaient habité ici autrefois. Des populations riches et fières avaient vécu dans ces habitations, et y avaient sans doute été heureuses. Manifestement se pressait devant leurs yeux le témoignage d'un glorieux passé. Ces constructions s'étaient autrefois dressées fièrement vers le ciel. Aujourd'hui, ces bâtisses n'étaient plus que ruines et habitats pour les poissons et les mollusques. Ce qui avait été autrefois une rue se poursuivait par un nouveau pont sur lequel étaient cadenassés des dizaines de vélos. Il y avait eu de la vie dans cette artère, il y avait eu du bruit. À présent, la mer avait tout recouvert, et le monde du silence s'était imposé.
Ces constructions semblaient se poursuivre à l'infini. Le quartier paraissait organisé de manière géométrique. Les allées s'enchaînaient, parallèles les unes aux autres.
Soudain, Myriam aperçut au loin une structure différente. Un agencement, au sol, d'une vingtaine de mètres de long sur quelques mètres de hauteur, se détachait de la vase et des fonds marins. Ils s'approchèrent doucement. Des lettres blanches se dessinèrent peu à peu. I AMSTERDAM était à présent lisible.
Après deux heures de plongée, tous deux remontèrent à la surface et gagnèrent leur embarcation. Assis l'un à côté de l'autre, main dans la main, ils ne distinguaient que de l'eau à perte de vue. Seul, un pic de pierres taillées se dressait encore devant eux : le clocher de la Westerkerk, désespérément muet.

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Pat Vermelho · il y a
Merci Yann pour ce très joli texte dans les profondeurs marines.
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Yann Moe · il y a
Merci beaucoup !

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