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Soleil d’enfer

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Ratiba Nasri

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Franck Malard ouvrit les yeux. Il était allongé sur une plage inconnue. Ses membres étaient attachés par des cordes, elles mêmes fixées à de solides piquets en fer. Sur sa bouche, un morceau de sparadrap faisait office de bâillon. Il se débattit mais ne réussit qu’à se faire mal. Il hurla mais son cri fut étouffé par sa muselière de fortune.
Après un moment de panique inutile et usant, il fit le point sur sa situation. De nombreuses questions tourmentaient son esprit hagard. Qui l’avait attaché ainsi ? Pourquoi ? Où se trouvait-il ?
Il se souvenait qu’il était à bord du jet privé de son patron et ami Douglas Deschanel. Il revenait du Mexique après le traitement d’une importante affaire. Surpris par les nouveaux membres de l’équipage, il avait questionné le commandant de bord qui avait répondu que l’autre équipe était en congés. Un steward lui avait servi un cocktail et puis après... le trou noir.
On avait dû le droguer et le porter car il était certain de ne pas être descendu de l’avion. Des malfaiteurs avaient-ils volé le Jet ? Et si oui, pourquoi l’avaient-ils abandonné ligoté au beau milieu de nulle part ? La société mexicaine était-elle impliquée ?
Son esprit pragmatique fonctionnait à plein régime. Pourtant ces questions pouvaient attendre. Dans l’immédiat, il fallait trouver un moyen de se libérer.
Il portait encore son pantalon de costume gris et sa chemise blanche. Par contre, aucune trace de sa veste, sa cravate, sa montre Rolex ou de son téléphone portable. Sa mallette avec les documents confidentiels avait également disparue. Douglas serait furieux !
La chaleur, épouvantable, était à son paroxysme. La sueur ruisselait le long de son visage, de son dos. Le sable, dur et désagréable collait à ses cheveux blonds, à ses vêtements mouillés. Le soleil aveuglant, cruel brûlait ses yeux, sa peau.  Il fixa l’astre, haut dans le ciel et jugea qu’il devait être aux alentours de midi.
L’affolement le saisit. Il allait mourir ici, tout seul. Il tira pendant plus d’une heure sur la corde qui maintenait son bras droit, mais ses efforts ne servirent à rien. Un vent léger s’était levé. Il pensait que celui-ci pourrait atténuer la chaleur ressentie, mais il se trompait. Le vent diffusait un air chaud qui envoyait du sable sur son visage. Il ferma les yeux en attendant une accalmie. Sa bouche pâteuse, ses lèvres sèches et ses yeux fiévreux accentuaient le sentiment d’inconfort. Il avait peur de mourir étouffé et se forçait à respirer doucement par le nez. Une soif inextinguible le tenaillait. Il rêvait de plonger dans la mer pour se rafraichir. Des pensées moroses l’habitaient et il commençait à perdre espoir. Un sentiment de rage monta en lui. Il tira à nouveau sur la corde par mouvements violents. Son poignet était en sang, et une douleur intense irradiait son membre, mais il n’abdiqua pas...
La corde céda enfin dans un bruit sec alors qu’une forte vague venait s’échouer sur le sable, éclaboussant au passage ses vêtements déjà bien imprégnés. Il réprima un soubresaut d’horreur en imaginant son corps noyé. De sa main libre, il dénoua le lien qui enserrait son poignet gauche, puis se redressa pour détacher ses jambes engourdies par l’immobilité. Il arracha son bâillon et respira l’air marin avant de se relever péniblement.
Il scruta les alentours et s’aperçut que ce qu’il avait pris pour une plage était en fait une simple bande de sable, bordée par une mer bleu turquoise. Il n’y avait rien d’autre. Pas la moindre végétation, pas d’abri... rien !
En se retournant, il aperçut un panier en osier qui trônait fièrement sur le sable immaculé. Intrigué, il s’approcha et vit une bouteille d’eau minérale, un sandwich au thon, une pomme, et une feuille A5 pliée en deux. Franck but une gorgée d’eau. L’eau était chaude : elle n’apaisa pas sa soif, mais le désaltéra un peu. Il déplia la lettre tapuscrite :

Cher ami,
Si tu lis ces lignes, c’est que tu as réussi à te libérer. J’ai pris soin de préparer un succulent repas d’adieu, qui je l’espère sera apprécié. J’ai été heureux de te connaître, mais je me méfie des hommes brillants. Merci pour ton invention de génie (brevet déposé à mon nom) et pour la belle affaire mexicaine. On vient de recevoir la première commande. Désolé de ne pas te verser l’onéreuse commission promise, inutilisable sur ton îlot désert.
Profite du soleil !
DD
 
PS : Missive écrite avec une encre qui s’efface en quelques heures.
 

PRIX

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Armand Armandl · il y a
Histoire percutante même si notre heros a souffert dans son corps. En tout cas une nouvelle vie peut commencer...
D'aventure , je vous propose la découverte de Photocoplines 666.
Armand

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Ratiba Nasri · il y a
Merci Armand pour votre lecture.
Je viendrai découvrir Photocoplines 666 avec plaisir.
Je vous souhaite une belle et heureuse année pleine de santé, bonheur, réussites personnelles et littéraires.

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Thierry Schultz · il y a
Je ne sais pas s'il faut s'horrifier du côté pourri de Douglas ou de son sens de l'humour très particulier avec ce "succulent repas d'adieu" ?!? Quant à Richard, c'est, hélas pour lui, un garçon un peu trop confiant. Un noir serré et plaisant. En souhaitant qu'un cargo passe par là pour qu'il puisse se venger, qui sait ?
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Ratiba Nasri · il y a
Oui, les avis sont partagés sur Douglas. Franck n'a pas dit son dernier mot ;-)
Merci Thierry pour votre visite et à très vite sur nos pages !

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RAC · il y a
Une île rien que pour lui ? Cool ! Il faut toujours voir le bon côté des choses...
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Ratiba Nasri · il y a
Oui, Franck est chanceux. Il peut chanter ou crier sans craindre de déranger les voisins. Le verre à moitié plein est aussi ma devise ;-)
Merci Rac pour votre visite !

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RAC · il y a
Je vous en prie ! A + chez vous ou chez moi...
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Chateaubriante · il y a
les affaires sont les affaires
l'amitié c'est une toute autre affaire
la soif de richesse, de pouvoir mène à toutes exactions
moralité : méfies-toi de ton patron, surtout quand il se dit être ton ami et si tu es meilleur que lui, ne le montre pas
texte éloquent +++++

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Ratiba Nasri · il y a
Merci Chateaubriante pour ce commentaire pertinent. Effectivement, la confiance aveugle peut jouer des tours.
Bonne journée !

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Fred Panassac · il y a
Un stage de survie d’une sorte très particulière ! Bravo, très futé. Mes voix Ratiba !
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Ratiba Nasri · il y a
Un stage de survie improvisé et imposé ;-)
Merci Fred pour ta lecture ! A très vite sur ta page !

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Fred Panassac · il y a
J’avais écrit un commentaire plus long où je disais que certains payaient très cher pour se retrouver sur une île déserte à endurer des épreuves de dingues avec de parfaits inconnus, et qu’au moins à ton gars on lui avait laissé un bon repas, il n’aurait pas à se nourrir d’insectes et de vers. J’ai eu des problèmes de connexion et j’ai réduit mon commentaire comme peau de chagrin. Belle journée à toi !
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Ratiba Nasri · il y a
Merci Fred pour ce beau commentaire pertinent ! A bientôt !
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Maïra Richards · il y a
C'est horrible et peu charitable mais votre histoire m'a bien fait rire. Super prenante, bien écrite et avec une chute parfaite pour rafraîchir l'ambiance. Tous mes votes! Bonne chance !

https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/dix-lettres-pour-dix-numeros

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Ratiba Nasri · il y a
Ravie de voir que mon histoire vous ait fait rire :-)
Merci Maïra pour ce joli retour. A bientôt !

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Vivipioupiou77 · il y a
mourir sur une ile deserte avec tout le temps pour apprecier ses derniers moments, c'est bien moins cruel avec un panier repas : tres bien narré bravo
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Ratiba Nasri · il y a
Merci Vivipioupiou pour votre passage et ce joli retour.
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Françoise Mornas · il y a
J'ai beaucoup aimé votre récit bien noir, avec la petite note d'humour (noir) du panier pique-nique ! Mes voix !
Si vous le voulez, un passage sur ma page pour lire mon "court et noir" ?

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Ratiba Nasri · il y a
Merci Françoise pour votre lecture.
A très vite sur votre page !

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JACB · il y a
Voilà un NOIR court et expéditif, sobre et efficace dans l'écriture. Le monde des requins sait employer les grands moyens quand gros sont les bénéfices...J'aime la petite note douce et grinçante à la fois du panier...Bonne chance Ratiba
Prendriez-vous un autre petit NOIR sur ma page ?

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Ratiba Nasri · il y a
Merci JACB pour ce beau commentaire. Oui, c'est un monde impitoyable. Je viendrai prendre une petit noir sur votre page avec plaisir !
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Isabelle Lambin · il y a
Tous des requins ces hommes d'affaires ! ;o)
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Ratiba Nasri · il y a
Oui, un monde cruel que celui du patronat !
Merci Isabelle pour ton passage.

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