Et après ?

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Age : Moyen Habitat : en plaine, au calme. Occupations :des lectures très diversifiées, toujours à la recherche d'une de ces histoires qu'on est triste de quitter. Court ou long ? C'est la ... [+]

Image de Très très courts
1er juillet 2085

Une grand-mère et ses deux petits enfants.

— Pour créer un monde imaginaire, il vous faudra prendre votre plus belle image. Oui une de celles que tu as dans la tête Théo. En changer les couleurs si vous en avez envie, puis imaginer des personnages et les faire vivre à l’intérieur. Oui Manon, comme quand vous jouiez aux jeux en ligne sur Internet. Sauf que là, votre monde et ce qui arrive à vos personnages, il faudra que vous l’expliquiez avec des mots. Il existe pleins de mots dans le vieux dictionnaire, en les assemblant, vous y arriverez. Ce n’est pas difficile, je vais vous y aider.
— C’est comme quand tu nous as lu L’île au Trésor ?
— Oui Théo, c’est pareil, sauf que dans le livre, les phrases étaient toutes faites, je me suis contentée de vous les lire. C’est comme quand tu tapais des mails ou des SMS, mais avec des mots qui existent dans le vieux dictionnaire.
— Ça va être plus long...
— Oui, mais tu verras, c’est un travail très intéressant.
— On peut utiliser le transcripteur ?
— Non Manon, c’est tout à la main, tu ne dois pas raconter une histoire, il faut que tu l’écrives.
— C’est parce qu’il fait noir dehors ?
— Oui, mais pas seulement, c’est surtout parce que je fais partie des rares personnes de ma génération à avoir continué à le faire et que vous êtes les seuls de la vôtre qui savez le faire.
— L’option existait encore quand Manon et moi on a assisté à la vidéoconférence de 1ère année de maternelle... c’est une chance.
— Oui c’est une grande chance.
— Mais pourquoi devons-nous faire ça ?
— Eh bien, vous trouverez le temps moins long et puis cela laissera une trace aux gens qui vivront après nous.
— Aux survivants  ?
— Oui, Manon, aux survivants, comme nous, qui auront la chance de sortir du noir.
— Tu crois qu’on va y arriver ?
— J’en suis sûre Théo, je l’ai promis à vos parents.
— Ils sont où les autres gens ?
— Comme nous, ils se cachent dans le bunker de leur maison.
— Mon copain Lucas, il n’avait pas de cachette, ses parents n’avaient pas l’argent pour la construire, même après la Grande Annonce. Il me disait que pour eux, vivre sans soleil et sans fleurs ce n’était pas possible.... Tu crois qu’il va bien ?
— Tu sais les gens ne partagent pas leur espace, ils ont calculé leurs réserves pour pouvoir tenir deux ans, comme la Grande Annonce l’imposait. Je ne sais pas si quelqu’un a pu l’accueillir...
— Il lui est arrivé quoi ?
— Je ne sais pas Théo, vraiment, je ne sais pas ce qui s’est passé en haut.
— Le manque d’énergie, ce n’était pas prévu.
— Non, Manon, rien n’est arrivé comme prévu... Maintenant commencez à imaginer une belle histoire, puis prenez un crayon dans cette boîte et essayez d’écrire sur ces cahiers.
— Et toi Mamie, tu n’écris pas ?
— Si mon amour, je vais écrire une histoire.
— Tu vas pas raconter ta vie de quand tu étais petite ?
— Si j’ai le temps Manon, si j’ai le temps... Allez au travail !


12 janvier 2095

Un groupe d’hommes en uniforme force l’ouverture du bunker abandonné où vivaient la grand-mère et ses deux petits-enfants. Avec effroi mais sans surprise, le cas est malheureusement fréquent, ils trouvent les trois corps des occupants des lieux, momifiés par le temps.
L’un d’entre eux s’empare des cahiers recouverts de poussière posés sur une table et commence à lire l’histoire de ces malheureux.
C’est la première fois que subsiste une trace de ce qui a pu se passer. Ces cahiers sont un précieux témoignage. En effet, après la Grande Annonce, reçue via tous les réseaux sociaux de la planète, de nombreuses familles se sont enterrées pour deux ans, comme il leur a été demandé de le faire. Pour plus de sécurité, les portes blindées des bunkers étaient verrouillées par des systèmes d’encodages informatiques. Leur ouverture ne pouvait se faire que de l’intérieur, et uniquement à la fin des deux années annoncées. Suite à l’interruption de la fourniture énergétique sur l’ensemble de la planète, les systèmes électroniques et informatiques ont cessé de fonctionner. Les familles se sont retrouvées prisonnières, incapables d’ouvrir les portes, une fois le temps écoulé. Il aura fallu trois ans aux survivants pour trouver un moyen d’ouverture efficace.
Le travail de cette unité d’intervention est donc d’ouvrir les tombes que ces constructions sont devenues.
Les premières années, ils arrivaient encore à trouver des survivants, des êtres au teint hâve, souvent malades, mais qui avait eu la présence d’esprit de prendre plus de provisions que demandé.
Cela fait longtemps maintenant que seuls des cadavres sont remontées à la surface. Ils sont alors identifiés, leur mort est civilement actée et leurs biens restant en surface sont redistribués.
L’homme qui a ouvert les cahiers est immobile. Une larme coule de long de sa joue. Il effleure de son doigt la couverture poussiéreuse. Un autre homme s’approche, préoccupé. Le travail est pénible, mais il pensait son collègue endurci.

— Viens Lucas, pour ceux-là on ne peut rien faire. Il faut continuer.

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