Footaises

il y a
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Finaliste
Jury
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Thème

Image de En haut de l'affiche
J’étais tout en haut. À dix-huit ans, mon genou venait de saisir sa chance en marquant un but crucial. L’Équipe me propulsa en une. Avec mon cachet, j’achetai une Porsche qui n’en manquait pas et signai pour un club anglais qui se ruina pour l’occasion.
Mon cercle, dont j’étais le centre d’intérêt, s’élargissait de façon exponentielle : filles qui m’avaient snobé, agents simples et doubles, faux amis gravitaient autour de mon nombril et vivaient à mon crochet de footballeur. Je dépensai tout en deux mois, comme un condamné ou comme si l’argent allait déferler sans se tarir. Sorti de nulle part, de ma cité HLM de Saint-Ouen, j’étais à des années–lumière de mesurer combien la cité nous colle à la peau...
À peine débarqué en Angleterre, mes ligaments croisés me lâchèrent, distendus à jamais, partis en croisades. J’ai tout tenté pour revenir. J’ai même appris l’anglais ; après trois mois, je le parlais mieux que le français. Mais à quoi cela sert–il de parler anglais quand on n’a plus de ligaments ? Mon club me vira sans indemnités. Je l’attaquai en justice... ce qui acheva de me griller dans le milieu : je fus taxé de procédurier (les clubs fuient les taxes).
Je tentai alors de rebondir en division inférieure, mais ce fut une guerre de tranchées entre poilus aigris, dans ce microcosme où les joueurs avaient atteint leurs limites en castagnant dans le dos de l’arbitre. On me fit payer mon statut d’ex–professionnel, de nanti : mes chevilles et tibias furent massacrés. J’étais devenu l’homme à abattre.
Après cinq ans de démarches judiciaires judicieusement ralenties, mon avocat me lâcha dès que je ne fus plus en mesure de le payer.
Retour à Saint-Ouen. Comme moi, ma Porsche ne vaut plus un clou, cabossée par la vie. Chaque matin, je croise les petites frappes locales, ces mômes qui me toisent depuis que j’ai refusé de faire équipe avec eux. Ils guettent capuchonnés avec un téléphone pour mille euros par jour, maillons du réseau de la dope. Moi, j’ai des principes que je laisse aux autres le soin de piétiner.
Je fais ensuite mon crochet quotidien au Dia (mon frigo est trop petit pour stocker). À mon retour, ma mère broie du noir. Hier encore, elle s’était vu hériter d’une partie de ma fortune. Aujourd’hui, elle est ruinée sans avoir eu le temps d’être riche. Elle est dévastée et m’entraîne malgré elle dans sa chute. Je dois sauver ma peau. Je me claquemure alors dans ma chambre et la magie opère : j’écris et les phrases déferlent sous l’effet des endorphines.

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Guillaume Roca · il y a
J'adore ce style très nutritif qui apporte une lecture double, à la fois un contenu et un contenant... Beau travail et jolie plume ! Auteur à suivre...
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Keith Simmonds · il y a
Un beau texte bien écrit! Mon vote n0 12! Mes haïku, FROIDEUR et PREMIERS FROIDS, sont en compétition pour le Grand Prix Haïku Hiver 2016! Je vous invite à venir les lire et les soutenir si le cœur vous en dit. Merci!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/premiers-froids-1
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/froideur

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Vincent Gombault · il y a
Super écrivain qui va certainement percé. Il a un style bien à lui, j'adore !
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CoraL · il y a
Joli texte, j'ai bien aimé la phrase " Hier encore, elle s’était vu hériter d’une partie de ma fortune. Aujourd’hui, elle est ruinée sans avoir eu le temps d’être riche". Il y a malheureusement beaucoup de gens comme cela ;-). +1
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Leonnic Asurgi · il y a
Merci CoraL, je craignais que le clin d'œil aznavourien "Hier encore" dans cette phrase soit un peu lourd, du coup je suis heureux qu'elle t'ait plu(e). Léonnic (http://baladaims.blogspot.fr)