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Trop aimable nature

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Francesca Fa

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De nature aimable et souriante, je souris aimablement à tout quidam, ainsi naturellement qu’à toute quidame, venu(e) à ma rencontre et mes journées s’en trouvent immanquablement égayées de joyeuses salutations parfois même complétées de bises légères et parfumées de mon L’airgain préféré dont manifestement s’enivrent mes embrassés, ce dont je ne saurais les blâmer.

Je suis aimable envers petits et grands, jeunes et moins jeunes adultes, pré et post centenaires, et pour toutes ces catégories des deux sexes s’entend, gros et minces, blonds, roux, bruns, châtain, frisés, lisses, chevelus et chauves, maquillés ou non, sans regarder au style vestimentaire, ni même au style tout court, et en toute circonstance avec un réel enthousiasme.

Lorsque je suis aimable envers un enfant, que je l’embrasse ou non, l’enfant me sourit franchement et souvent sa mère me dit « Arthur/Joséphine vous trouve très sympa », ce que je trouve très sympa.
Lorsque je suis aimable envers un(e) ado, que je l’embrasse ou non, l’ado me sourit, ou non, et sa mère parfois me dit « Claire/Aurélien vous trouve très sympa », ce que je trouve très sympa.
Lorsque je suis aimable envers tout(e) quidam(e) passé dix-sept ans, que je n’embrasse pas systématiquement, ça se passe généralement sans heurt ni bonheur excessif, on se rencontre, on se salue avec bise facultative et tout le monde est content, ou à peu près.

Lorsque je suis aimable envers tout(e) quidam(e) passé trente-cinq ans grosso modo, l’exercice devient périlleux, le/la bénéficiaire de mon amabilité ne laissant généralement pas paraître au premier regard qu’il en demandera davantage. Or assez souvent, ils et quelques elles parfois, demandent beaucoup plus de vous que ce que, spontanément et de bonne grâce, vous leur offrez.

Avez-vous remarqué, car cela vous arrive à vous aussi, comme ils/elles se croient habiles à déposer à vos pieds, dans vos mains, sur vos épaules, et jusqu’à votre esprit, des pièges qu’ils pensent assez légers et discrets, indiscernables ? Ils/elles ont compris que vous aimiez lire, aller au théâtre ou à l’opéra, à un concert de jazz, que vous étiez amateur de mets raffinés et de bons vins. Vous recevez un livre, une invitation à un concert ou au restaurant... que vous acceptez, vous pensant en confiance, au début. Si la confiance est dans votre nature, autant que l’amabilité.

Les enfants m’offrent toujours des dessins et partagent avec moi leurs bonbons, je dessine avec eux et leur offre des livres ou des chansons, et tout va bien. Les ados me transfèrent des fichiers des musiques qu’ils aiment et je fais de même en retour, avec un bouquin parfois, et tout va bien.
On se complimente gentiment, elle est belle ta robe, il est joli ton pull, et tout va bien.

L’autre jour je rencontre une amie pour un concert d’après-midi à l’Auditorium et nous allons boire un verre à la sortie. Je la complimente sur sa veste et sur sa bague, elle entend que je la complimente sur sa veste et sur sa bague, et me remercie, tout va bien.

Le soir même je rencontre un ami, que je complimente, avec une bise d’au-revoir, sur la couleur de son pull... Je lus immédiatement dans son regard une surprise ravie, porteuse de l’espoir fou que... Je voulus croire, pour me rassurer, qu’il ne venait pas d’entendre une déclaration, ce qu’instinctivement je venais de saisir dans son sourire béat. Certes il est assez âgé, malade et solitaire, et j’avais compris depuis longtemps qu’il espérait un peu plus que ma seule amitié. Mais j’avais confiance en son intelligence.

Si je vous dis que la couleur de votre pull vous sied, entendez-vous que je vous aime ou que je vous désire ? Certainement non, pas vous, non. Mais peut-être vous est-il arrivé de complimenter un/e ami(e) sur la couleur de son pull ou de sa robe, et peut-être l’avez-vous regretté, comprenant trop tard le « mal entendu ». Auquel cas vous comprenez mon embarras.

Rentrée chez moi, je reçus un message saugrenu de l’ami au joli pull, auquel je répondis par un simple émoji amusé. Depuis une indéniable distance a effacé l’amitié, un gouffre fait de dépit et d’orgueil.
Les invitations à des concerts, même annoncés, on n’en parle plus, plus aucun signe d’intérêt, je n’existe plus, et je serais une folle aguicheuse...

Vous offriez votre amitié sincère et vous n’étiez que proie à capturer dans des filets tendus de leurres. Un homme dépité se transforme inévitablement et dans la minute même en votre meilleur ennemi. Il en va de même avec les femmes, hélas hélas.

J’ai depuis créé une association à laquelle je vous convie, Les Rieuses et Rieurs de Dépité(e)s ! Nous nous réunissons chez moi le dimanche soir autour de quelques bonnes bouteilles et... RIONS !! La soirée débute par un rituel fort simple, levant notre verre, à trois reprises nous déclarons « Le rire est le propre de la femme et de l’homme, bien plus que l’amabilité, aussi décidons-nous de rire, de rire, de rire ! » ! C’est idiot, j’en conviens, surtout qu’il faut le dire très fort et de plus en plus vite, aussi je vous assure qu’à la troisième affirmation, nos verres souvent laissent échapper quelques gouttes vers le tapis. Des gouttes débordées de vases et dessinant de belles tâches bordeaux bien concrètes et durables.

Nous rions de nos dépité(e)s car, si nous ne le faisions pas, nous risquerions de mordre.



(Toute ressemblance avec des personnes réelles serait pure coïncidence)
Décembre 2017
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Luce des prés · il y a
J'aime beaucoup !!!
J'ai écrit un haïku printanier, si ça vous dit ...

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Guy Bellinger · il y a
Sympa ce texte. j'aime bien son propos. Moi les filles sympa je les trouve... sympa. Surtout quand elles s'appellent Francesca (sympa comme prénom, comme on dit à Rimini)... Bon, c'est pas que je considère ce texte comme une invite subliminale, mais on fait comment pour ce soir après le resto ?
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Francesca Fa · il y a
Ah ah, et si on allait voir Raymond Devos, j'espère qu'il passe encore à l'Olympia !
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Guy Bellinger · il y a
Bonne idée, ou alors le mime Marceau ?
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Fantec · il y a
Tu as envoyé une notification ? Je suis vraiment passée par hasard. Je vais te dire : rions à RIONS, joli petit village médiéval.
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Dolotarasse · il y a
A vieillir perdrions-nous de notre naturel ? Il faut rire pour dédramatiser toute situation et pas toujours facile.
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Rions, rions, il en restera toujours quelque chose.
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