Chronique d'une rédemption

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« Chronique d’une rédemption » évoque avec justesse la triste réalité d’une addiction un peu particulière, celle aux jeux d’argent. Comme

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Procrastination avec le cœur et les tripes.

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Quand Lise m'a quitté pour un autre type et est partie s'installer avec la petite chez ses parents, j'ai végété une semaine sur le canapé du salon. Je regardais la télé jusqu'à épuisement. Je ne me levais que pour aller chier, pisser et prendre des yaourts à la vanille dans le frigo. Ça a duré comme ça jusqu'à un appel de Fred, un gars avec qui j'avais joué au poker pendant des années dans les cercles de jeux parisiens. Une autre vie, avant Lise, avant Manon, avant tout ce bordel. Cinq ans que je n'avais pas touché la moindre carte, mais Fred m'appelait régulièrement pour prendre des nouvelles. Cette fois-ci, il n'avait pas choisi le meilleur moment. Heureusement, Fred, ce n'est pas le genre de types à poser des questions indiscrètes. Alors, quand je lui ai annoncé que ce n'était pas la grande forme, il m'a juste répondu : « Mec, amène-toi à Clichy demain, vers vingt heures, ça te fera du bien de retoucher un peu les cartes. » J'ai raccroché le téléphone, j'ai éteint la télé, et je suis allé prendre une douche pour retirer l'odeur de rat crevé qui se dégageait de mon corps gras et flasque.

Le lendemain, j'ai rejoint Fred. Il m'attendait le sourire aux lèvres devant le cercle de jeux. Toujours la même gueule de fouine, celui-là, juste quelques cheveux en moins sur le caillou. Fred est un mec bizarre. Il parle trop vite, n'articule pas, s'habille avec des chemises à fleurs et a le tic très agaçant de se gratter tout le temps l'oreille. Sans femme, sans enfant, il vivote de petits boulots et de plans foireux. Pourtant, quand je l'ai aperçu, je n'ai eu qu'une envie, c'est de le serrer fort dans mes bras. Je me suis retenu, question de dignité.

Je suis entré dans le cercle comme un ancien alcoolique pousse la porte d'un bar, anxieux, mais aussi un peu euphorique de revoir les fantômes de mon passé. À peine à l'intérieur, j'étais happé par le bruit assourdissant des jetons se fracassant les uns contre les autres. J'avais presque oublié ce concert si particulier. J'ai senti l'adrénaline monter et mes tripes se nouer. J'ai tout de suite su que j'allais replonger. Cinq ans que je n'étais pas venu, mais à part le coup de peinture et la nouvelle déco, rien n'avait changé : les groupes de chinois autour du Punto Banco, la frénésie des mises, les cris de joie et de frustration et un bon lot de gueules cassées par la vie. Fred m'a mis au parfum : « Depuis que le cercle est de nouveau ouvert, c'est du grand n'importe quoi, les gens veulent juste éclater leur portefeuille. Pas besoin de faire du beau jeu, t'as juste à ramasser l'argent. Les plus gros pots sont vers trois ou quatre heures du matin quand tout le monde est crevé. C'est là qu'il faut être concentré. » J'étais prévenu.

Je me suis assis à la table où les mises sont les moins chères, histoire de me remettre dans le bain. Dans le milieu, on l'appelle la table des smicards. Les gens s'y pointent le premier du mois avec des rêves de billets verts, et en sortent cinq jours plus tard, le portefeuille bien plus léger. Le croupier a distribué les cartes. J'ai vu deux petits rectangles rouges venir se poser sur le tapis vert devant moi. Un frisson m'a parcouru, mes mains tremblaient, mais lorsque j'ai retourné une dame de cœur et un huit de trèfle, les certitudes sont revenues, le cerveau s'est mis en branle. Ma vie de joueur de poker pouvait reprendre son cours.

J'ai cette chance d'être à l'aise avec les chiffres et les probabilités. Depuis mon enfance, ça a toujours pris la forme d'un jeu. Cumulé avec un certain sens de l'observation, ça me permet de m'en tirer à une table de poker, c'est-à-dire sans perdre d'argent, voire d'en gagner quand le vent souffle dans le bon sens. C'est ce qui est arrivé pendant les premières semaines au cercle. J'enchainais les nuits blanches, je gagnais et je jouais de plus en plus cher. J'avais pris mes habitudes. Un croque-monsieur et un café à 19 heures au bar, des pauses régulières, et un retour en taxi chez moi au petit matin, durant lequel j'écoutais le bruit du monde à la radio. J'avais déjà un surnom parmi les habitués : le marathonien. J'écoutais avec un certain plaisir les discussions à table, les poissards se plaignant de leur malchance quotidienne et les grandes gueules racontant des histoires farfelues dont on ne savait jamais si elles étaient vraies. Le cercle était devenu mon refuge. Chaque jeton envoyé au milieu de la table m'éloignait des emmerdes du monde extérieur ; ces emmerdes dont Lise était la principale protagoniste. Elle m'envoyait des textos formels et polis tous les jours, organisant notre séparation avec pragmatisme et détermination. Moi, ça me donnait juste le vertige.

Cela devait bien faire un mois que je jouais toutes les nuits sans exception lorsqu'un soir, Fred est venu me chercher à table. Je venais tout juste de commencer ma session. « Viens, mec, on sort, faut que tu fasses une pause, t'as une gueule de vampire. » C'était étrange de recevoir un conseil rempli de sagesse de la part d'un type comme Fred, mais il fallait se rendre à l'évidence, ce con avait raison. Nous sommes partis faire une tournée de ses bars préférés, des troquets avec un carrelage qui colle aux pieds et des piliers de bar silencieux. Fred m'a copieusement arrosé de bière et de rhum. L'alcool aidant, nous nous sommes rapidement fait des amis. J'aurais espéré une jeune étudiante en histoire de l'art ou une trentenaire assumée et sexy, mais, à la place, ce furent un contrôleur alcoolique de la SNCF et un Italien avec une affreuse chemise violette et des cheveux gominés. On aurait dit un truand d'un film de Scorsese. Ces deux mecs ne faisaient pas vraiment de différence entre des femmes et des voitures de sport, balayaient tout débat politique en commandant un verre et parlaient de leur vie future au conditionnel comme s'ils avaient déjà déposé les armes. Ils étaient tout le contraire du bon père de famille que j'avais été ces dernières années. J'avais acheté des brocolis dans des enseignes bios en me persuadant que ce n'était pas si mauvais, j'avais participé à des apéros dinatoires avec des gens qui étalent leur culture comme de la confiture sur du pain, et j'avais couru tous les dimanches matin ne m'arrêtant, à chaque fois, que sur un chiffre kilométrique rond, quitte à devoir refaire un tour de pâté de maisons.

Fred a décidé notre bande de nouveaux potes à finir la soirée au Whisper, une boîte de strip-tease sur les Champs. Il m'a payé une danse privée avec une jeune Tchèque. La fille m'a pris par la main, m'a fait asseoir sur une banquette et a commencé son show. Son corps aux courbes parfaites luisait sous les projecteurs. Ses mouvements sensuels et assurés ne laissaient aucune place au doute : malgré son jeune âge, cette fille était une professionnelle aguerrie. Ses petites fesses rondes sont venues se frotter sur mon jean. Je suis resté stoïque, essayant de masquer comme je pouvais le fait de ne pas savoir quoi faire de mes mains et de mon corps. J'apercevais du coin de l'œil mes trois compères, hilares comme de sales gosses se moquant de leur copain de classe. À la fin, la Tchèque m'a embrassé sur la joue et est partie. Je suis resté sur la banquette avec mon verre de rhum à la main, contemplant la salle d'un regard que j'imaginais profond. Dans ma tête, j'étais Tony Montana dans Scarface. Dans la réalité, j'étais un cocu de plus, fragile et rempli d'amertume, affublé d'une chemise trop large qui sortait à moitié de mon pantalon. Dans le taxi du retour, j'ai observé les dernières traces de la ferveur d'une nuit parisienne estivale. Les monuments resplendissaient sous les lumières de la ville, quelques fêtards déambulaient joyeusement et les moteurs des voitures grondaient lorsque les feux passaient au vert. Je me sentais comme un poisson rouge dans un bocal, stupide et incapable de faire autre chose que ce à quoi il est destiné : observer le monde extérieur, bouffer des miettes et crever. Fred, lui, philosophait sur la forme idéale des seins d'une femme : « Ni poire, ni pomme, affirmait-il, mais un subtil mélange entre les deux. » Les sanglots sont montés sans prévenir. Je savais que je n'aurais pas dû prendre ce dernier verre de rhum. Mes reniflements incessants ont poussé le chauffeur, un quinquagénaire avec une voix de fumeur de gitanes, à me tendre un paquet de mouchoirs tout en me prévenant de manière ferme : « Et attention à ne pas vomir sur ma banquette arrière, deux gamines m'ont déjà fait le coup la semaine dernière ! » Fred a calmé le jeu avec le chauffeur avant de venir poser sa main sur mon genou, comme un père aurait pu le faire avec son fils : « C'est drôle, mec, tu pleures comme une gonzesse. »

Après cette soirée, tout a vraiment commencé à partir en vrille. J'ai reçu ma lettre de licenciement pour abandon de poste. Ma seule source de revenus provenait dorénavant d'un jeu de cartes. Il arriva ce à quoi on pouvait s'attendre. Je me mis à perdre sans m'arrêter. Il m'était impossible de gagner le moindre coup aux tables. Fred m'expliquait que mon cycle de chance avait tourné. Pendant ce temps-là, Lise m'envoyait des textos de plus en plus virulents, me demandant des réponses à des questions auxquelles je ne voulais pas réfléchir. Je me contentais de réponses évasives comme « peut-être » et « on verra » qui ne semblaient pas la satisfaire. J'ai augmenté ma cadence de jeu en jouant non seulement la nuit, mais aussi la journée. J'avais le rythme de sommeil d'un navigateur du Vendée Globe. J'allais parfois dormir quelques minutes dans les toilettes du cercle pour récupérer. Mais rien n'y faisait, la malchance ne s'arrêtait pas. À chaque fois que le croupier retournait la dernière carte, je ne pouvais que constater les dégâts. Les statistiques, que j'avais tant chéries jusque-là, semblaient me détruire à petit feu.

Les sessions catastrophiques s'enchainaient lorsqu'un soir, alors que je noyais ma malchance dans une bière au bar du cercle, Fred est arrivé surexcité près de moi : « Mec, c'est maintenant, c'est ton soir, c'est ton heure. » Je lui ai renvoyé une moue dubitative. Il a poursuivi :
— Là-bas, à la table VIP, sont installés deux trous du cul de financiers de trente balais et un rappeur. Un gars connu, apparemment. Ils lâchent tous les trois des billets violets à tour de bras, sans trop réfléchir. Mec, faut que t'ailles au charbon contre eux, ça ne se présente pas tous les jours, ce genre d'occase.
— Mais j'ai quasi plus une tune, Fred. Laisse tomber, c'est mort.
— T'inquiète, j'ai tout prévu. 
À peine avait-il terminé sa phrase que surgirent à côté de lui les deux lascars de la soirée de l'autre jour : le rital et le contrôleur SNCF. Fred a enchainé :
— À nous trois, on a quinze mille. Si tu rajoutes cinq mille de ta poche, tu peux t'installer à la table.
Je bottais encore une fois en touche :
— Tu oublies que je perds tous les coups en ce moment. Vas-y, toi !
Mais Fred ne lâchait pas le morceau :
— Mec, tu es le meilleur joueur de poker de ce putain de cercle. Moi, je suis un branleur. Toi tu es un vrai joueur et tu le sais. Tu prends juste un sale cycle dans la gueule comme ça peut arriver à ce jeu de merde. C'est le moment idéal pour sortir la tête de l'eau. Et puis c'est que du pognon.
Il est dingue, Fred, j'ai l'impression qu'il pourrait convaincre un aveugle d'être funambule.

Une demi-heure plus tard, je m'asseyais à la table à côté de deux freluquets et un géant noir avec des tatouages partout et des bras qui faisaient deux fois mes cuisses. J'avais vingt mille balles devant moi. Les trois parlaient beaucoup, ils jouaient au coq, à celui qui chantait le plus fort. J'avais l'habitude, c'était toujours comme ça aux tables, l'odeur des gros billets, ça fait remonter le degré de testostérone. J'ai eu pas mal de chance au début, j'ai gagné plein de petits coups. La partie a continué quelques heures sans que les jetons ne bougent vraiment. Ça parlait plus que ça ne jouait. Puis vers quatre heures du matin, un coup est venu enflammer la partie. Les mises ont volé dans tous les sens jusqu'à la dernière carte. Je me suis retrouvé en duel contre le rappeur. Il s'appelait Moïse. Drôle de nom pour un rappeur. Il a envoyé tout son tapis. Je ne m'y attendais pas du tout. Soixante-cinq mille euros au milieu de la table, ça faisait une belle somme. Mes acolytes se tenaient à côté. Fred, d'habitude si enclin à sourire, était devenu blanc, le rital se bouffait les ongles, et le contrôleur SNCF demandait aux deux autres ce qu'il se passait. Il ne semblait pas comprendre grand-chose au poker. Moïse la jouait grande gueule : « Fais pas le con, l'intello, t'as perdu ! » Je savais que cela ne signifiait rien. Les informations étaient ailleurs, dans sa gestuelle, dans l'historique du coup, dans les cartes au centre de la table. Je n'avais qu'une paire de six. C'était un jeu très faible. Si je décidais de payer, c'est que j'estimais que Moïse bluffait. J'ai pris de longues minutes de réflexion. Je n'arrivais pas à me décider. Agacé, un des deux branleurs de financier a demandé un décompte du temps. Le superviseur est arrivé et a décidé de me laisser une minute pour prendre ma décision. Au moment où il a prononcé sa sentence d'une voix autoritaire, j'ai compris que j'étais en train de jouer mon dernier coup de poker. Ça m'est apparu comme une soudaine évidence. Les années d'addiction, l'arrêt brutal pour les yeux d'une femme, le retour en grâce, la descente aux enfers et au bout de la route, l'épreuve finale. Ça avait de la gueule. Grandeur ou décadence, peu importait le résultat, il s'agissait de profiter une dernière fois de l'ivresse d'une table de poker : le tapis vert inondé de lumière, les jetons et les cartes au centre de la table, l'atmosphère électrique et autour de moi, tous ces visages que la passion dévorante du jeu rendait si humains. Le superviseur fixait l'horloge. J'ai relevé les épaules et pour la seule fois de toute ma vie, j'ai décidé de m'en remettre au hasard. J'ai tourné la tête en direction du gars de la SNCF et je lui ai demandé de me donner un nombre entre un et cent. Pair, je couchais ma main. Impair, je payais. Il m'a regardé l'air désabusé, mais après quelques secondes d'hésitation, son visage s'est éclairé et il m'a répondu avec une innocence joviale : « Cinquante-neuf, comme mon département. Vive le Nord ! »

Le superviseur a commencé son décompte. Dix, neuf, huit, sept... J'ai pris un jeton dans ma main et j'ai regardé Fred en souriant. J'ai balancé le jeton au centre de la table et j'ai annoncé « Payé » en insistant bien sur le p. J'ai compris que j'avais gagné à la tête déconfite de Moïse. Il avait bien bluffé, il n'avait même pas de paire. Il a soulevé la table de fureur : « Comment as-tu pu me payer ? » Je lui aurais bien expliqué que c'était à cause du département de naissance d'un nordiste alcoolique, mais j'ai préféré me taire, pour ne pas finir le corps criblé de balles, rue de Clichy. Je me suis rapidement éloigné de la table pour me réfugier près du bar. Fred m'a pris dans les bras, les deux autres étaient sur un nuage. Tous les gens du cercle venaient me voir. J'étais leur héros d'un soir, l'homme qui avait mis à terre Moïse, le rappeur, avec une simple paire de six.

J'ai redonné leur part à mes acolytes, et je suis sorti le cœur léger avec plus de vingt mille euros dans les poches. J'ai marché le long du boulevard de Clichy. J'étais épuisé. Un mec dormait dans un carton, je lui ai mis un billet de cent juste à côté de lui. J'en ai vu un deuxième un peu plus loin. J'ai recommencé l'opération. Puis, je suis entré dans un immeuble derrière une femme qui en sortait et j'ai glissé des billets dans les boîtes aux lettres des noms que j'aimais bien. J'ai continué à déverser des billets au hasard, un peu partout. Chaque don était comme une libération, comme un pas qui me rapprochait de la rédemption et m'éloignait des fausses paroles et des sourires de circonstance. Les premières lueurs de l'aube sont arrivées. Je me suis assis à la terrasse d'un café et j'ai pris une formule petit-déjeuner. J'ai observé la rue s'éveiller. J'étais comme un boxeur groggy à la fin d'un combat, assis dans son coin, incapable de la moindre réaction alors même que l'agitation règne en maitre autour de lui.

Mon téléphone a vibré dans ma poche. C'était un nouveau message : « Nous arrivons dans trente minutes à la gare d'Austerlitz avec Manon. Nous devrions être chez toi vers dix heures. » Je n'ai pas compris jusqu'à ce que j'aperçoive la date sur un panneau lumineux en face de moi. Le 30 août, le jour où Lise avait prévu une rencontre avec Manon et moi. J'ai sauté dans un taxi. Arrivé à la gare, j'ai donné au chauffeur tout l'argent qu'il me restait. Trois mille deux cents euros. Le type est resté bloqué, le regard effaré, comme s'il venait de voir Jésus. Je ne lui ai pas laissé le temps de réagir et je suis sorti du taxi. Quand je suis arrivé sur le quai numéro cinq, le train n'était pas encore là. J'ai attendu avec fébrilité et impatience. Lorsque la vague des voyageurs est descendue, elle m'a submergé, j'ai cru que j'allais m'envoler. J'avais dû perdre dix kilos en deux mois et je n'étais plus qu'une tige de fer au milieu d'éléphants écrasant tout sur leur passage. La vague a fini par s'estomper. J'ai alors vu une petite masse maladroite se mouvoir sur le quai. Elle a déployé ses ailes en s'approchant puis les a refermées sur moi. J'ai senti sa chaleur entourer ma jambe droite. Manon a levé la tête et ses yeux innocents m'ont scruté pour regarder si c'était bien moi, si j'étais toujours le même. À ce moment-là, j'ai dû faire une tête de lapin ahuri pris dans les phares d'une voiture. Je ne savais pas comment réagir. Ça l'a fait rire. Un rire innocent, un rire qui vous arrache du monde. À vingt mètres devant nous, à côté d'un couple qui s'embrassait langoureusement, est apparue Lise, la démarche assurée et le regard noir. Elle n'avait pas changé, ses petits seins étaient toujours de taille parfaite, son nez un peu trop allongé et ses épaules carrées. Ses nouveaux vêtements colorés semblaient faire d'elle une femme encore plus forte. Je devinais la discussion grave qui allait s'en suivre, sur le fait que je perdais la tête, qu'il fallait que je me ressaisisse, que j'allais recevoir un courrier de son avocat. Les coups de massue allaient pleuvoir sur mon crâne fatigué.
Mais à vrai dire, je n'en avais rien à foutre. J'étais prêt. J'espérais juste que ça ne durerait pas trop longtemps et qu'une fois la tempête terminée, je pourrais manger des coquillettes au gruyère avec Manon comme nous le faisions tous les mercredis midi dans notre vie d'avant.
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Kruz BATEk Louya · il y a
Un texte qui donne bien envie d'en relire...
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Éric Comines · il y a
Un style qui caresse et nous dit vient, va plus loin
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Viktor L'enchanteur · il y a
Merci, j'ai adoré votre texte !
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Daniel Grygiel Swistak · il y a
J'ai aimé, mon soutien.
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Sylvianni sylvianni · il y a
Un texte qui représente bien comment l'on peut sombrer après une séparation avec son lot d'émotions et de solutions plus ou moins efficaces pour oublier. Mon vote
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Camille Berry · il y a
Très bon texte !
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Fred Panassac · il y a
Excellent texte au style aussi addictif que le jeu !
Mon soutien en finale !

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Michel Dréan · il y a
Bonne finale James !
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Eva Dayer · il y a
Bonne chance à ce texte !
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Isabelle Levy · il y a
Très beau texte Mon soutien
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Gérard Jacquemin · il y a
Quelle ambiance ! Une histoire qui nous tient en haleine jusqu’au bout.
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Sandra Dullin · il y a
J'ai bien aimé la dérive du personnage jusqu'à sa rédemption avec une description de la dernière partie de poker très réussie.
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François B. · il y a
Très bon récit
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Pat Vermelho · il y a
Ce texte est un petit bijou, ou plutôt une quinte flush royale. Le jeu comme moyen de rédemption, fallait y penser, et le mettre en "jeu" avec un tel style, mérite de rafler la mise. Mes 4 votes.
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Guy Bellinger · il y a
Un texte parfait, qui fonctionne à tous les niveaux (la déprime, le poker, la renaissance). J'ai lu sans pouvoir m'arrêter.
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Fid-Ho LAKHA · il y a
Oufff! Je n’ai jamais joué au poker, mais j’avais l’impression d’y être! 11mn de lecture, non stop et c’est la délivrance! Bravo pour cette redemption et mes voix en prime!
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Joan E. · il y a
Wouh ! Quel souffle dans cette nouvelle... ! L'impression d'entendre un ami qui raconte sa vie et on l'écoute silencieusement au coin d'une table. J'ai bu cette nouvelle où perce un coeur énorme et une belle générosité.
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M. Iraje · il y a
J'ai bien aimé les coquillettes aussi. Manquait que le jambon ...
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Joëlle Brethes · il y a
1er commentaire inchangé... Nouveau soutien, et bonne chance à votre protagoniste... (ainsi qu'à vous !)
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Manuel Sartrault · il y a
Ça respire, ça sonne juste et c'est beau. Bravo.
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Marie Van Marle · il y a
Plaisir vif de lecture, même sans rien connaître au poker. La chute à coquillettes est tendre à souhait. Entre les deux, il aurait dû garder un peu du magot. A mon avis...
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Jeanne Pica-Borruto · il y a
J’ai bien aimé vous lire, bonne finale !
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Dominique Claire Fabre · il y a
Allo, allo, James quelles nouvelles ?
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Phil Bottle · il y a
C'est vraiment dommage, James, que vous ne répondiez pas aux commentaires, pas même par un petit cœur. Timidité?
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James Bukolic · il y a
Vous avez raison, j'ai rajouté des petits coeurs, c'est la moindre des choses. Timide non, flemmard plutôt...
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Phil Bottle · il y a
C'est tellement plus sympa ainsi. Merci! Tous vos lecteurs vont s'en réjouir.
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Huggun X · il y a
Je trouve votre texte vraiment très bien écrit, même si le changement de registre de la fin m'a un peu laissé sur ma faim... Bravo, en tous cas !
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Constance Delange · il y a
Trés bon texte, à vif, la réalité en 3D
bravo belle plume

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Zou zou · il y a
Mon soutien..
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Martine Galati · il y a
Très prenant. Belle construction
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Agnès Rémond · il y a
Récit bien écrit. Un agréable moment de lecture.
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Viktor September · il y a
Le poker pour les néophytes : belle retranscription des anglicismes ( stacking, river, chip, ... ) , la description des regs et des livetards. Surtout une belle histoire humaine derrière tout ça, rend votre texte superbe.
Au fait, si vous avez une soirée, j'ai ouvert une 2/4 à la maison :)

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James Bukolic · il y a
Une 2/4 ? Merci mais pas assez cher pour moi :p
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Viktor September · il y a
Assez pour se faire mal :)
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Viktor September · il y a
C'est bon ! Ok pour une 5/10.
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Mireille Bosq · il y a
Voilà ce qui s’appelle « connaître la chanson » en tous les cas, bien qu’il n.y ait pas meurtre, les codes du polar.
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Joëlle Brethes · il y a
Votre protagoniste est bien fragile et je m'inquiète malgré tout pour lui... Donnez-nous de ses nouvelles à l'occasion ;)
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Mireille Béranger · il y a
Je ne me suis pas ennuyée un quart de seconde en lisant ce récit, particulièrement bien écrit. Contrairement à vous, je ne connais pas l'ambiance autour d'une table de poker, et le regrette. Mais le dernier coup de poker, tel que vous l'avez ici si bien décrit, donne le frisson. Bref, si je pouvais "cliquer" mille fois, je le ferais.
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Plumette P · il y a
je me suis attachée à votre personnage, votre texte a eu pour moi un côté addictif, tout comme ce jeu de poker que vous semblez bien connaître, je l'ai lu quasiment en apnée. écriture alerte et sens de la formule. Bonne chance pour la suite.
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Momo · il y a
J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette nouvelle. Le personnage central est très attachant. Tous les autres personnages sont bien « croqués ». On se laisse emporter par le récit.
Merci pour ce bon moment

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Doria Lescure · il y a
Récit bien écrit et bien construit en mode portrait d’un personnage particulièrement bien campé. La tonalité donne du relief à cette histoire et le contexte bien posé ajoute toute la densité nécessaire pour la rendre prenante. Un bon moment de lecture.

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