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Sous la trappe

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Ce matin, je décide de confectionner des confitures. Les fruits sont sur la table. J'ai besoin de quelques pots qui se trouvent au sous-sol dans un garde-manger suspendu au mur. Descendre rapidement car il va rentrer et sera heureux de trouver la table mise et le repas prêt.

Le garde-manger est dans la première partie du sous-sol. Juste avant de l’atteindre, je regarde comme d’habitude le carré qui est dessiné dans le ciment, en me demandant si c’est l’entrée d’un souterrain, un trésor caché dans un trou, un puits ?

Je vais enfin le savoir. Trouver un outil pour soulever la trappe. La curiosité me donne des forces. Une bouffée d’air froid, un peu moisi, me glace les membres. Je frissonne. Une lampe me permettra de mieux voir ce qu’il y a au fond. Je remets la trappe en place. Quelques moellons dépassant du mur peuvent servir d’appui pour descendre. En bas, je vois comme le début d’un boyau. L’excitation me gagne. J’ai entendu parler des souterrains qui vont de l’ancien château de l’Ordre du Temple, détruit par Louis XIV, pour arriver au château d’Orangis qui appartenait également aux Templiers. La rue du Temple, le Bois de l’Epine tout me semble clair.

Il rentre du travail. La bassine à confitures est sur la gazinière. Les fruits sont sur la table. Il met la table pour deux personnes. Elle ne va pas tarder à remonter. Elle doit être descendue chercher des pots. Il réchauffe les plats et commence à manger. Il prend ses cigarettes pour aller fumer à la cave comme c’est son habitude pour éviter la froidure à l'extérieur. Cela évite que la maison sente trop le tabac froid. Elle le lui a expressément demandé. Elle dit que l’écologie c’est important.

Arrivé en bas, il fume, constate qu’elle n’est pas là et se demande où elle peut bien être. Puis il se dit qu’elle a oublié ses confitures et  qu'elle a dû se consacrer à quelque chose de plus important pour elle. Cela ne l’étonne pas trop car elle est très fantaisiste,  Il s’installe dans la petite chambre au premier étage pour sa sieste. Elle sera sûrementrentrée quand il se réveillera.

Je ne peux pas aller plus loin. C’est trop étroit. Remonter, remettre la trappe en place. Et si quelqu’un pouvait pénétrer dans la maison par-là, venant d’ailleurs ? Ou bien alors, est-ce une cachette connue et utilisée ? Qu’y a-t-il au bout du boyau ? Qui a creusé ce début de tunnel ? Etait-ce déjà là lorsque nous avons acheté la maison ou bien...

Et s’il savait quelque chose ? Qui est-il ? Il parle peu. Il vit au jour le jour. Il ne se projette pas dans l’avenir. C’est un homme qui a des habitudes de vie régulières, repas, sommeil. Mais que pense-t-il vraiment ? Que sais-je vraiment de lui ? Je ne sais pourquoi mais cette trappe me fait peur. Comment lui cacher que je l’ai soulevée ? S’il me voit, il va comprendre très vite que je suis au courant. Tant pis pour les confitures, je prends mon sac et mes clés, et sort de la maison sans bruit. Pour réfléchir.

Après avoir dormi une heure, il prend sa douche. Un café, le fauteuil devant la télévision, son feuilleton. La routine. Elle n’est pas encore là. Mais il ne s’inquiète pas, car c’est tout à fait dans ses habitudes d’oublier de téléphoner pour prévenir qu’elle est au cinéma ou à la supérette pour acheter des pots à confitures.

Vers 20 heures, il commence à se poser des questions. Comme il est inquiet, il sent le besoin de fumer. Il retourne à la cave. Il passe comme d’habitude par la pièce où est la trappe, mais elle semble avoir bougé. Il la soulève avec un outil qui se trouve juste à côté. Il voit les moellons, et se dit que ce n’est pas la peine de descendre. Il sait bien qu’il n’y a pas d’issue. Si elle était descendue, elle ne serait pas allée bien loin. Il doit agrandir le boyau, étayer, enfin terminer ce pour quoi, il a préparé cet endroit.

Il prend la voiture pour la chercher, tourne dans les petites rues qui entourent la maison non loin de là.

« Mais, où est-elle allée ? Retourner à la maison. Faire comme si rien ne s’était passé. M’asseoir sur le fauteuil. Allumer la télévision. Le film est bon ce soir. C’est un western. Elle m’aurait dit qu’elle préférait regarder un documentaire sur Arte ».


Rassembler mes idées. Je tremble de tous mes membres. Il comprendra quand il me verra que je sais quelque chose. Retourner à la maison, avoir l'air normal, reprendre le cours de la vie sans rien manifester. Aucune émotion. Cela ne me semble pas facile. Essayer à tout prix. Sinon ce serait la fin.

« Chéri, bonsoir. Devine un peu ce qui m’est arrivé ? J’étais en train de préparer les confitures, quand j’ai entendu le chien aboyer après le facteur. Il venait de me mettre dans la boîte aux lettres, un imprimé rose qui s’appelait « IMAGINE QUE J’ECRIVE ». Le sujet m’a plu, j’ai écris tout de suite une nouvelle et je viens d’aller la porter, car demain c’était le dernier jour. Peut-être que je vais gagner le prix ? »

Non, ça ne va pas. Il va se douter de quelque chose. Et s’il a vu que j’ai bougé la trappe ? Comment va-t-il réagir ? Je ne peux pas rentrer comme ça. Il pourrait se mettre en colère, crier, peut-être me frapper.

Si je ne rentre pas, il va sûrement se demander pourquoi. Il va m’appeler sur mon portable. Que vais-je dire ? Je bredouillerais et cela lui donnera l’alerte. Prendre les devants.

« Chéri. C’est moi. Ecoute, voilà ce qui m’arrive. J’étais en train de commencer à préparer les confitures. J’ai voulu ébouillanter les pots et je me suis brûlée. J’ai appelé les pompiers et ils m’ont emmenée au CHU aux urgences. Le médecin préfère me garder cette nuit en observation. Je rentrerais demain matin. Ne t’inquiète pas. »

Demain, il va bien voir que je n’ai pas de brûlures. Et les pots que je n’ai pas remontés. Il va encore plus s’interroger. Trouver autre chose.

« Chéri. Bonsoir. Pardonne-moi de t’appeler si tard. Mais j’ai reçu un coup de téléphone de ma nièce. Elle avait besoin de moi en urgence pour garder sa petite fille. Je dormirais chez elle. Je t’embrasse. A demain. »


« Elle me prend vraiment pour un imbécile. Retourner creuser un peu. En profiter, quand elle n’est pas là. Cela fait des années que je creuse. Dix centimètres par-ci, dix centimètres par-là. A chaque fois, je dois évacuer le surplus de terre. J’en ai encore pour longtemps. Mais quand ça sera fini, j’aurais enfin, l’espace nécessaire...Bon, cela suffit pour ce soir, je vais me coucher. »


Maintenant, je dois trouver un endroit où passer la nuit et prendre un peu de repos. Prendre le train. Aller à Paris. Un hôtel. Je n’ai pas de valise. Tant pis. Demain matin, je mettrais au point mon plan.

1) Où ?
2) Quand ?
3) Comment ?
J’ai déjà la réponse numéro 1...



 





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Dolotarasse · il y a
Suspense du début jusqu'à la fin.
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Anne Marie Menras · il y a
Merci Dolotarasse de votre visite ! Contente que ma nouvelle vous ait plu !
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Ginette Vijaya · il y a
Il y a une suite ? Chacun peut s’essayer à écrire une suite... vous nous donnez là un bel exercice à tenter .
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Anne Marie Menras · il y a
Pas de suite Ginette ! C'est voulu, on reste sur le suspense. Après chacun peut imaginer une ou plusieurs suites, à sa convenance !
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Mélodie du cœur · il y a
Une nouvelle que j'ai adorée mais qui me laisse sur ma faim et qui demande une suite. Le lecteur se pose des questions, quel plan la femme va t'elle mettre en place, se cacher et ne pas rentrer ?? ou plutôt utiliser la trappe à bon escient et éliminer son mari qui commence à l'effrayer ?? Tel est pris qui croyait prendre... Le lecteur imagine sa propre fin et le suspense est à son comble.
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Anne Marie Menras · il y a
Pour un roman policier, c'est moins acceptable de laisser le lecteur sur sa faim ! Vous êtes nombreux à imaginer une suite. Pour cette nouvelle j'ai préféré terminer par des points d'interrogation, il n'y a que la réponse n°1, qui suggère le lieu Sous la trappe. A partir de là, l'imaginaire déroule les suites possibles. Pour cette nouvelle, j'adhère complètement au commentaire de Johnny Carpentier, auteur de la nouvelle "Au-dela de la perpétuité", publié sur S.E. : "Je préfère laisser le lecteur sur une note frustrante qui attise sa curiosité et fait travailler son imaginaire plutôt que délivrer toutes les clés de la compréhension de l'atmosphère ou de l'univers mis en place. Beaucoup considèrent que l'exercice de la nouvelle impose une fin, je ne suis pas de ceux-là"
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Mélodie du cœur · il y a
Oui cultiver l'imaginaire du lecteur c'est bien, ça nous permet de nous plonger encore plus dans la nouvelle, et de rêver à la suite ... parfois les nouvelles ont de très belles chutes mais ça ne les rend pas forcément meilleures que celles où la fin se laisse imaginer, alors chacun ces goûts, moi j'aime la diversité, c'est enrichissant.
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Bertrand Môgendre · il y a
Excellent !
Suggestion amicale : organise une chasse au verbe parasite « faire ».

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Anne Marie Menras · il y a
13 faire ! oups, je n'avais pas prêté attention à ce maudit verbe que j'ai mis à toutes les sauces. Merci du conseil. Je vais m'y atteler !!!
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Anne Marie Menras · il y a
C'est enfin corrigé, avec beaucoup de retard, mais c'est fait, fait et refait !!!
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Elisabeth Marchand · il y a
Quel suspense! je suis frustrée... ce texte ne devrait pas s'arrêter là... avez-vous écrit une suite quelque part? sinon, faites la! A bientôt...
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Anne Marie Menras · il y a
L'atmosphère est inquiétante, mais c'est le but, une nouvelle sans suite, on fait une chute, et on laisse le lecteur imaginer... On a quand même suffisamment de pistes pour comprendre la suite, pour moi, j'ai pensé que les lecteurs comprendraient que l'arroseur allait être l'arrosé, enfin le futur tueur, le tué... peu importait la façon de procéder, on savait déjà où, soit Sous la trappe...
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Elisabeth Marchand · il y a
Exactement... mais l'atmosphère est tellement bien rendue ds votre écrit, qu'on en redemande... en tout cas moi...
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Anne Marie Menras · il y a
Merci beaucoup Elisabeth Marchand. Le texte date de 2013. Je ne sais pas si je retrouverais la veine de l'époque. Il faut sans doute encore creuser un peu plus Sous la trappe !!!
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Fred Panassac · il y a
J'arrive enfin ici pour lire votre nouvelle qui distille vraiment une atmosphère très inquiétante ! Cela me semble mal parti pour la dame, première question, est-elle l'épouse ou la gouvernante comme le laissent penser certains indices ? Elle dit qu'elle le connaît très peu.

"Qui est-il ? Il parle peu. Il vit au jour le jour. Il ne se projette pas dans l’avenir. C’est un homme qui a des habitudes de vie régulières, repas, sommeil. Mais que pense-t-il vraiment ? Que sais-je vraiment de lui ? "

Une femme qui semble craindre énormément cet homme car elle élabore plusieurs mensonges pour ne rien lui révéler.
Et que mijote le monsieur avec ce trou qu'il creuse jour après jour ? Il y a effectivement de nombreuses questions sans réponses ! les questions ont-elles été posées aux auditeurs de la bibliothèque de Ris ? Lecture qui amène effectivement une suite.

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Anne Marie Menras · il y a
Merci Fred Panassac, de votre visite et surtout d'avoir pris la peine de commenter ma nouvelle. Il s'agit d'un couple, dont la femme essaie de faire plaisir à son mari (les confitures). J'ai essayé de décrire deux personnages qui vivent l'un à côté de l'autre et ne partageant pas grand chose, à part les repas. A la vue de la trappe, elle se rend compte qu'elle ne connaît pas le fond de la pensée de son mari, parce qu'il est secret, il ne se livre pas. Morte de peur, parce qu'elle voit en lui, un possible tueur, elle ne sait pas trop comment expliquer son absence. Mais en même temps, elle se sent suffisamment libre pour sortir de la maison, pendant qu'il dort. Quand elle a quitté la maison, elle décide d'élaborer un plan.
Elle se pose 3 questions :
1) Où ?
2) Quand ?
3) Comment ?
J’ai déjà la réponse numéro 1...
Puisqu'elle a déjà l'endroit, à nous de conclure qu'elle va passer à l'acte pour réaliser son plan, puisqu'elle a compris (à tort ou à raison, là pourrait s'ouvrir l'hypothèse d'une erreur d'interprétation, il y aurait alors un rebondissement) que son mari creuse sous la trappe pour y cacher un corps, le sien pense-t-elle, elle décide alors de prendre les devants... c'est-à-dire d'utiliser le tunnel creusé sous la trappe par son époux, comme une éventuelle cachette pour dissimuler l'inavouable. Et là, on imagine une femme qui tient bien son ménage, un peu craintive, basculer et se transformer en une criminelle potentielle, puisqu'elle ne sera pas en état de légitime défense. J'ai pensé qu'il n'était pas utile, dans le cadre d'une nouvelle, de développer, j'ai préféré une chute abrupte, pour laisser, volontairement, le lecteur sur sa faim. A Ris, Yves Heck avait pris un ton suffisamment mystérieux (à ma demande) et les auditeurs ont compris tout de suite qu'ils n'en sauraient pas plus. Certains y auraient vu le premier chapitre d'un roman.

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Fred Panassac · il y a
Merci Anne-Marie pour vos éclaircissements sur les suites possibles à donner à ce début d’intrigue passionnante !
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Philippe Barbier · il y a
On attend la suite avec impatience...Beau texte
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Anne Marie Menras · il y a
Le concept, c'est qu'il n'y a pas de suite, c'est au lecteur de l'imaginer. Il a tous les éléments. Je le laisse sur sa faim. Yves Heck a lu la nouvelle au cours de la Nuit de la lecture à la bibliothèque de Ris. Elle est écrite pour être lue à voix haute.
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Pat · il y a
Je viens de lire votre texte où le lecteur est confronté à sa propre imagination.
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Anne Marie Menras · il y a
Merci de votre passage. En effet, le lecteur doit imaginer la suite de l'histoire. Il lui est donné à mon sens, suffisamment d' indications, pour le mettre sur la voie... Yves Heck a lu cette nouvelle au cours de la nuit de la lecture, elle a eu un certain succès. C'est lui qui m'a conseillé de la publier sur S.E.
Je viens juste de repérer la possibilité d'utiliser l'italique, j'espère que les lecteurs de S.E. (qui je l'avoue ne se précipitent pas) apprécieront.

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Zurglub · il y a
Votre texte me rappelle des souvenirs de spéléo, avec l’eternel Questionnement : qu’y a-t-il en-dessous ? Et plus loin ? Ça me fait aussi penser à l’histoire terrible de Natacha Kampusch, kidnappée et enfermée plusieurs années dans une cache souterraine. Vous arrivez bien à mettre en place une ambiance. J’ai l’impression que le mari a l’intention (depuis longtemps) de se débarrasser de sa femme, mais le doute subsiste. Il me manque un indice sur l’intention du mari ou à minima sur l’ambià ce dans le couple. Lecture bien sympa qui donne envie d’en lire d’autres
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Anne Marie Menras · il y a
Merci de votre commentaire. En effet, dans l'histoire, le mari et la femme ont des vies assez différentes. Ils n'ont pas les mêmes goûts et ne partagent plus rien ensemble. Les commentaires sur ma page Facebook, divergent. Une personne voyait le mari en train de creuser pour faire une surprise à sa femme. Mais le contexte ne s'y prêtait pas. Ou il n'aurait pas eu de mauvaises intentions (envie d'agrandir sa cave) mais elle doute de lui, et son imagination lui fait envisager un scénario tragique, finalement elle décide de le tuer, et découvre après coup, son erreur...Ou, et c'est ma version, il prémédite de la tuer. Sa femme n'envisage pas qu'il puisse avoir creusé sous la trappe sans avoir un but inavouable, sa première réaction, s'en aller, elle a peur, et après réflexion, elle décide de prendre les devants...
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