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Presque sans lui

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Marie Guzman

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Longtemps, je me suis couchée sans bonheur. Je ne voyais pas d’issue à mes interrogations de mère, de femme ou de fille de. Curieusement en devenant la femme de personne, le corps pour personne j’allais alléger ma quête.
Ma bouche avait prononcé trop de futilités sans doute, c’est pourquoi je décidai de prendre le clavier pour partager d’autres voix. Je ne l’avais pas fait seule. Il était entré dans ma vie par une porte dérobée. Un regard malicieux et vacillant à la fois lui tenait lieu de carte de visite. Lui, cherchait de quoi alimenter son addiction aux drogues les plus indispensables : le sexe lumineux et les ondes fauves. Quant à moi je guettais le conte poétique sans le savoir. Ses dents mal rangées avaient eu raison de mon dernier bouclier pendant que son étreinte forçait le piquant de l’air. Sans son costume social il aurait pu passer pour un homme discret, mais au passage d’un parfum féminin, son échine s’hérissait d’un poil séducteur.

Ma recherche de preuves lui servit de plat de résistance, rien ne fut plus beau que son brouillage de pistes, nos empreintes sitôt posées disparaissaient pour mieux s’ancrer à nos huis-clos d’évasion. Les femmes ont cette particularité, léchées par les flammes d’un feu encore inconnu, elles ondulent et séduisent comme une géographie exotique. Je l’aimais, je ne pouvais faire autrement. J’aurais voulu qu’il s’arrête avec moi, qu’aucune autre ne le frôle, lui était en chemin. Maintenue en l’état par notre passion, j’affichai tous les noirs et blancs d’une prose libératrice. Il me propulsait en zone d’inconfort et je flirtais alors avec un paradoxe qui avait déjà fait couler beaucoup d’encre : être en amour ou extorquer l’éternité.

Je ne m’excuserai jamais assez des quelques salissures de colères érotiques posées sur nous. La présence de cette autre femme du quotidien avait sans doute effacé mon humanité par endroit. Telle une propriétaire terrienne, je luttais pour le garder. En semailles, j’aurais pu attendre tout l’hiver pour qu’il me jette à nouveau dans le terreau. Mais je récoltais déjà l’ivresse. L’ivraie suivrait. Son geste répétitif au-dessus des labours s’éloignait de moi, le champ était si grand que l’heure entre chien et loup allait engloutir ma muse. J’étais une fée, m’avait-il dit, j’aurais dû pouvoir.
J’ai disparu. L’étincelle qui conte ne compta plus. Elle avait cédé la place. Silencieuse je l’ai regardé devenir les frissons d’une routine. Quand je me suis éteinte, j’avais perdu le goût des saisons.

Puis je me suis souvenue de tout ce que j’avais découvert à ses côtés. Les jolis noms posés sur moi résonnaient. Adamantine, tintait clairement parmi la foule de mots dans le grimoire. Merveilleux jour. Quelques nuits en pleine nature me rappelèrent la mienne. La terre féconde sous le kilt des sapins me découvrait sauvage. Alors j’ai congédié ma peine et repris la route comme une fille du vent. Presque sans lui.
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RAC · il y a
Un regard différent, un texte touchant...
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Dranem · il y a
Ce presque sans lui... c'est beau; "longtemps je me suis couché sans bonheur" : certainement à la recherche du paradis perdu... comme la fille du vent sur la colline... un très beau texte sur l'amour et la solitude ... il existe aussi ce bonheur d'être seul, c'est à dire d'être libre...
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Isabelle Lambin · il y a
L'amour : le plus beau sentiment, le plus bouleversant également
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André Page · il y a
Aimer est un monde, un labyrinthe qui contient tout, du plus beau au plus dur... merci pour cette douce visite de ce labyrinthe, Marie et cette exceptionnelle écriture qui dit en suggérant. :)
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M. Iraje · il y a
Joliment troussé sur l'empreinte des meilleurs souvenirs.
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