Il, elle, ils, elle

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Il ouvre un œil.
Elle s’est levée la première.
Il peine à se lever.
Elle s’affaire à la cuisine.
Il pèle une orange.
Elle réchauffe le café.
Il n’a pas beaucoup dormi cette nuit.
Elle s’est couchée tôt et s’est endormie sans tarder.
Il entend l’eau couler à la salle de bain.
Elle lui répète pour la troisième fois qu’ils sont en retard.
Il essuie les miettes qu’elle ne voit plus.
Elle débarrasse le bol qu’il a laissé sur la table.

Et ils se croisent au milieu du couloir.

Il recule la voiture dans l’allée.
Elle tire le caddie au marché.
Il jure parce que son lacet a de nouveau craqué, il venait de le changer.
Elle râle qu’il n’ait pas pensé à racheter du lait.
Il rapporte le journal et le pain.
Elle essore le balai.
Il mâchonne son crayon devant ses mots croisés.
Elle s’assied à la cuisine pour peler deux, trois légumes.
Il s’esquinte le dos en revissant la porte de l’armoire.
Elle décide qu’ils retourneront à Nice cet été.

Et ils se croisent au milieu du couloir.

Elle a ouvert grand les rideaux.
Il préfère quand ils sont tirés.
Elle n’a jamais fini de ranger, d’essuyer, d’épousseter.
Il passe des heures devant la télé.
Elle coiffe de moins en moins ses cheveux délavés.
Il ne cire plus ses souliers. 
Elle sort une coupelle de lait pour les chats.
Il taille les hortensias.
Elle repasse un à un les habits de la semaine.
Il attrape la laisse du chien.

Et ils se croisent au milieu du couloir.

Elle soupire en rangeant la vaisselle de la veille.
Il peste quand elle le presse.
Elle vérifie pour la troisième fois que le gaz est coupé.
Il a encore oublié ses clés.
Elle tape sur les coussins.
Il descend les volets.
Elle appelle sa fille.
Il prend des nouvelles de ses frères.
Il remonte le courrier.
Elle emmène les petites au parc.
Il laisse la radio allumée.
Elle somnole sur le canapé.

Et ils se croisent et se recroisent au milieu du couloir.

Un jour, elle le retrouvera étendu sur le sol. Elle lui criera son nom à l’oreille, lui secouera les bras, tapera de son poing fermé l’endroit où elle sentira bien que son cœur ne bat plus ; parce que ce n’est pas possible. Pas aujourd’hui, pas là, pas comme ça. Les jointures de sa main auront blanchi, tant elle aura serré le téléphone auquel elle répètera son adresse, encore, une nouvelle fois, pour que les secours ne tardent pas. Elle gardera un fol espoir, ne pouvant se résoudre à ce qu’il soit déjà trop tard. Elle ne pleurera pas. Parce qu’il y aura les papiers à retrouver, les formalités à régler, les fleurs à commander, ses enfants à appeler...

Mais ça, ils ne le savent pas encore.

Alors, en attendant...

Elle remontera la couverture pour qu’il ne prenne pas froid.
Il la remerciera pour ce si bon repas.
Elle lissera ses cols de chemise.
Il l’attendra au bas des escaliers.
Elle lui rappellera ses remèdes à avaler.
Il portera les sacs en rentrant.
Elle chantera de vieux airs.
Il sifflera entre ses dents.
Elle sourira à ses plaisanteries.
Il s’émouvra de la voir s’affaiblir.

Et ils iront, vivront, passeront, pas à pas, silencieux.

Une dernière fois, ils reprendront la route des vins, ils rouvriront la vieille maison, ils retourneront au bord du lac.

Et ils se croiseront encore et encore, et encore au milieu du couloir.

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Viviane Fournier · il y a
Je découvre et j'adore ... juste magnifique !

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