Nébulosité

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Littérature : . Mféel, Posidonia 2021 . Une odyssée réunionnaise, Orphie 2019 . Tous les chemins mènent à Mao, Folies d'encre 2010 ... Jeunesse : . Le Mystère de Mahavel, Orphie 2016  [+]

Image de Printemps 2021

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Il est assis sur la plage, le visage tourné vers le ciel. Il regarde.
Allongé maintenant. La brise du large fraîchit. Ses cils frémissent un peu.
— Qu’est-ce que tu regardes ?
— Les nuages.
— Les nuages ?
— Oui, les nuages.
Il ne bouge pas. Ses deux coudes sont plantés en équerre dans le sable.
— Qu’est-ce que tu peux bien voir ?
Plusieurs secondes s’écoulent avant qu’il ne réponde.
— Des fois un canard. Ou un bœuf. Ou un dragon. Quelquefois... un visage.
Je lève les yeux à mon tour.
— Où ça, le dragon ?
— Pas aujourd’hui, non. Mais si tu cherches, tu vas trouver ce qui s’y cache.
— Je vois rien.
— Pas si vite. Laisse à tes yeux le temps de s’habituer.
Mon regard balaye la blancheur effilochée qui marbre le bleu tendu du ciel.
— Je vois rien de spécial.
Il sourit faiblement.
— C’est un langage. On n’apprend pas un nouveau langage en trois secondes.
Silence. Il tend lentement son index vers le ciel.
— Tu vois là-bas ? Un grand phœnix qui déploie ses ailes.
Je cherche vainement à distinguer quelque chose qui ressemble à un phœnix.
— C’est vague, non ?
— Les nuages, c’est comme ça que nos défunts communiquent avec nous.
Je détourne les yeux. Je le regarde fixement. Mais il ne sourit pas.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Qui t’a dit un truc pareil ?
— Personne. C’est ce que j’ai envie de croire.
Il n’a pas l’air de plaisanter, non. Je relève la tête et regarde le ciel. Je ferme les paupières, les rouvre. J’observe longuement les stratocumulus. Leur traîne vaporeuse, ce mouvement presque imperceptible qui les tourmente et modifie graduellement leur forme, qui les déchire en silence et les rassemble au gré des vents. Au bout d’un long moment, j’aperçois enfin quelque chose.
— Là-bas, on dirait un petit cœur.
Il sourit.
— C’est pour toi.
— Comment, pour moi ?
— Un message. C’est pour toi.
— Tu veux dire que quelqu’un essaie de me dire quelque chose ?
— Une personne qui t’es chère, et qui a disparu.
Je ferme les paupières. C’est une belle idée peut-être, mais le ciel est si vaste. Et la plage si longue. Et il y a tant de monde.
— Comment tu sais que c’est pour moi ?
— Parce que tu l’as trouvé.
— Mais c’est peut-être pour quelqu’un d’autre.
— Oui, c’est peut-être pour quelqu’un d’autre.
Ma gorge se resserre. Silence.
— J’aimerais que ce soit pour moi.
— D’accord.
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Thara · il y a
Il arrive bien souvent que les nuages dessinent dans le ciel des formes, quelquefois un char, quand y on regarde bien...

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