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Sacré Sylvestre !

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Stéphane Damois

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Sylvestre, c’est pas un saint.
Le genre à te péter ta gueule qui ne lui revient pas ou à te demander après coup(s) pendant que tu gémis ta race sur le sol en essayant de mettre la main sur ta molaire pourquoi tu l’as retiré de ta liste d’amis Facebook parce que quand même il est des choses qui ne se font pas.
Sylvestre, c’est pas un poète qui va disserter des heures sur la rose à cueillir ni la majestueuse envergure de l’albatros parce que le gars y va déféquer sans vergogne sur la fleur et ne pas hésiter une seconde à dégommer l’oiseau.
Sylvestre n’est pas un mauvais bougre au fond mais la forme laisse à désirer autant qu’un carrelage après le passage des cotillons et foies en disgrâce.
Sylvestre, comme Max, travaille quand son corps est d’accord ce qui relève du dilemme cornélien vu qu’il se sait de source sûre atteint d’une scoliose au cerveau ce qui le paralyse des heures entières devant son ordinateur en veille.
Les passions selon Sylvestre ?
La filmographie complète de Statham et Gosling dont il se demande encore comment ils n’ont jamais tourné ensemble, la discographie de Queen parce qu’ils ne font pas de la musique de pédés et tout ce que le foot peut compter de matchs amicaux ou internationaux alors autant vous dire qu’en juillet 2018 il ne bougera pas le cul de son salon.
En politique il a voté (aux deux tours) Macron comme il a immédiatement perçu son potentiel, son authenticité et le sens intuitif de Sylvestre ne lui a jamais fait défaut.
En sciences et techniques il possède trois smartphones au cas où l’un des deux viendrait à tomber en panne.
Pour lui être romantique relève d’une stratégie imparable inventée par les commerciaux pour vendre des bagues, des fleurs et des crédits.
Pourtant parfois, Sylvestre tombe amoureux.
Il se surprend à s’entendre dire « chérie » tout en se retournant pour savoir d’où peut bien venir cet étrange qualificatif, sans doute de la quatrième dimension, un coup à n’en pas douter d’extra-terrestres gavés de guimauve et de films avec Meg Ryan avant travaux.
Comment aurait-il pu se douter qu’Adrienne, sa bien-aimée depuis six mois et trente-quatre jours, allait le quitter pour un boxeur à la coupe iroquois et aux colliers d’or parant son torse.
Devant le gabarit imposant venu récupérer sa belle elle-même venue reprendre quelques affaires, Sylvestre a fait le canard et il s’en veut un peu.

En ce 31 décembre, Sylvestre arpente les rues désertées de ses âmes, hormis quelques SDF, occupées à couper le foie gras en tranches et aux lampadaires qui s’éclairent un peu plus tôt qu’à l’accoutumée mais bon il fait assez doux comme le ciel est couvert.
Il pénètre dans un bar histoire de croiser quelques solitudes, se boire une ou deux mousses et, à la manière d’un Gérard Lambert, se frotter avec l’audacieux qui osera lui affirmer qu’il a passé l’âge de jouer au flipper en plus de faire beaucoup trop de bruit à sans cesse bourrer la machine qui de toute façon ne claquerait pas pour tout l’or du monde plus un disque de Vianney.
Mais en ce soir de réveillon aucune solitude ne cherche querelle et Sylvestre un peu déçu se résout à s’accouder au comptoir pour une troisième et quatrième bière sous le regard absent du taulier qui torchon sur l’épaule ne pense qu’à sa paire de charentaises qui l’attend prés du fauteuil et au gratin dauphinois qui crépite dans le four accompagné de quelques râles de la maîtresse de maison qui espère sincèrement que son mari fermera plus tôt comme il l’a promis. J’te jure Thérèse qu’il lui a dit.
Les trois derniers clients s’en vont et Sylvestre comprend, en voyant le balai commencer à s’agiter, qu’il est temps pour lui aussi de mettre les voiles.
A court d’idées mais les couilles pleines il répond par l’affirmative à la requête fleurie d’une péripatéticienne contre quelques dizaines d’euros.
Dans un sentiment d’apaisement très relatif il rentre chez lui grignoter de la vodka et du whisky tout en se dégotant une olive pour son Martini jusqu’à s’endormir comme une masse toute habillée sur son lit regagné autant par habitude que réflexe.
Demain est un autre jour... et une nouvelle année.

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