Laisse-moi entrer

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Je suis née au siècle dernier, quelques mois après que Tchernobyl a fait boum. Mais je ne brille pas dans le noir. Je rêve de détruire le monde. Mais il ne se laisse pas faire. Du coup ... [+]

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Image de Très très courts

— Ali, ouvre-moi !
— T’es sorti ?
— Yep. J’avais cru entendre du bruit.
— C’était la pluie, le bruit.
— Non.
— Non ?
— Non, c’était pas la pluie.
— Détaille. T’en avais pas l’autorisation.
— Je l’ai prise, l’autorisation.
— ...
— Oh, ça va. T’aurais fait pareil.
— Mettre en danger toute la base en sortant dehors ? Je crois pas.
— La base, c’est juste nous deux, Ali.
— Nous deux et Ben.
— Depuis quand on compte les cadavres ?
— Il est pas mort et tu le sais.
— Il est dans un frigo et son cœur bat plus. Il est mort. Va falloir t’y faire.
— ...
— Tu fais la gueule ?
— Pourquoi t’es sorti ?
— Je suis sorti parce que j’ai entendu du bruit.
— Et ?
— Et... C’est compliqué à décrire.
— On va donc simplifier. Si tu me donnes pas les détails, je déverrouille pas le sas.
— Tu me laisserais crever là ?
— Tu tiendras quelques jours.
— T’as un souci, Ali.
— Il y avait quoi dehors ?
— Pas que de la pluie. Il y avait... un truc.
— Un truc ?
— Un truc. Il bougeait.
— Sous la pluie ?
— Yep.
— T’es pas obligé d’inventer des histoires, tu sais.
— J’invente rien. J’ai vu un truc sous la pluie.
— Rien ne peut survivre sous la pluie. Et tu le sais.
— Oui, bah, il y avait un truc. Il se déplaçait.
— Décris-le-moi, ce truc.
— Je l’ai pas très bien vu.
— Parfait. Tu rentres pas.
— Sois pas vache.
— Décris-moi le truc.
— Je l’ai mal vu, je te dis ! C’est pas compliqué à comprendre, si ?
— Donc aussi bien, il y avait rien ?
— Peut-être. Je sais plus.
— Il y a quelques secondes, t’étais assez sûr de toi.
— Il y a quelques secondes, tu menaçais pas de me laisser dans le sas.
— Donc tu changes ta version pour que je te laisse entrer.
— Ali, ouvre cette porte !
— Quand tu m’auras dit ce que t’as vu.
— Bon... Ça se déplaçait sur ses pattes arrière.
— C’était un animal ?
— Ça en avait l’air. En tout cas, on sait que les humains survivent pas à la flotte. Regarde Ben.
— On sait rien sur l’état de Ben.
— À part le fait qu’il est mort ?
— Tu changes de sujet.
— Oui, bon. Ton truc, il était peut-être animal. J’en sais rien. En tout cas, il se tenait sur ses jambes... ses pattes arrière. Enfin, tu vois.
— Jo, ça n’a aucun sens.
— Non. Mais ce qui aurait du sens, c’est que tu m’ouvres et qu’on en parle de vive voix.
— ...
— Ali ?
— Pourquoi la vidéo du sas est coupée ?
— Comment tu veux que je le sache ?
— T’es à l’intérieur. Tu devrais.
— Ali, j’en ai un peu marre. En plus, ça caille ici. Laisse-moi entrer.
— Non. Ce truc qui se tenait sur deux pattes, il faisait quoi ?
— Il... il avançait.
— Vers où ?
— Vers nous.
— Vers nous ? Et tu le mentionnes que maintenant ?
— Faut croire. Tu me laisses entrer ?
— T’as refermé la porte ?
— ...
— Jo, est-ce que t’as refermé la porte ?
— ...
— Jo ?
— Bien sûr que je l’ai refermée. Tu me prends pour qui ?
— Alors, pourquoi elle est marquée comme ouverte ?
— J’en sais rien. Sûrement un souci sur ta console.
— Jo ?
— ...
— Jo ? T’es toujours là ?
— Oui, toujours là. Ouvre-moi.
— Je peux pas. Le protocole...
— Bordel, Ali ! Ouvre ce putain de sas !
— ...
— Ali ?
— Jo, depuis combien de temps on est là ?
— Quoi ?
— Depuis combien de temps ?
— J’en sais rien ! Un bon bout de temps. C’est le bon moment pour en parler ?
— C’est le meilleur moment. Combien de temps ?
— Assez. Ouvre-moi !
— Elle est pas compliquée, ma question.
— J’en sais rien ! Deux ans ?
— ...
— Ali ?
— ...
— Ouvre-moi la porte, Ali.
— T’es toujours dans le sas ?
— Où veux-tu que je sois sinon ?
— Parce que j’ai une caméra qui s’est rallumée.
— Et... ?
— Et elle montre le dehors.
— Ali, j’ai froid.
— Et dehors, il y a un corps.
— Ouvre-moi.
— C’est ton corps, Jo.

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Pat Vermelho · il y a
Quelques échanges oraux, et tout est décrit, ou se devine. Pas besoin d'en savoir plus. L'intrigue est posée, puis lentement exacerbée, jusqu'à la chute, prévisible mais bien amenée. A voté.

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