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un fil, une fleurs, des vies

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Sally hanari

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C'est le début d'une histoire
Contée sous un feu d’acier
Où se reflète la folie
Qui s'est emparée des esprits.
Une histoire nouvelle à chaque fois.
L'Histoire de leurs vies s’anime sous mes doigts.
Elle a commencé la rose au fusil pleine d'espoir.
Laissant derrière elle, bavoirs et mouchoirs
Se retournant une dernière fois sans plus jamais les revoir
Seule subsistera le flambeau de l’amour

Un champ de bataille, hiver 1918
Un coup de feu claque des lignes ennemies, puis un autre et encore un autre, une rafale meurtrière s’abat sur nous. Le ciel est écarlate et dire qu’il y’a quelques minutes, c’était la faible lueur des étoiles qui nous éclairait. J’entends le sifflement d’une balle, le sifflement se fait de plus en plus proche. Je tente de me cacher.
Trop tard.
Une douleur sourde, me coupe la respiration et se propage dans ma poitrine.
« Ah ! Les rats, ils nous attaquent en pleine nuit ! » Ils ont dû surprendre la patrouille envoyée plutôt, armés de leur seul pair de ciseaux pendouillant à leur cou. Et dire que j’aurai du être parmi eux...
Les ordres des officiers fusent, les hurlements de douleur des soldats se mélangent aux bruits incessants des obus et des tirs d’artilleries ennemies et alliées. Nous nous jetons à plat ventre sur la terre boueuse, faisant abstraction de ma douleur. Je me protège du mieux que je peux dans un des gourbis environnant avec une poignée d’autres frères d’armes. J’espère que le parapet protégera ceux restés dehors pour répondre aux tirs adverses.
Soudain, une déflagration plus forte que les autres retenti. Une avalanche de boue froide et visqueuse s’abat sur nous. Nous sommes ensevelis. Une douleur sourde me lancine la hanche, un éclat d’obus m’a transpercé la peau. J’ai de la terre plein la bouche et les yeux. Seule ma respiration hachée et mon cœur qui cogne dans ma poitrine, brise le silence de mort qui suit le vacarme de l’attaque. Je m’extirpe rapidement du bourbier.
Hélas ! Aucune autre parcelle de terre ne remue autour de moi. La seule présence humaine qui subsiste est un morceau de chair en putréfaction pendant devant mon nez. L’odeur nauséabonde me chatouille les narines. Un haut le cœur me soulève l’estomac.
Mes yeux larmoient et mon nez me picote. Les Boches ont envoyé une bombe au phosphore, histoire de terminer le travail proprement. Ceux qui survivent au déluge du feu périssent par asphyxie. Ils ne laissent aucune chance de survie. C’est pour cela que les allemands n’ont pas encore débarqué pour le combat au corps à corps...
Je détache prestement un de mes masques à gaz de ma ceinture et le fixe sur mon visage. Un aboiement fend l’air, c’est un cri de détresse. D’autre plus étouffés se font entendre. Incroyable ! Serai-ce Escarmouche, le chien berger, chargé de détecter les gaz moutarde ?
Je cours vers le monticule de terre d’où semblait venir les aboiements. Il a du s’enfuir profondément sous terre en sentant les relents de bombe. Je déterre le chien à coup de pioche. Une grosse queue touffue apparaît puis les pattes postérieures. Bientôt le museau humide de la bête surgit de terre. Le rescapé se met à bondir en tout sens et à aboyer. Quelle brave bête ! Bien plus intelligente que nous, pauvres humains qui n’envisagent que chaos et destruction partout où nous foulons le sol de nos godillots.
Les aboiements d’Escarmouche deviennent de plus en plus pressants et perçants. Je le fait vite taire en lui plaçant mon deuxième masque à gaz en guise de muselière. Un liquide pourpre et chaud se déverse de la patte de l’animal. Une balle perdue à sûrement du lui transpercée la jambe. Nous devons vite nous éloigner avant que l’aube ne se lève et n’amène avec elle les Boches venus voir le fruit de leur orgie.
Mais d’abord je dois créer un garrot avec des débris de baïonnette et déchire avec mon couteau suisse un morceau de ma veste pour constituer les bandages. Avec le peu de pinard qu’il me reste au fond de ma gourde, je désinfecte nos plaies. Malheureusement il est trop tard. La mort m’a laissée un sursis, je n’avais pas été touché au cœur mais c’était pire. J’étais voué à une mort lente. La balle s’est fichée dans ma cage thoracique à coté de ma plaque d’immatriculation. Si seulement je l’avais bougée de quelques centimètres, j’aurai eu la vie sauve !
Je m’éloigne du champ de bataille, laissant derrière moi les corps mutilés figés dans un dernier hurlement muet. Je ne veux pas mourir là.
Je transporte Escarmouche à l’aide d’un brancard fait de la tôle des tranchées. Déjà, des bruits de bottes résonnent au loin ainsi que des éclats de voix gutturaux. Je me cache dans le couvert des arbres. Bientôt des cris de joie et de liesse retentissent dans toute la forêt, les Allemands sont heureux, ils ont réussi leur offensive. Ils s’en vont l’esprit tranquille. Moi aussi, j’aurai été heureux de ne pas être mort cette nuit. Mais maintenant j’ai honte de ce comportement. La guerre nous a métamorphosé en véritable bêtes sanguinaires muent par un instinct de survie primant sur tout le reste. Je suis la proie, ils sont les prédateurs.
Quelques chose en moi est mort cette nuit, une partie de mon être est restée ensevelie avec mes frères d’armes. Je suis une ombre parmi tant d’autre qui erre entre deux mondes. La neige tombe doucement, un manteau de neige recouvre la terre gercée et crevée d’un beau manteau blanc. Je m’allonge de tout mon long sur la terre battu.
Tient ! Une fleur à pousser tant bien que mal dans ce paysage dévaster. C’est un perce-neige, je la cueille délicatement. Cette fleur est pour ma fille, blanche comme elle. Je m’endors bercé par le chant de la brise glaciale, Escarmouche lové dans mes bras. Une plume noir volette au loin...

Une brise se lève
Balayant tout sur son passage
Les regrets, la tristesse
La dernière rangée est tissée
La dernière ligne de l'histoire dune vie
Sur une étoffe noircie où tout est écrit
Il ne reste plus qu’a lire
Se laisser porter par la symphonie des mots
Yomna votre tisseuse d'histoire

PRIX

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Jean Calbrix · il y a
Un texte talentueux pour décrire les horreurs dans lesquelles les soldats de la Grande Guerre ont été plongés. Bravo, Sally ! Je clique sur j'aime.
Je vous invite à lire mon sonnet "Spectacle nocturne" et à le soutenir si vous l'avez aimé : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/spectacle-nocture
Bonne soirée à vous.

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Sally hanari · il y a
Merci beaucoup d'avoir pris le temps de lire mon texte je ne manquerai pas de jeter un coup d'œil à votre texte et d'y apporter mon soutien
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Artvic · il y a
Sublime, émotions assuré , l'Histoire est bien racontée ! Mon vote 💚
Je vous invite à lire mes textes et Celui en finale https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/lempreinte-des-souvenirs
Bonne lecture

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Bulle_d_encre · il y a
Superbe, beaucoup de talent pour faire vivre cette histoire qui reflète bien ces terribles combats. Mes voix !
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Sally hanari · il y a
Merci, beaucoup
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Ratiba Nasri · il y a
Une histoire tragique, magnifiquement contée, sur l'horreur de la guerre et la bêtise des hommes. Tu as un talent pour l'écriture.
Merci Sally pour ce beau moment de lecture ! +5

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Sally hanari · il y a
Encore merci pour votre commentaire. Vous avez retenu tout ce que je voulais faire passer à travers mon texte
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Katherine · il y a
Très beau texte, touchant. Félicitations, je te donne mes voix
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Sally hanari · il y a
Merci, beaucoup pour votre soutien
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Dimaria Gbénou · il y a
Tu as un bel avenir dans l'écriture avec ce que je viens de lire. Bravo. Je donne mes voix. Mes voix. Je suis en finale avec " Achou ". Je t'invite à la lire
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Sally hanari · il y a
Merci beaucoup, je ne manquerai pas de lire ton texte et d'y apporter mon petit vote
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Dimaria Gbénou · il y a
oook
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Nawel · il y a
Super texte !! Tu as du talent !
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La lectrice · il y a
Bravo c'est super continue ainsi !
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