La vieille dame qui contemplait la mer

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Autant que je m’en souvienne, j’aime lire depuis que j’ai appris il y a…. fort longtemps…. Je voue une admiration à tous ceux qui sont capables de produire des histoires, de capter des ... [+]

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Ce matin encore la vieille dame se leva aux aurores, le jour naissant qui filtrait à travers les persiennes l’appelait au-dehors. Sur la grande terrasse surplombant la mer, elle s’approcha de la rambarde. Le vent léger jouait dans ses cheveux défaits, le soleil allait se lever. C’était son instant préféré. Il faisait doux, on n’entendait que le ressac des vagues lécher les rochers à l’aplomb de la terrasse. La vieille dame salua d’un petit geste les pêcheurs qui partaient naviguer le long de cette côte italienne du levant. Santa Margherita de Ligure s’éveillait. Une autre journée commençait, le temps filait et la vieille dame, debout sur sa terrasse, contemplait la mer.

Elle avait eu une belle vie parce qu’elle avait aimé et avait été aimée. Chaque matin, elle attendait le retour de celui qui avait fait battre son cœur juste un peu plus vite. Elle savait qu’il reviendrait, il était toujours revenu, il était l’homme de sa vie. Leur histoire était née il y avait bien longtemps, faite de désirs, de passions, de déceptions, de ruptures et de renaissances. Toute une vie à se chercher, se séduire, se conquérir, se perdre et se retrouver encore. Une histoire d’amour hors du temps, atypique, cruelle et dense, douce-amère, mais une histoire quand même. Son histoire, la plus belle histoire d’amour, et même si le temps était passé, si les aléas de la vie les avaient séparés, elle espérait encore et toujours qu’il revienne.

Or, ce matin-là, alors qu’elle contemplait la mer, elle entendit distinctement le bruit des clés que l’on tourne dans la serrure et la lourde porte d’entrée s’ouvrir en grinçant. Des pas dans l’escalier, une porte qui coulisse et s’ouvre sur la terrasse ensoleillée. Il était revenu.


Tous les matins à l’aube, Gianni partait pêcher. Depuis plus de trente ans, il faisait vivre sa famille des fruits de la mer, pas toujours généreuse mais tellement intense qu’il n’imaginait pas vivre autrement qu’en symbiose avec elle. Pêcheur de père en fils depuis trois générations, il connaissait les endroits les plus prolifiques et les courants les plus dangereux. Comme tous les jours, il passait à l’aplomb de cette grande maison située à l’entrée de Santa Margherita, dont l’imposante terrasse, construite sur un à-pic rocheux, surplombait la mer.

Des histoires couraient sur cette vieille bâtisse inhabitée depuis des années. Certains la disaient hantée par l’esprit de sa dernière propriétaire qui serait morte de chagrin, attendant le retour de son homme. Des pêcheurs affirmaient avoir aperçu, sur la grande terrasse qui domine la mer, la vieille femme, se tenant immobile. D’autres disaient qu’elle les saluait d’un geste, d’autres encore racontaient qu’elle se tenait sur la rambarde et sautait dans la mer. Mais Gianni, lui, savait bien ce qu’il avait vu ce matin-là.

Dans un halo de lumière qu’animaient les premiers rayons du soleil levant, il distinguait, de sa petite embarcation, deux personnes sur cette terrasse. Une vieille femme, debout, les mains en appui sur la rambarde, contemplait la mer. Il lui sembla un instant qu’elle leva la main dans sa direction en signe de bonjour. Dans un geste presque automatique, Gianni lui rendit son salut quand il aperçut, juste derrière elle, un homme âgé qui s’avançait. Il le vit entourer de ses bras la vieille dame et poser sa tête sur son épaule. Dès lors, le soleil qui éclairait la scène fut un instant caché par un nuage. Sur la terrasse, en ce petit matin du 14 février, Gianni regarda les deux amants s’étreindre et, se tenant par la main, disparaître dans l’ombre de la maison.

Il est des histoires d’amour qui traversent le temps et l’espace. Les légendes qui leur prêtent vie les nourrissent et les rendent immortelles. Gianni racontera à ses enfants ce qu’il a vu ce matin-là, lorsque le fantôme d'une vieille dame amoureuse a enfin retrouvé son amour perdu.

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Pierre-Hervé Thivoyon · il y a
Très heureux de découvrir ce texte que je n'avais pas vu passer ! Merci !
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Doria Lescure · il y a
Mais avec plaisir cher Pierre-Hervé😀
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Les Histoires de RAC · il y a
Merci pour cet agréable moment de lecture ♫

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