Ode à l'Espoir

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Enchantée, Cassandre 21 ans. L'écriture me permet d'extérioriser mes émotions de la plus subtile des façons...

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Le cruel périple du crépuscule à la renaissance.

Je marchais péniblement à travers une dense forêt. Les lianes effleuraient délicatement les racines de mes longs cheveux bouclés. Elle m'emboîtait le pas. Comme à son habitude. Plus que quelques heures avant le Printemps. J'avais pourtant perdu la notion du temps, mais ce jour, je l'attendais avec impatience. Il allait, nul doute, devenir l'un des plus beaux de toute ma vie. Je m'efforçais à continuer de marcher, sans m'arrêter. L'atmosphère devenait pesante, et l'air irrespirable. Je ne savais pas exactement ou je me situais sur la planète, mais une chose était sûre : je parcourais l'hémisphère Sud. Des perles d'eau salées dégoulinaient de mon front, la chaleur se faisait de plus en plus accablante. Fallait-il que je laisse passer la nuit, à me reposer ici quitte à perdre du temps ? Elle répondait à ma place à ce type de question... A toutes les questions existentielles que je me posais, d'ailleurs. « Oui » susurrait-elle, avant de poursuivre : « restons ici, nous reprendrons la route demain au petit matin ». Je n'étais pas du même avis, mais il m'était impossible de rentrer en désaccord avec elle. J'avais si hâte d'arriver au bout de ce périple qui m'importait terriblement. Mais avec le temps que nous avions perdu, je le voyais s'éloigner d'heures en heures. J'avais trouvé un arbre auquel m'adosser, le temps d'une nuit. J'observais le soleil se coucher, une farandole de lueurs colorées s'en dégageait. C'était magique, un spectacle au moins digne de notre cher ami Molière. Une fois le soleil couché, celui-ci laissait place à une hypothétique lumière qu'on appelle le crépuscule. Je me replongeais dans mes souvenirs d'enfances dans lesquels mon professeur de philosophie assimilait l'image du crépuscule à une forme de déclin. D'après lui, cette obscure lumière signifiait implicitement une forme de « fin ». Un rictus se dessinait sur mon visage et pour cause, ce n'était pas la fin pour moi, mais bel et bien le commencement. Pour être pleinement honnête, je doutais de ma capacité à dormir dans un milieu si hostile. Et pourtant... Mes paupières se faisaient de plus en plus lourdes. Je résistais, au début. Cependant mon corps en ressentait le besoin, il ne fallait pas que je refoule une nouvelle fois ses exigences. Je me laissais alors, peu à peu tomber dans un profond sommeil.
« Dors...Il vaudrait mieux renoncer à ta quête. Elle n'est pas sans risques. » Me murmurait-elle à l'oreille.
Je n'avais pas la force de lui répondre, ni même d'ouvrir les yeux. La fatigue qui s'abattait sur moi était tant assommante que de voir Morphée sous forme de lutin, traînant son pochon de sable pour m'en lancer dans les yeux, m'aurait semblé d'une normalité incontestable.
Allongée à même le sol, une terre brunâtre d'une tiédeur agréable, ma tête reposait encore sur le tronc du gros arbre qui me servait d'oreiller. Ma respiration ralentissait et s'apaisait doucement. Alors que j'avais trouvé le sommeil sans difficultés, je me sentais me rapprocher encore du sol sur lequel je m'étais assoupie. Comme si l'étau se resserrait. La terre m'enlaçait, nous ne faisions qu'un. Ce qui aurait pu s'apparenter à une utopique vision botaniste. Pourtant je le savais, baisser ma garde à ce moment précis aurait été d'une naïveté considérable. Une force s'emparait de mes poignets, pour les joindre si fort au sol que j'avais l'impression de le traverser. Puis, ce fût au tour de mes chevilles. Je ne savais pas comment nommer cette chose qui m'agrippait si fort, et à vrai dire ce n'était spécialement pas le moment que j'avais choisi pour me creuser les méninges. La sensation procurée était telle que j'imaginais un rêche serpent qui s'accaparait mes articulations. C'était étrangement indolore. Physiquement, du moins. Peu à peu je sentais la chose se rapprocher de mon cou, qui se retrouvait scellé à la terre, je suffoquais. Confuse et paniquée je résistais, j'étais comme prise dans un engrenage infernal que je ne parvenais plus à interrompre. A ce moment même, je pris péniblement une inspiration. Mes yeux s'ouvrirent instantanément. Mais il me fallut quelques secondes pour réaliser que je voyais mon corps, inerte, d'en haut. Comme si je l'avais quitté. Me regarder du dessus me remplissait d'incompréhensions : pourquoi étais-je prisonnière de racines ? J'avais l'impression que la folie s'était emparée de moi. Flotter au-dessus de moi-même me semblait déjà complètement improbable et irréaliste, alors je pris la liberté de me rapprocher. Je ne voyais pas le monde d'en haut comme si j'y étais, le décor m'était entièrement différent. Je ne percevais plus la forêt, mais bien le seul et unique arbre qui avait déployé ses racines, faisant de moi sa fugitive. Le reste était flou. D'un bleu profond, j'ajouterais même. Bizarrement, je n'avais plus peur, je me sentais en sécurité hors de mon corps. « Hors de mon corps », cette phrase résonnait dans ma tête comme un écho entre deux canyons. Je le savais, ce sentiment de bien-être qui m'animait finalement n'allait pas s'éterniser ; Et pour cause, plus je me rapprochais de mon corps, moins je n'avais envie d'avancer. Comme si l'unique prison, c'était lui... Moi.
Un sursaut me fit brusquement revenir à une réalité partielle, je ne l'entendais plus. Elle avait cessé de me parler depuis un certain temps. Peut-être était-ce parce que je ne l'écoutais plus ?
J'établissait alors un lien entre le fait de ne plus l'entendre et celui d'errer hors de moi-même. Tiraillée entre la peur de ce que j'allais découvrir et la curiosité grandissante qui m'animait, je décidais malgré tout de me rapprocher encore.
Des symboles apparaissaient sur les racines de l'arbre qui entourait mon corps. J'étais encore trop loin pour qu'ils ne soient lisibles. Dire que cette quête devait être libératrice... Je ne m'attendais pas à ce que ce terme soit employé au sens propre. Quoi de plus libérateur que de planer dans les airs, finalement ? De voler de ces propres ailes, sans contraintes apparentes.
Je me devais de revenir à la réalité, celle qui était si difficile à contempler qu'elle m'en aurait brûlé les yeux. Avant de parcourir le dernier mètre me séparant de mon corps, j'eu une pensée pour tous ceux ayant été les piliers de la si frêle fondation que je représentais.
Les racines qui me lacéraient étaient désormais à ma portée. Les mots qu'elles dévoilaient étaient lourds de sens. Je ne pouvais vous retranscrire le sentiment qui m'envahissait à ce moment précis. « Amour, empathie, injustice, culpabilité, colère, tristesse ». Voici les maux que l'arbre portait. Mes maux pour être honnête. Je percevais peu à peu les racines libérer mes articulations, puis mon cou. Malgré l'obscurité persistante, j'y étais parvenue. J'avais enfin accepté cette réalité poignante qui me martelait tant. L'intégralité de mes interrogations s'étaient enfin éclaircis, je connaissais la raison pour laquelle je ne parvenais plus à l'entendre. Cette odieuse petite voix qui m'empêchait de lâcher prise. Vous contrôlez votre pensée lorsque vous rêvez, vous ?
« Nausicaa ! réveille-toi ! » hurlait Cléo, mon amie, penchée au-dessus de moi.
J'ouvrais les yeux, au beau milieu de la forêt, me rappelant de tout ce qui m'était arrivé hier soir. Mon visage décrispé en était la preuve formelle : j'étais parvenue au bout de ma quête. Nous étions le premier jour du printemps, symbole d'une renaissance personnelle accomplie. Il est un rude combat contre nous même que d'accepter que nos émotions prennent le dessus sans jamais demander une quelconque permission. On appelle ce phénomène, l'hypersensibilité. L'intensité d'un être doté d'une pensée qui jamais, ne laissera de répit. Je viens en quelques mots d'accepter cette réalité qui est la mienne. A chacun sa quête, et n'oubliez pas votre sac à dos !


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Les Histoires de RAC · il y a
De bonnes idées ☺ ♫ ♪