Le garçon et la vache

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J'aime jouer avec les mots et leurs sonorités, et m’essayer à différentes formes littéraires. Ma tendance à user de pirouettes en tous genres, jongleries sémantiques et contorsions lexicales ... [+]

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Ils me regardent tous bizarrement. Il n'y a pourtant pas mort d'homme, j'ai juste tué une vache, rien de plus. Elle m'a donné du fil à retordre, la coquine, mais au bout de l'effort, j'ai eu raison de sa hargne et de son insolence. La patience paie toujours. Il faut dire que je me suis appliqué. Pour l'occasion, j'ai ressorti ma batte de baseball. Un coup fort sur la tête, un corps-à-corps de haut vol puis une découpe méticuleuse. La gorge, d'abord, puis le flan, du cou à la queue. Le droit et le gauche, la symétrie compte dans ces choses-là, une affaire de goût et d'ordre. Je sens leurs regards lourds de reproches sur ma salopette maculée de sang. Oui, j'ai eu beau prendre toutes les précautions, les projections collatérales sont inévitables. Je l'ai achevée dans le calme. Du travail bien fait, propre. Cela étant, pas sûr qu'elle mérite ces égards vu les agissements qui m'ont poussé à la punir. Un attroupement s'est formé. Les membres de ce tribunal improvisé n'ont pas assisté à la scène, ils m'accusent par confort, sans savoir, il leur faut un suspect, un prévenu à condamner tout de suite.
Elle m'a provoqué du museau tout en se dandinant, un air de défi dans les yeux. Impossible de laisser passer ça. Le temps de remettre la main sur mon matériel et le tour était joué. Un doute m'a effleuré à mon retour face au troupeau de vaches reconstitué, la brebis galeuse à peine reconnaissable. Si je ne voulais pas me faire piétiner par la meute de ruminants solidaires, il ne fallait pas tergiverser. J'ai foncé tête baissée et batte levée sur ma proie. Les autres ont reculé, tu parles d'une entraide !

Je m'approche de l'auberge avec cette délicieuse sensation que tout le monde m'observe, même les oiseaux et les écureuils. Il va falloir que je change de vêtements. Je lis sur les visages un mélange d'horreur et de soulagement de tenir le coupable. Apaisé, serein, je m'essuie une dernière fois les mains sur mes cuisses tout en leur adressant mon plus beau sourire. Ils ne pigent rien. Y a pas mort d'homme, elle m'a zyeuté de travers, c'est tout. Comme ce bon vieux Bernie, il y a trois ans. Pour lui, ils cherchent encore le coupable.

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