Des voisins inopportuns

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- Quelqu'un a vu la clé du garage ?
- Chéri je ne retrouve plus les ciseaux. Tu sais où ils sont ?
- Gabriel!C'est toi qui a fini les cookies ?!
- Mais non ils étaient là il y a cinq minutes
- Oui, comme mes magazines hier... Qu'est-ce que tu en as fait ?
- Aïe ! Ouille ! C'est pas moi ! Maman !

Dernièrement, ainsi se passaient les journées dans la maison où Paola vivait avec son mari Jean et ses enfants Gabriel et Luisa. Les objets disparaissaient. Les cotons-tiges, les fourchettes, les dés à coudre, les outils de jardin, le ruban adhésif, le fer à friser, ou quelques douceurs dans la cuisine. Si la plupart des objets étaient perdus à tout jamais, il arrivait que certains réapparaissent, et systématiquement dans le jardin. Comme le réveil de Paola par exemple. Elle avait accusé les enfants de l'avoir caché pour rater le bus scolaire avant de le retrouver sous le cerisier entièrement vidé de son mécanisme. Les semaines qui suivirent, on retrouva encore une brosse à dent dans la boîte aux lettres, le peigne de Luisa sur le tas de fumier ou encore les grilles du grille-pain entre les choux du potager.

À bout de nerf, la famille cherchait des explications. La plupart des vols ayant lieu la nuit, on pensa que Luisa recommençait ses crises de somnambulisme. On ferma donc la porte de la fillette pendant la nuit pour vérifier l'hypothèse. Cependant, Gabriel qui avait bien la lumière à tous les étages, décida de sortir en secret sous la fenêtre de sa sœur qui donnait sur le jardin car on n'est jamais assez prudent. Il s'emmitoufla dans sa couverture et disposa son gobelet et la bouteille de coca qu'il avait chipé dans le cellier pour faire le guet jusqu'au matin !

La nuit tombée, le silence s'installait dans le jardin. Enfin c'est ce qu'avait toujours pensé le petit garçon barricadé derrière les volets de sa chambre. Mais une fois dehors, il découvrit une vie nocturne qui lui était inconnue : les hululements des hiboux, le cricri des grillons, les pas menus des hérissons sous la haie... et les ronflements de Luisa de l'autre côté de la fenêtre, le seul son qui lui était familier.

Le soleil paru et ses rayons vinrent picoter les yeux de Gabriel qui se réveilla en sursaut.
- Crotte de bique ! Je me suis endormi !
Il entra en courant dans la maison. Tout semblait à sa place. Papa et maman étaient fort satisfaits de leur stratégie. On avait résolu le problème.
Cependant, dans la journée, Gabriel ne parvint pas à mettre la main sur ses chaussettes de foot. Il en fit part à sa mère qui répondit :
- Tututut plus d'excuses maintenant Gab. Tu as vu le bazar dans ta chambre ? Pas étonnant que tu ne retrouve rien. Va ranger dépêche-toi.

Fâché, Gabriel ne se laisserait pas battre comme ça. Le soir venu, il prépara de nouveau son poste d'observation. Cette fois-ci, il était muni d'une lampe frontale et d'un appareil photo pour prendre sa sœur sur le fait ! Mais bercé par le murmure du vent dans les feuilles d'arbre... il s'endormit de nouveau. Il fut réveillé par une sensation sur sa tête. On essayait de lui enlever sa lampe frontale. Sans ouvrir les yeux, Gabriel saisit son appareil photo et commença à prendre des clichés dans tous les sens. Quand il eut fini de mitrailler l'air, il ouvrit les yeux et alluma sa lampe. À sa grande surprise, il ne découvrit pas sa sœur mais plein de petits êtres étourdis par le flash de l'appareil et tombés au sol tout désorientés. Il entendit une voix fluette crier :
- La lumière, s'il-te-plaît, la lumière !
Il éteignit la lampe. Les petits êtres reprirent leurs esprits. Ils songèrent un instant à en profiter pour sauter en nombre sur le garçon, le ligoter et l'enfermer à vie pour qu'il ne révèle jamais le secret de leur existence, mais voyant qu'il semblait de nouveau prêt à faire usage de son appareil photo démoniaque, ils préférèrent essayer de négocier à l'amiable.

Ils appartenaient à une catégorie des lutins domestiques – ceux qui vivent parmi les hommes – qui investissent les jardins notamment s'il y a un verger ou un potager à « partager ». Ceux-ci avaient élu domicile sous les noisetiers touffus de Paola, leur péché mignon. Ce soir, ils voulaient récupérer les piles de la lampe de Gabriel pour faire fonctionner le mini-ventilateur que Luisa cherchait depuis deux semaines.
- Mais pourquoi volez-vous dans notre maison ? S'insurgea le garçon.
- Nous ne volons pas, dirent-ils. Nous réquisitionnons le nécessaire à notre survie, matériaux de construction, outils...
- Et mes cookies aux trois chocolats ?

Les lutins, embarrassés, ne répondirent pas mais lui firent signe de les suivre jusqu'à leur petite forteresse bien cachée sous les feuillages et construite de tout le bric-à-brac qui avait disparu de la maison. Gabriel était fasciné par tant d'ingéniosité. Et comme il avait bon cœur, il promit de garder le secret à la condition que tout ce qui était « réquisitionné » dans la maison devait être remis à sa place, et que le reste, ils iraient le chercher ailleurs.

Les disparitions cessèrent. Luisa fit quelques séances d'hypnothérapie pour la forme, et tout revint à la normale. Enfin presque... Paola remarqua que son fils pris l'habitude d'aller au fond du jardin avec des cookies trois chocolats plein les poches et d'y parler tout seul pendant des heures. Heureusement qu'elle avait gardé la carte de visite du thérapeute.
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Marie Veil · il y a
Une bonne histoire, pleine d'imagination et de fantaisie. Bravo !
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Ninon Degares · il y a
Merci beaucoup
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Liam Azerio · il y a
Une sympathique histoire de lutins :)
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Ginette Flora Amouma · il y a
Des petites mains du jardin pour remettre de l'ordre dans nos pensées !
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Laura Cantaloube · il y a
Trop Mimi..cette histoire aurait pu se passer ds la chbr de ma fille.
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VERONIK DAN · il y a
Très belle histoire avec des lutins gourmands qui donne envie de les connaître, mais… chut… j'entends du bruit dans ma boîte à biscuits.
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Phil Bottle · il y a
C'est mignon, c'est frais, c'est réjouissant... voici des cookies... mais attention, ils sont pour les lutins.... Bon, mais si, au final, ils n'ont que des miettes, tant pis.
Moi aussi, dans une autre vie, je fus un lutin...

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Fred Panassac · il y a
Au pays basque ce sont les laminak. Une charmante histoire, subtile. Les parents ne peuvent pas comprendre, comme le prouve la fin de l’histoire.
Mon soutien pour ce joli moment poétique.

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Ninon Degares · il y a
Merci beaucoup Fred. Oui, comme disait Le Petit Prince, les grandes personnes ont quelques fois du mal à comprendre les choses les plus simples.
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de l air · il y a
A la fin de ce texte charmant, on comprend que les lutins chapardeurs sont encore là : le stress a disparu !
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J François DELYON · il y a
Mais de quelles origines étaient ils donc ? Elfes, kobolds, farfadets, trolls, gnomes, gremlins ? … : )
Merci Ninon

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Ninon Degares · il y a
Bonne question mais figure-toi qu'ils m'ont suivi de la France au Guatemala!