Si proche de toi!

il y a
4 min
19
lectures
2

Un rêve, un espoir naîssent à travers une inspiration. Je me réjouis quand ma plume, me laisse conduire vers des beaux cieux. Je m'évade et je m'échappe vers un monde meilleur.

Je m'enfouis dans mes pensées, dans la saveur d'une légère amertume qui sillonne un chemin arpenté d'affection délicate. J'évoque le souvenir de mon père, un homme si merveilleux !
Je voudrais pour une dernière fois chuchoter dans le creux de son oreille, pour qu'il ressente mes vibrations ornées de perles de larmes.
Plongé dans son aphasie, seul son regard disait grand, un sourire transcende de temps à autre, ravivant sa tendresse pudique.
Ses gestes tâtonnent son corps qui demeure figé et qui résiste aux affres de la maladie, sa respiration est saccadée par des râles qui déchirent le silence d'une nuit d'automne.
Des soupirs surgissent de son âme éreintée, ses lèvres s'obstinent à rester muettes, son regard s'assombrit. ll s'accroche au firmament de ma tristesse. Un éclat d'une clairvoyance réanime ses pupilles, en vain il demeurera dans son silence, emportant dans le fond de sa mémoire ce qu'il voulait nous confier pour la dernière fois.
Des doux souvenirs défilent au creux de ma mémoire. Je revois sa démarche, émergeant d'un flegme propre à sa nature, d'un calme serein, il demeurait silencieux, son regard fixe un point précis, il tente d'engager une discussion.
Son oreille s'obstine à lui offrir des sons qu'il aimerait tant entendre, du coin de l'œil il nous regarde, n'osant même pas nous dire de répéter.
Ma mère de sa voix in crescendo, remarque son désarroi, elle reprend la phrase qu'il a loupée, son visage s'illumine ainsi il rentre dans l'arène dignement, il sourit, son regard est radieux, il donne son avis, des rires s'éclaboussent, une ambiance festive s'offre à lui.
Muni de sa loupe, il s'adonne à la lecture quotidienne, il scrute ligne par ligne, il penche sa lorgnette sa sincère alliée, qui n'abandonne point les hommes vaillants, avides de savoir.
De temps à autre il relève sa tête, pour nous dire ce qui se trame dans le monde, il nous explique à sa façon, à la manière d'un journaliste qui se soumet à résoudre les mystères de cet univers secoué par des guerres, des conflits semés de temps à autre de catastrophes naturelles.
D'une douceur suave et délicate, je me réjouis en me souvenant de mon père, assis sur une chaise, il se tient légèrement penché, une chaussure entre ses mains, il sort sa boite à cirage, de couleur gris acier, à peine tenue, d'un fil de fer, on aperçoit toute une panoplie pour lustrer les chaussures, il se munit d'un vieux chiffon qui embaume délicatement, la chambre ravivée d'une lumière tamisée.
D'un air pensif et d'un geste précis, il frotte la chaussure pour l'imbiber de cire, il insiste sur les coins et les recoins, ne laissant l'ombre d'imperfection.
Ensuite il saisit une brosse rectangulaire, charnue de poils drus, il lustre avec ardeur, le cuir usé, il s'affaire à la rendre dans sa splendeur inouïe, qu'on croirait qu'elle vient d'être achetée d'un magasin à chaussures.
Ainsi les chaussures défilent l'une après l'autre entre ses mains magiques, tout en regorgeant sa fibre paternelle, il s'adonnait à ce plaisir, pour ravir ses filles.
Une fois sa besogne menée à bien, il étale les chaussures avec une précision impeccable, tout au long du mur, des odeurs de cire embaument le crépuscule qui s'incruste dans la pièce, au son de la cadence d'une pendule accrochée au beau milieu du mur immaculé, orné de faïence aux couleurs pastel, qui animerait la ferveur d'un tableau peint en aquarelle.
Ainsi à chaque instant que je regagne la demeure familiale, je succombe dans une nostalgie caressant des souvenirs si lointains et suaves par la joie et l'allégresse de mon père en me voyant franchir le pas du vestibule submergé par la résonnance des miaulements des chats.
Il se met debout, dignement, je l'embrasse tout en le serrant dans mes bras, un sourire transcende de son visage accentué par la force de l'âge. Il affiche une humeur solennelle, il prend un temps d'arrêt pour temporiser sa joie, il demande de mes nouvelles, il n'oublie personne, enfin il se rassoit sur son fauteuil tout en continuant à me contempler.
Je scrute les visages de ma famille, je respire les lieux qui demeurent inchangés, l'éclat des murs capte mon regard, je contemple la pièce que j'ai laissée pour la dernière fois lors de mon dernier passage, je retrouve mon humeur joviale, Je me laisse emportée par une liesse, que mon cœur œuvre à décoder, par ce fait seule la maison parentale pourrait assouvir le mal du pays.
Je finis par m'assoir sur le fauteuil tant convoité depuis ma plus tendre enfance, de couleur vert bouteille, à peine couvert d'un bout de tissu, laisse paraitre des polochons, usé par le temps, mais immuable dans sa posture.
Dans l'autre bout du mur une bibliothèque impose sa carrure, de part et d'autre des livres s'alignent tout le long de l'étagère, des bibelots rapportés de pays lointains, nous donne un gout d'évasion, une pyramide par ci, une statuette par là, d'éléphant en ébène, ses cornes d'ivoire s'affichent majestueusement, sur le front de la vitrine.
Au bas de la bibliothèque des tiroirs se succèdent, agrémentés de poignets argentés, à peine assombris par la trace des mains, le premier tiroir offre des objets utiles au quotidien, dans le second tiroir on aperçoit des dossiers enveloppés dans des chemises multicolores, affichant des en -tête bien lisibles, d'une écriture noble, digne d'une démarche d'un administrateur, qui organise son travail d'une minutie intransigeante.
De l'autre bout de la salle de séjour, une table ronde se place au coin de la fenêtre qui offre un paysage fleuri du jardin aux nuances printanières, rehaussé par des parfums aux fragrances délicates.
Un petit carré de verdure engourdi au seuil de la porte d'entrée affiche une odeur d'herbes mouillées, qui s'imprègnent de l'écume de la terre humectée par la rosée, un arbuste planté au beau milieu, se regorge de bourgeons à peine en floraison, un feuillage d'un vert serein, luisant sous les rayons intimidés bercé par un soupir d'une douce brise.
On entrevoit un mouvement d'un vol d'oiseau qui oscille autour de l'olivier emblématique qui régénère à travers ses pousses verdâtres écarlates effleurant le sommet d'un mur hautain, qui laisse paraitre des fissures rongées par l'usure des saisons qui défilent au rythme des années.
2

Un petit mot pour l'auteur ? 2 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Felix Culpa
Felix Culpa · il y a
Une histoire magnifiquement bien écrite et pleine d'émotions. Je m'abonne à votre page. Merci pour ce bon moment de lecture.
Image de Faye YOUSSEF
Faye YOUSSEF · il y a
Merci Felix, c'est un texte que j'ai écris en hommage à mon père décédé.