Le balcon

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Cela fait longtemps que j'écris des histoires et des scénarii dans un coin de mon ordinateur. Et je savais qu'un jour, il me faudrait sauter le pas et passer à l'épreuve du feu... Partager mes ... [+]

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La froideur de la nuit m’est totalement indifférente.
Du balcon monumental, les deux mains posées sur la balustrade, j’observe le village, en contrebas.
La lune est pleine ce soir. Elle éclaire les montagnes alentour, recouvertes de neige, d’une lueur blafarde.
Dans la vallée, avec cette lumière argentée, les maisons du village sont d’un noir d’encre tranchant sur la blancheur immaculée de la neige. J’aime ce contraste.

Ils passent discrètement d’une maison à l’autre, en essayant de profiter de la clarté de la nuit pour se passer de torches et ainsi échapper à mon regard. Les gueux.
Depuis plusieurs soirs, mes vassaux grondent. Ils croient que je ne les connais pas, que je ne sais pas ce qu’ils manigancent.

Je les dirige d’une main de fer, car c’est ainsi que le faisait mon père, et son père, avant lui.
C’est dans l’ordre des choses.
J’appartiens à l’un des plus anciens ordres de chevalerie, d’Europe, et ce ne sont pas quelques manants, même armés, qui sont en train de fomenter une révolte qui vont m’impressionner.
J’en ai maté des plus coriaces que ça. J’ai même tenu tête à des empereurs.

Quant à me faire fléchir, autant qu’ils acceptent l’idée que je ne renoncerai jamais à mes prérogatives. Je règne par la terreur, et c’est ainsi que ma famille a toujours régné. Je suis inflexible.

Tout cela parce que j’ai prélevé mon dû. Une fille du village, la plus belle. Elle devait se marier avec son promis ce soir, si je n’avais pas agi.
Depuis, je les vois s’agiter, se réunir, comploter, comme si je ne les surveillais pas.

C’est donc pour ce soir. Je vois des files se former, et avancer vers mon château, sortes de tentacules formés d’hommes se déplaçant en fleuves sombres sur la surface blanche de la neige. Ils portent des torches. Ils comptent sur leur nombre, et sur leurs armes dérisoires pour me faire peur. En tête, marche le prêtre, portant un crucifix. Une croisade ? C’est risible. Je n’ai pas peur de lui, ni de ses superstitions.
N’ont-ils pas compris depuis que je règne, que je suis immortel ? Ce soir c’est la pleine lune, et je suis tout puissant. Je pourrais me transformer en chauve-souris mais la leçon ne porterait pas.
Alors, ce soir, je serai un loup. Un loup immense, carnassier, invulnérable, sauf aux balles d’argent. Je saute du balcon.
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