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Princess Boy

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Vincent Lahouze

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Hier, dans mon école, je regardais les nouveaux petits CP déambuler parmi les grands, c’est leur première rentrée et il faut les voir, attentifs et les yeux grands ouverts, tenir le plateau en cantine des deux mains tremblantes pour ne pas le faire tomber (on lève la main si tu veux quelque chose!), soucieux de bien respecter les règles de vie, (le ballon, pas au pied!), ils prendront vite leurs marques, c’est certain, mais pour le moment ils observent, à la fois craintifs et impatients de se mêler aux autres, sans se faire reprendre, pour le moment, par les adultes.

Et moi, j’étais là, dans la cour de récréation, en train de regarder ce petit monde de demain s’agiter, courir, quand je l’ai remarqué, assis sur la murette, immobile et silencieux.

Je me suis approché de lui, il ne pleurait pas, il ne semblait pas triste ou perdu. Il regardait juste les autres jouer, d’un air grave et sérieux. C’est rare, un enfant de CP, avec une telle expression sur le visage, alors je me suis assis à côté de lui (pourquoi cet air si sérieux?), je lui ai demandé (ça va?), il ne m’a rien répondu, il se contentait de fixer la cour, toujours avec ce regard calme, la tête bien droite, insensible à l’agitation et aux cris des enfants autour (pourquoi cet air si sérieux?) C’est perturbant un enfant qui ne bouge pas. Puis soudain, il se tourne vers moi, penche légèrement la tête et sa petite voix résonne dans mes oreilles

(En fait, je me posais une question, pourquoi je n’ai pas le droit de porter une robe à l’école alors que ma sœur a le droit de porter un pantalon?)

Je reste silencieux à mon tour, tandis que son regard m’interroge, dans l’attente d’une réponse. Je ne sais pas quoi lui répondre. Je n’ai pas les mots pour lui expliquer. Sa question flotte et s’élève au dessus de la cour, (oui, pourquoi?)

Sa voix résonne à nouveau

(A la maison, j’aime jouer au ballon, j’aime jouer avec mes lego mais j’aime aussi porter les robes de ma soeur, j’aime quand je porte une couronne, j’aime mettre du rose sur mes joues mais je ne peux pas le faire à l’école, pourquoi?)

Je reste muet. Comment lui dire que cette société ne voit la vie qu’en rose et en bleu, que cette société n’accepte socialement que deux genres, que les filles sont censées être des princesses, que les garçons sont censés être des pompiers depuis toujours, que les filles jouent à la dînette pendant que les garçons tapent dans un ballon de foot depuis toujours, comment lui dire que cultiver sa différence est mal vu, qu’un garçon ne peut pas avoir les cheveux longs et se maquiller sans être traité de tapette, qu’une fille ne peut pas avoir les cheveux courts sans être traitée de garçon manqué, comment lui dire, hein, (oui, pourquoi?)

Je ne dis rien, j’ai juste envie de le serrer contre moi, de lui faire un gros câlin, de lui donner toute ma force pour les années futures, afin qu’il ne baisse jamais les bras. J’aimerais tant lui dire, (mets des robes si tu en as envie, mets du vernis si tu en as envie, joue à la poupée si tu en as envie, ça ne fera pas de toi un monstre, bien au contraire), j’aimerais tant lui dire (ce n’est pas ton sexe qui te définira, ce ne sont pas tes habits, ta musique, ton sport qui te définira, ce n’est pas parce que tu es un petit garçon que tu dois aimer les trucs de garçons que la société t’impose, tu es et tu seras Toi, unique et parfait) j’aimerais tant lui dire (il te faudra te battre chaque jour, il te faudra lutter contre l’intolérance, contre la peur et le rejet qui est en passe de devenir un sport national en France, il te faudra garder la tête haute et garder confiance en toi) mais je ne dis rien, je le laisse m’interroger du regard, alors que je suis perdu dans mes pensées, (oui, pourquoi?)

Je me lève, troublé par la maturité de cet enfant qui me ramène à mes propres questionnements. Parce que j’aime me maquiller de temps en temps, je porte des bagues et les cheveux longs. Et je me suis souvent posé la question, plus jeune, de ce que j’étais, qui j’étais, qu’est-ce qui me définissait en tant qu’homme au sein de notre société. Sa question continue de résonner à mes oreilles, (oui, pourquoi?)

Je sens qu’il n’a pas fini de m’étonner, unique en son genre, ce petit Princess Boy.

On reparlera de tout cela, plus tard, c’est promis.
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Christian Pluche · il y a
Belle écriture.
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Isabelle Day · il y a
J’aime beaucoup ce texte, j’ai l’impression de voir le regard de l’adulte se refléter dans celui de l’enfant que je pense il a été, j’aimerais que l’on laisse les enfants et les adultes qu’ils vont devenir être ce qu’ils le souhaitent sans se poser tant de questions, sans se mettre autant de pression... plus d’empathie et tolérance dans ce monde qui peut être si brutal et rempli de jugement... Jolie plume :-)
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Proton40 · il y a
Belle réflexion sur la différence. Les parenthèses troublent un peu une lecture habituelle mais elles doivent participer astucieusement à l'esprit de différence vis à vis d'autres textes..
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Laurence Bassereau · il y a
La signature de Vincent ce côté saccadé par les aparté qui scandent le rythme du texte. J'aime assez ces réflexions. Il le dit, il l'entend, c'est moi qui le pense..? Reprise rapide de son souffle pour continuer
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Kris La Réunion · il y a
Peut être qu'avec des textes comme les tiens, on finira par changer cette société intolérante. Si nous les partageons ,les idées feront leur chemin même dans les cerveaux obtus.
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Noels · il y a
Toujours ces parenthèses. Mais bon, je finirai peut-être par m'y habituer puisque vous m'avez dit à quel point elles vous sont chères.
Et le mot "murette", très peu usité, au charme presque suranné. Je sens que je le réutiliserai...

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Annie Laverdet · il y a

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Démange · il y a
J'ai déjà lu ce texte sur ta page Facebook mais j'ai beau le relire je l'aime toujours autant. Derrière ce pourquoi il y aurait tellement de réponses. Je pense fort encore à ce petit garçon qui grandira et qui comprendra comment est notre société
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Brigitte Perrin · il y a
Et oui...Plus facile pour une fille de mettre des pantalons er d'avoir des cheveux courts...Combien de fois on m a apelle jeune homme...Je trouvais cela flatteur...Bon je suis toujours le vilain petit canard de ma famille celle qui allait ds les bars à 17ans qui fumait ds les bars ds la rue qui écoutait du hard rock et qui était baba cool...Ma liberté chèrement payé mais garde ....Ma respiration....Mon souffle de vie...Merci de ta générosité de coeur ...j aurai aime qu un regard tendre et compati on elle se pose sur moi...Tu es une belle âme...continue à écrire...Mon chagrin semble moins lourd...douce soiree
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