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La règle de trois/La regla de tres

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Sylvia Camelo

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FRANçAIS

Depuis toute petite, Anne conserve soigneusement toutes les odeurs dans des bouteilles vides :

- »Tiens !-elle se dit en les ouvrant- Celle-ci, c’est l’odeur de la guerre, celle-là, celle l’amitié, cette autre-là, celle de la peur ».

Pour les reconnaître, elle n’a pas besoin de mettre des étiquettes sur les bouteilles. Non, elle se souvient de chaque odeur car elle y a été entraînée par sa grand-mère, parfumeuse de profession. C’est d’elle qu’elle a hérité la parfumerie « Chagrins » où les gens se soignent grâce aux odeurs.

Un jour, elle y a reçu un couple qui ne pouvait pas avoir d’enfant. D’abord, elle les a sentis minutieusement et a détecté en eux l’odeur de l’égoïsme. Elle a sorti ainsi de l’armoire une bouteille vide et a attrapé l’odeur dedans. Ensuite, elle a pris la bouteille de l’altérité et en a versé quelques gouttes sur le couple : les deux sont repartis en s’embrassant et ont eu même des triplés quelques mois après.

Un autre jour, elle y a accueilli une jeune femme qui n’arrivait plus à marcher. Dès son arrivée, elle a senti l’odeur de la possession en elle. De nouveau, elle a sorti une bouteille vide de l’ armoire et a attrapé l’odeur dedans. Mais, elle s’est vite rendue compte qu’il s’agissait d’une odeur plus complexe : ce n’était pas juste un individu qui voulait empêcher la jeune de marcher par elle-même, c’était toute une famille. Elle a alors fouillé dans l’armoire et y a trouvé une bouteille contenant le parfum de l’émancipation. Elle y a versé plusieurs gouttes sur la jeune femme qui est repartie tout de suite faire son propre chemin.

Aujourd’hui, un vieil homme avec son petit-fils sont venus la voir. Dès qu’elle les a approchés, elle a senti l’odeur de la mort dans leur peau. Anne a reculé immédiatement, a trébuché contre l’armoire et est tombée par terre . Elle reconnaissait cette odeur car sa grand-mère l’avait déjà attrapée auparavant : qu’est-ce qu’elle devait faire alors ? Donner la vie à l’enfant et tuer le vieil homme ? Les laisser mourir les deux ? Anne a cherché désespérément dans sa mémoire et elle s’est rappelée de la règle de trois, une vieille règle de parfumerie que sa grand-mère lui avait apprise: « face à deux personnes qui meurent et une qui vit, donne le parfum de la vie aux deux personnes qui meurent ».

Anne n’a donc même pas cherché la bouteille contenant l’odeur de la vie dans son armoire puisqu’elle savait qu’elle la contenait en elle. Elle a tout simplement serré fortement le vieil homme et l’enfant dans ses bras et elle s’est évaporée.


ESPAñOL

Desde pequeña, Ana conserva meticulosamente todos los olores en botellas vacías.

--¡Vaya! --se dice al abrirlas--. Este es el olor de la guerra; ese, el de la amistad; aquel, el del miedo.

Para reconocerlos, no necesita etiquetas en las botellas. No, se acuerda de cada olor pues fue entrenada por su abuela, perfumista de profesión. Es de ella de quien heredó la perfumería Dolores donde la gente se cura gracias a los olores.

Un día, recibió a una pareja que no podía tener hijos. Primero, los olió minuciosamente y detectó en ellos el olor del egoísmo. Sacó así una botella vacía del armario y atrapó el olor adentro. Enseguida, tomó la botella de la alteridad y vertió algunas gotas sobre la pareja: ambos se fueron de la perfumería besándose e inclusive tuvieron trillizos meses más tarde.

Otro día, recibió a una mujer joven que no podía caminar. Desde su llegada, sintió el olor de la posesión en ella. De nuevo, sacó una botella vacía de su armario y atrapó el olor adentro. Pero, se dio rápidamente cuenta de que se trataba de un olor más complejo: no era solo un individuo quien quería impedir que la joven caminara por sí misma, era toda una familia. Buscó entonces en su armario y encontró una botella que contenía el perfume de la emancipación. Vertió algunas gotas sobre la joven quien salió inmediatamente de la perfumería a hacer su propio camino.

Hoy, un viejo con su nieto acudieron a verla. Apenas se les acercó, sintió el olor de la muerte en ellos. Instantáneamente, retrocedió, tropezó contra el armario y se cayó al suelo. Reconocía ese olor pues su abuela lo había ya atrapado antes: ¿qué tenía entonces que hacer? ¿Darle la vida al niño o matar al viejo? ¿Dejar morir a los dos? Ana buscó desesperadamente en su memoria y se acordó de la regla de tres, una vieja regla de perfumería que su abuela le había enseñado: «Frente a dos personas que mueren y otra que está con vida, dale la vida a las que mueren».

Ana no buscó entonces la botella con el olor de la vida en su armario pues sabía que lo contenía en ella. Simplemente, abrazó fuertemente al viejo y al niño entre sus brazos y se esfumó.
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Image de Sylvia Camelo
Sylvia Camelo · il y a
Merci!
Image de Barbara Abouseda
Barbara Abouseda · il y a
Très jolie histoire merci Sylvia

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