L'or de Breslau

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Breslau, Basse Silésie, Pologne. Février 1945.

Les cheveux plaqués sur son front, les manches de sa chemise retroussées sur ses avants-bras, le professeur Günther Grundmann s'affairait à reproduire à l'identique la statuette d'une divinité païenne dans son atelier de Breslau. Derrière lui, un jeune assistant le regardait faire, attentif.
Lorsque l'on frappa à la porte. L'assistant se dépêcha d'aller ouvrir. Un homme de petite taille, affichant un air sévère sur le visage, portant des petites lunettes rondes ainsi qu'une moustache s'arrêtant à la commissure des lèvres, rentra dans la pièce. Derrière lui un officier SS le succédait.
Le professeur cessa aussitôt son travail et se dressa sur son séant, levant le bras droit à la verticale.
– Heil, Himmler !
Sans autre préambule, Himmler rentra dans le vif du sujet de sa visite impromptue :
– Cher Professeur Grundmann, la guerre n'est pas encore finie !
Le professeur resta stoïque face cette déclaration. Les soviétiques progressaient par l'est alors que les alliés renforçaient leurs positions à l'ouest.
– Je viens à vous car nous devons penser au 4ième Reich. L'Ukraine deviendra le grenier de notre Empire.
L'officier Ollenhauer s'avança alors et tendit au reichsführer-ss un long étui en cuir.
Himmler en sortit une carte de la Pologne qu'il déroula sur le bureau du professeur puis lentement pointa son index sur celle-ci.
– Ici !
Puis il déplaça son doigt légèrement sur la gauche.
– Là également...
En tout Himmler pointa onze sites sur la carte.
– Vous allez dès à présent travailler en étroite collaboration avec l'officier supérieur Ollenhauer afin de mettre en lieu sûr les richesses que nous avons glorieusement conquises!

*
**

Les doigts s'aventuraient lentement sous le corsage délacé d'Inge. L'homme en chemise blanche déboutonnée effleurait sa peau de baisers passionnés.
A l'étage inférieur des échos de musique ainsi que des éclats de rire se faisaient entendre. La fête battait son plein au palais Seydlitz.
Construit au 18ième siècle par le général Friedlich Wilhem Von Seydlitz, proche du roi Fréderic le Grand, ce palais situé dans le petit village de Minkowskie, à seulement une cinquantaine de kilomètres à l'est de Breslau, était un lieu de loisir privilégié des officiers allemands qui souhaitaient s'y divertir en toute discrétion.
C'est ainsi que l'officier SS Von Stein avait convié Inge, sa maîtresse depuis plusieurs mois.
Von Stein glissa sa main entre les plis de la robe puis remonta le long des cuisses jusqu'à atteindre le mont de Venus. Bien campée sur ses coudes, Inge se cambra en arrière, tout en se mordant la lèvre inférieure de désir.
– Que tu es belle ma colombe, lui souffla Von Stein alors qu'il entreprenait avec sa bouche de mordiller l'un des tétons désormais entièrement mis à nu.
Inge était follement amoureuse de son amant, tellement élégant dans son costume noir et saillant. Elle glissa doucement sa main dans ses cheveux blond alors que celui-ci s'était penché dans son entrejambe comptant bien lui soutirer un râle de plaisir avec la langue.
Lorsque qu'un vacarme effroyable se fit entendre provenant de la cour. Des camions militaires rentraient en trombe et pilaient sur le gravier. Aussitôt la musique provenant du rez-de-chaussée s'arrêta.
L'on tambourina alors violemment à la porte.
Von Stein se redressa alors qu'Inge prit le réflexe de se couvrir la poitrine de sa chemisette en soie.
– Herr Von Stein ! Herr Von Stein !
Après une hésitation face à la confusion qui sembla avoir envahit les lieux, Von Stein se précipita vers la porte.
Un soldat se présenta dans l'encadrement de celle-ci.
– Les soviétiques ont attaqué le convoi, un certain nombre de camion manquent à l'appel !

*
**

– Déchargez les camions ! ordonna l'officier SS Ollenhaueur qui se tenait sur les marches menant à la salle ovale, dans l'arrière cours du palais Seydlitz.
Les cinq prisonniers de guerre français dévoués à cette tâche se dépêchèrent d'en ouvrir les portes et se placèrent en file indienne. Peu à peu des coffres de petites dimensions s'échangèrent de main en main. Une fois posée sur le gravier deux d'entre eux s'emparèrent du premier coffre et le portèrent à travers le jardin. Ils passèrent le pont enjambant le petit cours d'eau serpentant dans le parc, puis entrèrent dans une serre. Des orangers y étaient alignés. Leurs senteurs fruitées embaumaient les narines.
Au centre de la serre se trouvait un puits et à côté une sorte de grand cylindre en métal d'environ 50 centimètres de diamètre par 1,50 mètres de haut. Les deux prisonniers ouvrirent le coffre puis s'échangèrent quelques regards stupéfaits.
Ollenhaueur se fendit d'un léger rictus amusé.
– Il y en a 48 comme cela alors dépêchez-vous !
Les prisonniers se remirent à la tâche, transbordant lingots, pièces d'or ainsi que des bijoux de toutes sortes au fond du cylindre.
Ils leur fallut toute la matinée afin de décharger l'ensemble des coffres.
Une fois terminée, deux soldats allemands apportèrent des caisses qu'ils déposèrent près de l'entrée du puits. Ensuite l'un d'eux déroula le fil d'un détonateur puis sortit de la serre.
L'autre soldat sortit à son tour.
Ollenhauer dégaina alors son pistolet. Les deux soldats firent de même avec leurs mitraillettes.
Puis se fut un succession de détonations. Les balles déchirèrent les chairs des prisonniers, tombant les uns après les autres. Lorsque les détonations cessèrent, ils gisaient tous à terre dans une grande marre de sang.
Les deux soldats déposèrent ensuite leur armes, puis un par un, jetèrent les cadavres dans le puits. Une fois leur sordide besogne terminée, ils sortirent. Ollenhauer les attendait à l'extérieur. Il fit un signe de tête à l'un d'eux, qui s'empara alors du détonateur puis l'activa.
Boom !
Une partie du verre de la serre fut soufflé par l'explosion ainsi que certains des orangers qui se trouvaient à proximité.
Il ne resta rien du puits, ni des corps des prisonniers français. Les deux soldats prirent chacun une pelle puis commencèrent à retourner la terre afin de former un monticule à peu près régulier. Après deux heures d'effort, presque plus rien de transparaissait du drame qui s'était joué ici.
Fatigués mais heureux d'en avoir fini, les deux soldats commencèrent à échanger quelques blagues. Leurs armes étaient posées contre le mur extérieur, loin à portée de main.
Le premier soldat ne réalisa pas lorsque la balle lui traversa la tempe. Il s'effondra sur-lui même, d'un bloc. Le second par contre, le canon du pistolet d'Ollenhaueur appuyé contre son front, vit littéralement la mort en face.

*
**

Le chaos engendré par la fin de la guerre fit tomber dans l'oubli la disparition de l'or de Breslau.
En mai 2021, Roman Fuminiark directeur de la Silesian Bridge Foundation fut contacté par des membres de la secte franc-maçonnique de Quedlinburg clamant qu'ils détenaient en leurs possessions des documents tenus secrets jusqu'à présent, révélant des informations sur les cachettes où pourrait se trouver le célèbre or de Breslau. Parmi ces documents figurent une lettre écrite par l'officier SS Von Stein à sa maîtresse Inge lui demandant de veiller sur le trésor après sa mort, ainsi qu'un journal de guerre écrit par l'officier SS Ollenhaueur, fournissant des détails sur les onze sites désignés par Himmler.
Le 11 mai 2022, l'équipe de chercheurs de Fuminiark, grâce aux informations contenus dans ces documents ainsi qu'aux témoignages d'Inge, toujours en vie à l'heure actuelle, déterra un conteneur en métal cylindrique dans le parc du palais Seydlitz, à l'emplacement d'une ancienne orangeraie. Son contenu reste à ce jour incertain en raison des pièges qu'auraient pu y déposer les SS, nécessitant ainsi des autorisations militaires afin de pouvoir l'ouvrir. Le gouvernement polonais ne semble cependant pas presser de donner son accord, n'estimant pas cette affaire comme étant une priorité nationale.
L'or de Breslau reste ainsi encore à l'heure actuelle une énigme, mais une énigme qui pourrait cette fois disparaître pour de bon car déjà en proie à la cupidité des chasseurs de trésors.
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Mireille d agostino · il y a
Merci de nous apprendre cette histoire ! Quel mystère ! La chasse au trésor est ouverte...
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Olivier Pélissier · il y a
Merci Mireille. Oui un mystère à plusieurs centaines de millions de dollars ! Mais un or pas très propre, car provenant en partie des dents en or des juifs gazés dans les camps de la mort.
Mise en garde donc aux amateurs de chasse aux trésors, cet or pourrait bien être maudit...

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Mijo Nouméa · il y a
Oui passionnante histoire, bien écrite. Merci de m'avoir fait découvrir un morceau d'histoire que j'ignorais.
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Olivier Pélissier · il y a
Un grand merci Mijo. Le plus surprenant est que régulièrement, encore à l'heure actuelle, des caches sont découvertes par hasard dans des maisons de particulier dont les propriétaires en ignoraient l'existence. La grande guerre n'a pas finit de faire parler d'elle.
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Nadine TRIVIDIC · il y a
Un récit passionnant. J'ai beaucoup aimé.
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Olivier Pélissier · il y a
Merci Nadine, je suis heureux que cette incartade historique vous ait plu.
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Hélène CUINIER · il y a
un mystère de plus dans la grande histoire de cette guerre mondiale qu'on n'aura jamais fini de connaître. texte bien rendu, vivant, charnel mais juste ce qu'il faut, et qui suscite quelques émotions diverses. un bon moment de lecture, bravo Olivier, j'aime beaucoup l'histoire et ses anecdotes, ainsi contées.
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Olivier Pélissier · il y a
Un grand merci Hélène. C'est suite à la parution d'un article dans le magazine géo que mon instinct d'investigateur m'a poussé à faire quelques recherches complémentaires et ainsi déterré au grand jour cette histoire rocambolesque que seules les guerres semblent pouvoir offrir.
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Hélène CUINIER · il y a
un instinct qui ne trompe pas...

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