Mélancolie

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A travers les persiennes, le soleil de juillet chauffe mes jambes. Ce sera une très belle journée. Je décide d’en profiter. Après un rapide repas et une longue douche, je choisis une jupe fleurie et un débardeur, tenue simple et féminine. Je suis prête pour Paris Plages et ses distractions ! Ah Paris l’été... le RER, ses sièges de cuir brûlant les cuisses, l’odeur de transpiration qui parfume les wagons... Qu’importe, un air me trotte dans la tête de mise avec ma bonne humeur... J’me baladais sur l’avenue le cœur ouvert à l’inconnu... Saint-Michel, c’est là que je rejoins les quais. Je marche un moment, me mélangeant aux autres passants, écoutant le rire des enfants et enviant les amoureux enlacés sur les bords de Seine. Après une demi-heure de marche, je me pose un livre en main. J’ai emporté l’Arrache-Cœur, mon roman préféré dont je ne me lasse pas. Je retrouve donc Jacquemort chez Clémentine et Angel pour la naissance des trumeaux. Toutefois je n’arrive pas à me concentrer sur ce que je lis. Je sens un regard posé sur moi. Les yeux fixés sur mon roman, je souris en me demandant si ce jeune homme assis à quelques mètres de moi osera m’aborder. Il se décide ! Et ainsi nous discutons pendant une ou deux heures assis sur les quais sous le soleil de Juillet. Nous parlons bien-sûr de Paris Plages, de nos goûts littéraires et musicaux, bref, de tout et de rien. Son prénom ? Aucune importance... je ne le retiendrai pas. Bien que sa compagnie fût agréable, je décline sa proposition d’aller prendre un café et me replonge dans les méandres du métro parisien. Il est temps de retourner à ma petite vie. Je passe l’été à travailler dans un supermarché. Je remplace la secrétaire du rayon textile. J’ai eu de la chance de trouver cet emploi, ils me demandent juste de saisir les factures sur un logiciel prévu pour ça. Moi qui pensais passer deux mois en tant que caissière à supporter les remarques et réclamations des clients, je suis finalement bien tranquille dans un bureau au calme. Je prends tous les matins le bus de 8h10, je m’installe à mon bureau jusqu’à 12h, puis déjeune dehors en profitant du soleil jusqu’à 12h30, et finalement rentre chez mes parents vers 17h. Le week-end, je passe la plupart de mon temps avec mon petit ami.
Les parents de Fred étant absents ce week-end là, je file le retrouver dans leur appartement. Fred est blond avec des yeux d’un magnifique bleu qui lui donne beaucoup de charme. Il aime la guitare et la philosophie. Nous nous connaissons depuis le lycée et nous sommes retrouvés par hasard à la fac de Paris sud. Cela fait maintenant plusieurs mois que nous sommes ensemble. C’est loin d’être la passion que l’on voit dans tous ces films... C’est plutôt une amitié améliorée, une façon de combler ce vide pesant.

Depuis plusieurs années, je me sens étrangement seule. Ma vie a beau être remplie par mes amis, mes études, mes animaux, mes petits amis, rien n’y fait, il me manque quelque chose. Chaque soir quand je me glisse dans mon lit, je sens mon cœur se serrer et je ne peux retenir mes larmes. Je devrais être heureuse, je suis entourée, mes journées et mes soirées sont souvent bien remplies et pourtant, cette sensation revient sans cesse. Ce vide devient oppressant...

La fumée envahit la pièce. J’écoute la musique allongée contre Fred, les yeux dans le brouillard. Pour quelques instants mon esprit se vide, mon cœur se calme enfin.
Lorsque j’ouvre les yeux, le soleil est déjà levé depuis longtemps. Je reste encore un long moment ainsi sous les draps avec Fred, à attendre que le temps passe. La fin de la journée approche, je reprends mes affaires et rentre chez moi. Déjà sur le trajet je sens ce vide s’immiscer à nouveau en moi. Je n’ai pas faim. Je souhaite juste retrouver mon lit, mettre mes écouteurs et pleurer jusqu’à épuisement pour enfin m’endormir. Demain est un autre jour, demain m’apportera peut-être ce qu’il me manque...

Les jours passent et se ressemblent... le travail, les sorties, les soirées enfumées... Et ce vide qui grandit, qui fait mal. Ca en devient douloureux. Le sexe, l’alcool, le cannabis, tout ça ne me fait oublier que passagèrement ma douleur. Le retour à la réalité n’en est que plus difficile. C’est un cercle vicieux, plus j’ai mal, plus je veux oublier, plus je me plonge dans cet univers dévastateur. Les soirées avec Fred ne me suffisent plus.

Je décide de sortir avec mes copines en discothèque. Une soirée entre filles me fera du bien ! Je me prépare, maquillage, petite robe noire, chaussures à talons. C’est parti ! La danse et la vodka font leur effet. Je ne pense plus. Lui, il me regarde. Je danse avec lui un long moment, me laisse porter par la musique. L’obscurité, les corps qui se frôlent, tout ici incite à se laisser aller. Nous rejoignons ma voiture afin de trouver un lieu où nous serons vraiment seuls. Sur un parking désert nos corps s’enlacent, se fondent l’un dans l’autre. Je ne sens même pas le frein à main s’enfoncer dans mon genou. Je respire son odeur, sens ses caresses sur ma peau, vibre de désir. Pendant un instant, je me sens vivre.

Le lendemain, le réveil est difficile. Un écrou enserre ma tête. La fin de la soirée me paraît floue. Essayer de me rappeler accentue ma migraine. De cette virée en voiture ne me reste comme souvenir que les bleus qui couvrent mes genoux, pas de nom, pas de visage mais cela m’importe peu.

Les jours suivants se passent toujours de même. Je prends le bus de 8h10, saisie les factures puis rentre. Mes soirées sont partagées en Fred et les discothèques. Danse, alcool, cannabis... puis ecstasy... Les jours deviennent confus. Je vis machinalement la journée. Les soirées deviennent de plus en plus vagues. J’oublie mes rendez-vous avec Fred. La pilule d’amour me plonge dans des états d’euphorie. La foule, la chaleur et la musique me réconfortent. Pour quelques heures seulement... Les trous noirs se font de plus en plus fréquents. L’ennui, l’angoisse des lendemains sont de plus en plus durs à supporter. L’été se termine, le travail aussi. Mes journées sont vides, comme moi. Encore quelques semaines à combler avant la reprise des cours. Je passe mon temps à discuter sur internet lorsque je ne suis pas en soirée. Ne pas être seule, ne pas penser à cette douleur, oublier à tout prix. Tout se mélange, je me perds.

Je me réveille encore une fois brumeuse aux côtés de Fred. L’appart empeste le tabac froid, des bouteilles d’alcool jonchent le sol, un sachet d’ecstasy vide traine à côté. Impossible de me rappeler de ces derniers jours. Pourtant quelque chose me parait différent... Je réfléchis longuement mais à quoi bon, rien ne me revient. J’ai pourtant cette sensation d’avoir oublié quelque chose d’important. Qu’ai-je fait ces derniers jours ? Je me plonge dans un bon bain. Ca me détendra sûrement. C’est là que je remarque cette bague. Je porte une nouvelle bague, une de celles qu’on obtient dans ces machines pour 1 euro. Pourtant quand je la regarde, j’ai une drôle de sensation. Cette bague compte étrangement pour moi. Pourquoi ? Je suis certaine quelle ne vient pas de Fred. Il faudrait que je me souvienne... Il faudrait que ces trous noirs disparaissent. Il faudrait que tout cela change. Il FAUT que je me retrouve.

Après m'être habillée, je prends mon courage à deux mains. Je mets un terme à mon aventure avec Fred. Je renonce à mes prochaines sorties en boîte. Je renonce à cette vie, à ces fréquentations d’un soir qui me détruisent nuit après nuit. Puis je passe le reste de la journée les yeux rivés sur cette bague. J’ai beau réfléchir, je ne vois pas qui aurait pu me l’offrir. Mais cette impression est toujours là, Il compte pour moi. Je repasse le nom de tous ceux que j’ai fréquentés ces derniers mois et dont je me souvienne. Aucun ne compte.

Les jours suivants, Il continue d’obséder mon esprit. Qui est-Il ? Je veux le retrouver. Pour la première fois depuis des années, le soir je ne pleure pas, je pense à Lui. Je passe des heures à regarder cette bague. Je ne veux plus de rendez-vous, je veux le revoir Lui. Comment est-il possible d’avoir oublié des jours entiers et d’en garder en même temps une trace indélébile ? Je le cherche, partout, quand je me promène dans la rue, dans les magasins, dans les transports en commun... Il hante mon esprit. Lui ai-je seulement laissé une chance de me retrouver ? Quelques bribes de souvenirs traversent mon esprit. Des heures de discussion sur un tchat, une virée en voiture dans Paris, une silhouette rassurante, les lumières de la ville, la tour Eiffel qui scintille, mon rire qui emplit la voiture. Puis le trou noir.

C’est l’après-midi, j’attends le bus qui m’amène à la gare. En face, il y a un petit parking. J’aperçois alors une silhouette qui sort de sa voiture. J’ai une impression de déjà-vu. Je reste immobile, fixée sur cette silhouette rassurante. Mon cœur s’accélère. Mon corps se fige. Ses cheveux bruns, ses larges épaules et son allure protectrice me captivent. Il se retourne, me voit, me sourit. Ma vie n’est plus vide...

A mon amour.

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