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Urgence dans la nuit

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Pour la plupart de ceux choisissant au coucher du soleil la soirée casanière, la nuit rime avec repos.
Il existe cependant une catégorie de personnes qui, dans le confort de leur chambre, ont pris pour habitude de ne pas fermer l’œil jusqu’au matin.
Ces gens-là, quoiqu’ils en disent, détestent la nuit.

Théodore Léger haïssait la nuit depuis l’enterrement de sa grand-mère maternelle. Découvrant à six ans l’existence de la mort, il développa aussitôt une angoisse des minutes filantes. Dès lors, le sommeil lui apparut être un concept insensé. A quoi bon se noyer dans l’inconscient la moitié de ses journées quand celles-ci sont comptées ?
Enfin grand garçon, Théodore profita de l’adolescence pour expérimenter la Vie nocturne. Constatant que l’on s’y oubliait souvent autant que dans son lit, le jeune homme déchanta. Désormais, il pratiquerait sans relâche le seul remède efficace contre la folie du temps qui passe : l’ennui.
Des années plus tard, le pauvre Léger s’adonnait toujours à cette étrange activité, chaque fois que les ténèbres s’emparaient du ciel. Mais cette nuit-là, l’ennui ne lui serait pas permis.

La lune atteignait son apogée au-dessus des toitures endormies. Seule une lumière osait contester à l’astre blanc sa brillante suprématie. A l’étage de sa petite maison, Théodore Léger veillait.
Le trentenaire avait investi sa chaise la plus inconfortable. Il fixait imperturbable une horloge, satisfait de la lenteur avec laquelle les aiguilles effectuaient leurs tours. Soudain, le téléphone sonna.
Comment avait-il pu ne pas débrancher le fil, lui qui commençait à peine à se pardonner les secondes perdues de la semaine passée ? Incapable d’attraper le combiné sans détourner ses pupilles du cadran, Théodore laissa la musique aller à son terme. Le répondeur se déclencha, et une voix douce entra en action :

« Salut petit frère. J’ai entendu des bips avant ta messagerie, j’espère que tout va bien. Je sais que tu es occupé, mais il fallait que je te le dise maintenant. Ça y est, tu es tonton ! Ne te sens obligé de rien, j’ai conscience des contraintes que ça représente pour toi. Mais si tu veux venir, on pourra te loger dans la chambre d’amis. Rappelle-moi demain, je t’embrasse fort. »

Le silence gagna à nouveau la pièce. Les lèvres de Léger tremblèrent. Des larmes coulèrent le long de ses joues. Il empoigna son manteau et descendit les escaliers à la hâte. Bientôt, il pesterait contre le retard du train, priant pour que l’heure tourne plus vite. Cette nuit-là, Théodore découvrirait l’incroyable pouvoir de l’amour.
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