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Autour de la table, sept nains, les yeux rivés sur Armand Leprince. Sur la table, le corps sans vie de Blanche.
— Alors docteur ? osa demander le plus vieux, celui que les autres nommaient Prof.
— L’assassin est dans ces murs, asséna Armand Leprince, en remettant le stéthoscope dans sa mallette non sans l’avoir auparavant inondé de gel hydroalcoolique.
Une exclamation sourde jaillit des sept poitrines oppressées.
— Quoi ?
— Que voulez-vous dire ?
— Non, mais il nous raconte des conneries !
— Atchouuuuum !!
— Je veux dire, soupira Armand Leprince, que le coronavirus est dans vos murs, dans votre maison. C’est lui qui a tué cette malheureuse jeune fille. Vous auriez dû me faire appeler dès les premiers symptômes.
— Mais vous ne pouvez rien pour elle ? Une piqûre ? Une potion ? Pas même un petit baiser ? »
Armand Leprince les regarda offusqué derrière son masque et ses lunettes de protection. « Non, mais vous allez pas bien, vous ! Pourquoi croyez-vous que je sois habillé comme ça ! dit-il en montrant sa surblouse. Pour faire joli ? C’est un tueur, je vous dis ! La moindre micro-goutte de salive et je suis un homme mort. Alors comptez pas sur moi pour faire un bisou à cette demoiselle.
— Mais… mais… Atchoum !
— Il n’y a pas de mais… mais… et vous feriez bien de faire attention à vous. À la façon dont vous éternuez cher monsieur, je crains fort que ce virus vous ait également touché. Avez-vous de la fièvre ? Votre odorat est-il altéré ?
— Moi ? Oh vous savez, j’éternue depuis que je suis A…aaaa... atchoum ! Depuis que je suis né. Je suis atteint d’un perpétuel rhume des foins.
— On ne vous a pas appris les gestes barrières ! Éternuez dans votre coude par pitié !
— Heu désolé.
— Mais que fait-on de la petite ? demanda Dormeur dans un bâillement.
— Pour le moment, rien.
— Comment ça rien ?
— Les services de la morgue sont débordés. Dès qu’ils le pourront, ils viendront chercher le corps.
— Mais dans combien de temps ?
— D’ici une ou deux…
— Jours ?
— Mais non ! D’ici une ou deux semaines !
— Quoi ?! Mais c’est impossible !
— Et interdiction pour chacun d’entre vous de quitter cette maison. Vous êtes con-fin-nés. 
Et sous les éternuements répétés d’Atchoum et les regards médusés des sept nains, oups, des six nains (Dormeur submergé par l’émotion venait de s’endormir), le Dr Leprince sortit de la maison en ayant pris soin de mettre des scellés sur les portes et les fenêtres, un ruban et un panneau indiquant « Danger ! Maison contaminée ».

Un long silence résonna dans la maison, ponctué de quelques éternuements, de ronflements sonores, de quelques « Merde, remerde et re-remerde » de Grincheux et de « Ça va aller, ça va aller » lancinants de Joyeux.
Prof, comme d’habitude reprit le premier ses esprits. Il réveilla Dormeur, donna un mouchoir à Atchoum et déclara :

— Désormais, le devoir nous commande de nous suspecter les uns les autres. Un homme averti en vaut deux. On peut tous être porteurs de ce satané virus. Tout d’abord, vous allez répéter après moi les gestes barrières :
— Se laver les mains très régulièrement…

— N’importe quoi ! ronchonna Grincheux

— Tousser ou éternuer dans son coude ou dans un mouchoir…

— Ben pourquoi demanda Simplet, on ne met plus sa main devant la bouche ?

— Utiliser des mouchoirs à usage unique et les jeter…

— Ça va pas être possible, il m’en faudrait des tonnes, répliqua Atchoum

— Saluer sans se serrer la main, éviter les embrassades…

— Oh non, je ne vais plus pouvoir vous serrer dans mes bras ! se lamenta Joyeux alors que Timide poussa un soupir de soulagement à cette dernière recommandation et que Dormeur se rendormait.

— Et maintenant, nous allons construire un cercueil en verre pour Blanche. On ne peut quand même pas la laisser comme ça sur la table de la cuisine… commença Prof.

— … Parce que dans deux semaines, la senteur va être atroce ! poursuivit Grincheux.

Prof ignora ce mouvement d’humeur.

— Allez mes amis, travaillez prestement. Pendant ce temps, je vais dans mon bureau. Je vais tenter de trouver une recette pour nous protéger de ce mal.

Simplet se leva pour le suivre.

— Tu veux m’aider Simplet ? Tu sais même pas lire et tu crois qu’avec tes deux neurones tu vas pouvoir m’aider, moi le plus intelligent de la contrée ? Non, toi tu restes ici pour aider les autres, enfin si tu y arrives, bête comme tu es, je me demande même si tu fais la différence entre une vis et un clou !

Sur un éclat de rire, Prof s’enferma dans sa bibliothèque. Simplet sourit et rejoignit les autres près du corps de Blanche. Les nains se mirent à l’ouvrage, mais ce n’était pas aisé de fabriquer un cercueil de verre en restant à un mètre de distance, les uns des autres.

Prof consulta beaucoup d’ouvrages, plus gros les uns que les autres. Il ne trouvait rien, pas la moindre petite allusion à ce corona virus. Il trouva des livres sur le S.A.R.S., sur le M.E.R.S., mais rien sur le COVID 19. À croire qu’il n’avait jamais existé auparavant. Découragé, il balayait du regard les rayonnages de livres, lorsqu’il aperçut sur la plus haute étagère un post-it jaune sur la tranche d’un livre. Intrigué, il prit l’échelle, grimpa, décolla le post-it. Son cœur se figea en lisant les quelques mots écrits à l’encre verte.

Sept petits nains dans leur maison.
Le premier sûr de son pouvoir
Qui pensait avoir toujours raison
Fut écrasé par son savoir

Dans la cuisine, les six nains s’activaient. Ils mettaient la dernière vis au cercueil de verre. Au même instant, à l’extérieur de la pièce, un cri retentit, suivi d’un bruit lourd. Les nains se précipitèrent dans le bureau de Prof. Une bibliothèque énorme, celle qui contenait les livres les plus lourds, les plus savants de Prof, gisait à terre. Et sous cette bibliothèque dépassaient les pieds et les mains de ce qui avait été naguère le nain le plus instruit de Terre. Ils se précipitèrent sur la bibliothèque, essayèrent de la soulever, mais malgré tous leurs efforts, ils n’y parvinrent pas. D’accord, ils étaient six, donc douze bras musclés, mais ce n’étaient que des nains.
Grincheux aboya sur Simplet : 

— Au lieu de rien foutre, va dans la remise et ramène-nous une corde. T’es con, mais tu sais quand même ce qu’est une corde !
Simplet se dépêcha de filer. Il n’aimait pas Grincheux. Ce dernier était preste à lui filer un coup de pied ou à lui faire un croche patte, rien que pour faire rigoler Joyeux. Simplet accéda à la remise par la porte, au fond du couloir. Il resta une minute sur le seuil de la remise afin d’habituer ses yeux à la pénombre qui régnait dans cette pièce sans fenêtre. Il se déplaça à tâtons. Sa main s’appuya sur la clenche de la porte de la remise qui s’ouvrit. Le Dr Leprince avait condamné la porte principale et toutes les fenêtres, mais avait oublié cette petite porte à l’arrière de la maison. Simplet fit un pas dehors. C’était un beau jour d’avril. Un de ces jours de printemps, où la douceur de l’air vous fait comme une caresse. Les oiseaux chantaient. Ils ne connaissaient pas encore le malheur qui avait frappé leur amie Blanche. Simplet prit une profonde inspiration. Le hurlement de Grincheux le fit sursauter :

— Simplet ! Tu te magnes !

La corde, ah oui, il fallait ramener la corde. Simplet se dépêcha de faire demi-tour. Il entra dans la chaumière, referma le plus silencieusement possible la porte.

— Ah quand même ! Mais qu’est-ce que tu as foutu ! Pas même capable de trouver une corde ! tempêta Grincheux.

Simplet dans un sourire lui tendit la corde. Ils eurent beau se démener, tirer, pousser, grogner, éternuer, hurler, ronfler, ils ne firent pas bouger d’un millimètre la bibliothèque. Après plusieurs heures infructueuses, ils décidèrent de laisser Prof dans son cercueil de livres. Ils déposèrent le cercueil de verre près de la bibliothèque déchue et fermèrent la porte du bureau. Ils se réfugièrent chacun dans leur chambre, ruminant de sombres pensées. À l’heure du déjeuner, Joyeux cria : « à table ! » Parce qu’on était vendredi et le vendredi, c’était Joyeux qui était derrière les fourneaux. C’était un jour où les nains mangeaient coloré. Joyeux aimait mettre des couleurs dans ses plats. Et ce vendredi 11 avril, Joyeux avait fait une salade composée avec du rouge, du vert et du jaune. Ce n’était pas toujours très bon, mais c’était esthétique. C’était toujours mieux que les jeudis. Parce que les jeudis, c’était Dormeur qui faisait la cuisine et les plats étaient toujours brûlés, Dormeur s’étant endormi pendant la cuisson. À cet appel tous les nains sortirent de leur chambre pour venir s’attabler. Tous sauf Prof qui était sous sa bibliothèque et… Grincheux.
Joyeux cria à nouveau : « À taaaaaaaableeeeeeeee ! » Toujours aucune réaction provenant de la chambre de Grincheux. Alors Joyeux, Simplet, Dormeur, Atchoum suivi de Timide frappèrent timidement à la porte. Le silence. Ils ouvrirent et le virent. Il se balançait à un mètre du sol, le regard vitreux, la langue pendante.
— Oh mon Dieu, il s’est suicidé !  cria Joyeux
— Regardez ! Timide tendait un doigt tremblant vers un post-it collé sur le ventre de Grincheux, sur lequel était écrit à l’encre rouge :

Six petits nains dans leur maison.
Le second toujours de mauvaise humeur
Le nœud coulissant de la pendaison
Lui fit ravaler toute sa rancœur

Ils lurent. Ils se regardèrent et se ruèrent tous hors de la chambre puis sur la porte d’entrée, essayèrent de l’ouvrir. Ils eurent beau se démener, tirer, pousser, grogner, éternuer, hurler, ronfler, ils ne la firent pas bouger d’un millimètre. Ils essayèrent d’ouvrir les fenêtres, mais malgré tous leurs efforts, ils n’y parvinrent pas. D’accord, ils étaient cinq donc dix bras musclés, mais ce n’étaient que des nains. Au bout de plusieurs heures, ils renoncèrent épuisés.
Ce fut Joyeux qui brisa le silence angoissé le premier. 

— Alors ce n’est pas un suicide ? 

Timide rajouta :

— Et peut-être que pour Prof, ce n’était pas… un accident ? Mais pourquoi ?.... Mais qui ?... 

Après avoir pris des gants, ils se résolurent à décrocher Grincheux et à le déposer dans la bibliothèque auprès du cercueil de verre de Blanche et de la bibliothèque cercueil de Prof. Ils fermèrent la porte et se réfugièrent dans la cuisine, tout en respectant la distance barrière d’un mètre. Dormeur était à l’Ouest, Simplet à l’Est, Atchoum au Sud, Joyeux au Nord et Timide au centre sous la table. Le silence retomba sur les cinq corps prostrés ponctué par des bâillements et des salves d’éternuements.

— Mais mouche-toi !
— Je peux pas… j’ai oublié mon paquet de Aaaaa… mon paquet de Aaaaaa… mon Aaaaatchouuuum… de mouchoirs dans ma chambre.
— Et bien va les chercher !
— Non, je ne veux pas. J’y Aaaa…aaaa... atchouuum.... J’y vais pas tout seul.
— Ah ! Ah ! Ah ! Quel trouillard !
— Te fous pas de moi ! T’es toujours en train de te moquer… Atchouuuuum… de tout le monde.
— Ok, ça va, je viens avec toi, répondit Joyeux.

Dormeur s’était endormi. Timide toujours sous la table, caché par les pans de la nappe, se croyait protégé. Il écoutait avec appréhension chaque bruit provenant de la maison. Les salves d’éternuements d’Atchoum s’étaient enfin arrêtées. Il a dû trouver un mouchoir, pensa Timide. Puis il entendit le rire de Joyeux. Ce rire le rassura. Si Joyeux riait, c’est que tout allait bien. Le rire redoublait, enflait, emplissait toute la maisonnée. À la réflexion, tout cela semblait bizarre… très bizarre ! Ce rire qui n’en finissait pas d’enfler… L’absence d’éternuements depuis plusieurs minutes… Quelques hoquets et puis plus rien. Le silence qui retomba sur la maison terrifia Timide.

— Dormeur ? Simplet ? Vous êtes là ?

Un ronflement lui répondit.

— Simplet ?
— Oui.
— Tu entends ?
— Non.
— On n’entend plus rien.
— Ah ben c’est normal que j’entende pas…
— Ça te parait pas bizarre qu’on entende plus ni les éternuements d’Atchoum, ni le rire de Joyeux ? chuchota Timide.
-...
— Réveille Dormeur et allez voir ce qui se passe.
— Et toi ?
— Je… je surveille vos arrières, répondit Timide

Le silence de ses deux frères décida Timide à sortir de sa cachette. Il les trouva pétrifiés sur le seuil de la chambre d’Atchoum. Il risqua un œil dans la chambre et vit son frère, les yeux exorbités, le visage bleui par l’asphyxie, la bouche et les narines emplies de mouchoirs en papier. Et accroché sur son veston, un post-it sur lequel était écrit à l’encre bleue :

Cinq petits nains dans leur maison
Le troisième toujours à éternuer
Devant un mouchoir tomba en pâmoison
Avec dix mouchoirs il mourut étouffé

Il vit son autre frère, allongé sur le parquet, bâillonné, rouge écarlate. Autour de son cadavre, le sol était jonché de papiers de Carambar ouverts. Et toujours un post-it, rédigé cette fois-ci à l’encre orange.

Quatre petits nains dans leur maison
Le quatrième a beaucoup ri
Du malheur de ses compagnons
Le rire l’a mené à son agonie

— Il est mort de rire ! souffla Dormeur.
— Ce n’est qu’une expression, dit Timide, on ne peut pas mourir de rire.
— Regarde, on l’a bâillonné et on lui a lu des blagues de Carambar. On ne peut pas rire et reprendre son souffle quand on est bâillonné…
— Ça veut dire… ça veut dire que quelqu’un veut tous nous tuer ?!
Ils se regardèrent horrifiés.
— C’est peut-être le fantôme de Blanche Neige qui vient se venger de ce qu’on lui a fait ! osa Simplet
— Non, mais triple buse ! T’es vraiment con toi ! Les fantômes ça n’existe pas ! hurla Timide.

Dormeur et Simplet le regardèrent, interloqués. C’était la première fois qu’ils l’entendaient crier. Ils ne connaissaient que le murmure de Timide. Ils ne le reconnaissaient pas. Timide devant leurs regards effarés se ressaisit et murmura la tête baissée :

— Les fantômes, ça n’existe pas.

Mais le doute s’était immiscé chez Dormeur et Simplet. Qui était cet homme qu’ils avaient depuis toujours considéré comme le plus peureux, le plus timide d’entre eux ? Que cachait-il derrière sa timidité ? Toutes leurs certitudes s’effondraient. Et si c’était Timide le meurtrier ? La méfiance, la défiance s’installait. Ils s’observaient les uns les autres. « L’assassin est dans ces murs. » Avait dit le Docteur Le prince. Et s’il n’avait pas parlé du virus…

Ils eurent beaucoup de mal à porter les deux corps jusqu’à la bibliothèque qui se transformait en morgue. Tout d’abord parce qu’ils n’étaient plus que trois et donc seulement six bras musclés et parce qu’ils restaient des nains. Leur macabre besogne réalisée, ils prirent le couloir pour retourner ensemble dans la cuisine, tout en se surveillant du coin de l’œil. Qui allait tuer qui ? Qui serait le prochain sur la liste funèbre ?

— C’est moi ! C’est moi le prochain !

Dormeur pointait d’un doigt tremblant un post-it posé sur la table sur lequel était écrit à l’encre violette :

Trois petits nains dans leur maison
Le cinquième veilla très tard
Dans le sommeil ne voulait trouver l’abandon
Ne se réveilla pas de son cauchemar

— Ben ça va être comme d’habitude. Tu vas t’endormir, tu vas ronfler et après tu vas te réveiller, dit Simplet candidement. Mais Dormeur ne l’écoutait pas. Il était parti dans sa chambre et fouillait frénétiquement tous les tiroirs, renversant par terre leur contenu en hurlant :

— C’est pas vrai, c’est pas vrai ! Où ils sont ? 

Apercevant Timide et Simplet sur le seuil de la porte, il se rua sur Timide, lui attrapa le cou en hurlant :

— Salaud ! Où t’a caché mes médicaments ? Dis le fumier ! Où ils sont ? 

Devant ce déferlement de violence, Simplet était tétanisé. Il mit les mains devant ses yeux, mais ne pouvait empêcher les hurlements de Dormeur et les borborygmes étouffés de Timide lui étriller les tympans. Au bout de quelques secondes, le corps de Timide s’affaissa sans que Dormeur écumant de rage ne s’en aperçût. Il continuait à lui serrer le cou en hurlant :

— Dis-moi où sont mes médocs ou je t’crève !

Puis ce fut le silence. Dormeur lâcha Timide dont le corps tomba sur le sol comme un pantin désarticulé.

Deux petits nains dans leur maison
Le sixième se dit timide
Est le plus vicieux des environs.
Étouffé dans une lutte fratricide

Dormeur resta quelques minutes, sidéré. Un bâillement incompressible le remit en mouvement.
— Et toi, espèce de trou du cul, tu te bouges. Trouve-moi mes médicaments où je te bute comme lui !

Simplet paniqué commença à chercher.

— Mais Dormeur, je cherche quoi ? C’est quoi tes médicaments ?
— Du Modafinil… C’est une boite blanche. Je suis narcoleptique, tu le sais bien ! Il me les faut sinon, je m’endors et je me réveille pas. Putain elles sont pas là ! Dans la chambre de Timide, il a dû les plaquer dans sa chambre cet enfant de putain. Magne-toi ! 
Dormeur se donnait des gifles à chaque bâillement. Il renversait tous les tiroirs, éventrait les oreillers, bâillait, se giflait, vidait tous les pots, retournait les boites, bâillait, se giflait, vidait le tube de dentifrice, bâillait. Tout à coup, un tissu opaque lui écrasa le visage, une sensation d’étouffement, la torpeur le prit. Juste avant que ses yeux ne se ferment, il eut le temps d’apercevoir Simplet lui sourire et lui dire « Bonne nuit ».


Simplet tire, pousse le cercueil de verre. Il le sort de la bibliothèque dans laquelle s’entassent les six corps de ses frères. Il ne veut pas la laisser avant de partir dans la même pièce que ses tortionnaires. Il le met au milieu du salon. Pendant de longues minutes, il regarde le corps sans vie de Blanche. Même morte, qu’elle est belle. Il n’a pas su la protéger. Il attrape un post-it et écrit ces quelques mots à l’encre noire.

Un petit nain tout seul dans sa maison
Il n’est plus leur souffre-douleur
Il a enfin trouvé la porte de sa prison
Leur mort remplit de joie son cœur

Simplet jette un dernier regard sur le post-it qu’il vient de poser sur cercueil de Blanche. Blanche son amour, sa princesse. Dès le premier regard, il avait été subjugué par sa beauté, sa douceur, sa gentillesse. Ses frères étaient des bêtes, ils n’avaient été éblouis par sa grâce. Ils en avaient fait leur esclave domestique et sexuelle. La peur des insultes, des coups, des viols les avaient rapprochés. Lui, le simplet, le bon à rien, le martyre de ses frères, se découvrait un nouveau visage dans les yeux de Blanche. Avec elle, pour elle, il devenait un être humain. Ils avaient projeté de fuir ensemble. Quand elle a commencé à tousser, les autres n’ont pas voulu appeler le 15. Elle est morte dans ses bras en suffoquant.
Il se lève. Tout abandonner, tout laisser, ne pas se retourner. Il va dans la remise, ouvrir la porte et s’en aller loin, très loin. Loin de ses frères et de leur barbarie. Loin de sa belle et douce Blanche pour laquelle, il ne peut plus rien. Il appuie sur la clenche. La porte ne s’ouvre pas. Il la secoue. Elle ne bouge pas. Il donne des coups de pied. Une toux le secoue puis un frisson de fièvre. Il se recroqueville dans l’obscurité. Il ne regrette rien.

Un petit nain tout seul dans sa maison
Pour son amour a voulu faire justice
La mort dans ses poumons
L’a plongé dans les abysses.

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