L'ultime combat du colonel Duchamp

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Bonjour, Né sous X dans un bidonville de Bogota au siècle dernier, je fuis la misère à 8 ans déguisé en chien policier. Arrivé à Paris, je suis tout de suite séduit par inénarrable ... [+]

Je ne dors jamais complètement avait pour habitude de fanfaronner Edgar Duchamp, celui que ses amis surnommaient « Le Colonel » depuis ses prétendus actes de bravoures en Indochine. Son épisode en uniforme n’avait pourtant rien de glorieux mais aux yeux de ses proches il avait gardé ce surnom militaire qui collait à sa posture. La large moustache blanche savamment entretenue qui barrait son visage complétait l’aspect martial du vieil homme. Il est vrai qu’il dormait peu ou le moins possible surtout depuis que Marguerite, son unique amour, reposait dans une petite urne en aluminium sur la commode. La vie, il en demandait encore le colonel. Rien ne lui paraissait probable en matière d’au-delà, alors dans le doute il refusait de se laisser aller vers le trépas. Alors quand tout le monde à la maison de retraite se réfugiait dans la sieste, ou se couchait à l’heure des poules, il cultivait son vieux crâne dans des lectures diverses ou dans d’interminables réussites.
Edgar malgré de nombreux soucis de santé inhérents à toutes les personnes de son âge, avait néanmoins gardé une ouïe fine et un sens du détail hors du commun. Pendant quarante-trois ans il avait scruté les défauts des locomotives pour une compagnie de chemin de fer, aiguisant ainsi ses sens cognitifs, à l’affût de la moindre imperfection.
Depuis une semaine, quelqu’un, quelque chose, rodait la nuit autour de sa chambre, dans les couloirs et dans le réfectoire adjacent. Quelque chose qui se frottait aux murs, quelque chose qui faisait grincer les portes des placards, qui parfois tapait sur les plinthes et même dernièrement fredonnait une étrange complainte.
Bien sûr il n’en avait parlé à personne, ici les vieux ne parlent que de « trucs de vieux », traitement médicaux, douleurs et météo dans le meilleur des cas. Lui il voulait parler de locomotives, de moteurs diesel, de transmission hydrostatique, d’Alphonse Allais. Qu’ils aillent au diable avec leurs nuages et leurs pilules, qu’ils se les carrent là où je pense ça me fera des vacances, confessait il régulièrement aux cendres de Marguerite.
Après vingt et une heure, la maison de repos se reposait pleinement, seuls quelques postes de télévision restés allumés devant un spectateur assoupis envoyaient de pâles lumières stroboscopiques.
Toc ! Un coup sur le mur de sa chambre ! Le cœur d'Edgar battait comme si il voulait sortir entre deux côtes ! Flooch ! C’était juste la derrière le mur, visqueux, rampant.....Sournois. Il était temps d’agir, le vieil homme avait choisi la confrontation. Il devait se confronter à cette chose tant pis s’il y laissait des plumes, il voulait savoir.
Sa main droite glissait sous son lit à la recherche d’une quelconque arme improvisée. Une bouteille de Whisky que la providence avait pris soin de vider afin qu’elle soit plus légère, rencontrait le bout de ses doigts. Il s’en saisi d’une main qui bien qu’elle fut tremblante ne manquait pas de poigne. Doucement il ouvrait la porte de sa chambre, déjà une ombre agitée de spasmes se projetait à l’entrée du réfectoire.
Il s’avançait courageusement, armé de sa seule bouteille, il se sentait prêt à mourir s’il le fallait et c’est ce qu’il fit à l’instant où il la vit ! Elle, la Mort, se tenait là dans son costume blanc, sa terrible faux à la main tout en dansant la gigue des damnés. Le colonel s’était éteint à sa seule vision.

Quand Chantal vit le vieil homme à terre il était déjà trop tard, elle ne l’avait pas entendu venir avec son baladeur qui hurlait du RnB. Voilà une semaine qu’elle travaillait la nuit pour faire le ménage à la maison de repos. Elle fredonnait en nettoyant les sols carrelés, sans se douter que dans une petite chambre juste à côté, elle terrorisait un vieillard malade de solitude. Edgar était parti en prenant une serpillière pour la faucheuse de vie, il est probablement à ce jour l’unique victime de cet ustensile de nettoyage.
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