Autant en emportent les vents

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Des histoires à lire, à écrire, à raconter pour le plaisir des petits, des plus grands... C'est au creux des histoires que se cache la sagesse du monde...

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Un matin, il commença à écrire...
Pour ne pas perdre le nom des couleurs : « gorge-de-pigeon », « amarante », « flavescent ».
Il écrivit les nuages et le vent, les odeurs de tourbe et d’herbe coupée, la chaleur qui persiste un peu sur la peau et les parfums doux de la plage le soir, juste entre chien et loup. Cette sensation des pieds nus sur le sable d’après-midi brûlant dont chaque grain semblait si curieusement frais et agréable sitôt la nuit venue. Surtout, il écrivit la douceur. La tiédeur d’une toison d’agneau, le grain lisse de la peau d’un nouveau-né, un baiser. La caresse à l’encolure d’un cheval et la peau si fine et frêle à l’arrondi de ses naseaux. Le suc de la clémentine sur les doigts, empreinte odoriférante du cœur de l’hiver comme autant de petits soleils. Le duvet des pêches de vigne, leur jus...
Les jours et les nuits passaient, il écrivait toujours, obstiné à garder au monde les beautés de la vie. Il advint qu’il n’eut plus d’encre. Il pleura des larmes amères, y trempa une plume taillée et continua à écrire.
Cette fois, il fixa les chagrins. Ceux qui partirent, ne revinrent pas, ceux qui nous ont manqué trop tôt, les arbres morts assassinés, les haies d’oiseaux. Les petits enfants devenus grands trop vite et les vieux hommes abandonnés. Dans ses yeux le sang des batailles servit aussi d’encre de chair. Il écrivit les canons, les attentats et les cadavres, les amochés de leurs blessures, les plus-jamais.
Tard le soir il écrivait, au matin poursuivait toujours. Il ne lui resta plus que l’eau. Il y mit un peu de suie, dans la compréhension que la noirceur aiderait à garder trace. Comme on orne une grotte, on bâtit une cathédrale, comme on met au monde un enfant, il écrivit.
Lorsqu’il eut couché tous les mots qu’il connaissait, venus à lui dans la pénombre ou la lumière, il rassembla sa collection.
Devant sa maison il traça un cercle dont il empierra le contour. Au centre il plaça tous ses écrits. Vaste comme l’humanité, l’amas de pages laissait entrevoir des mots colorés de chair et de sang, des entailles de plume et des chatoiements de poèmes.
Lorsque la brise du soir emporta la dernière cendre née de cet autodafé l’homme sourit depuis le seuil de sa maison. Devenus poussière, les mots seraient semés plus loin. Chéris par la terre, bercés par l’astre solaire, ils prendraient racine au cœur des hommes.
Le vent les porterait plus loin. C’est ainsi que vont les histoires.

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