En route pour une autre vie

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« La poésie est cette musique que tout homme porte en soi » William Shakespeare Je rajouterai bien sûr «  et femme ». Bonne lecture à tous.  [+]

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Elles étaient là, enlacées, posées sur le mur d’enceinte de la maison.
Il y'a quelques jours, Mylène avait dit en se frottant la cheville:
C’est la dernière fois que je les mets, j’ai vraiment trop mal à ce fichu tendon.
Pourtant, Mylène ne pouvait se résoudre à les mettre à la poubelle. Elle prépara un panonceau, le plaça sur le mur avec les baskets, y inscrivit « à donner », et leur jeta un dernier regard affectueux.
Sous le soleil, les baskets se rappelaient toutes ces aventures qu'elles avaient vécues. De merveilleuses randonnées avec des paysages à vous couper le souffle. Gavarnie, le Talion, le Sentier des Chasseurs, le Mont Perdu... Elles étaient de toutes les sorties, parfois dans le sac à dos, mais toujours là. Mais certains jours on avait frôlé la catastrophe. Comme ce jour-là, le ire de tous.
Une idée de Stéphane, le mari de Mylène. Faire du canoë! Était-ce vraiment un sport pour des baskets? Et bien non!
On se serra dans la vieille deux chevaux et on se dirigea vers la Dordogne.
À l’avant, il y avait Stéphane qui conduisait, Mylène et les baskets. A l’arrière, Pierre râlait car il estimait qu’à 14 ans on devait être avec ses copains à s’éclater. Clyde, le fox terrier, était toujours prêt, lui, à suivre papa et maman.
La route longeait la rivière. Chaque fois qu’on s'en approchait, on apercevait de petites plages de galets invitant au farniente.
À l’arrivée, après une attente interminable, on s’installa dans le canoë et l’on partit au fil de l’eau.
En fait, les rapides n’étaient pas si rapides. Les baskets, se laissaient bercer par le clapotis de l’eau et par la douceur matinale. À midi, on s’arrêta sur une petite plage pour pique-niquer.
Sorties du bateau, les baskets purent enfin admirer le paysage. Une légère brise les caressa.
Après cette pause, on reprit la descente de la rivière.
On somnolait lorsque les baskets et Mylène furent projetées dans l’eau. Un coup de rame trop brusque de Stéphane!
La peur de leur vie! Mylène nageait comme un caillou et elle avait enlevé le gilet de sauvetage car elle avait trop chaud!
En sortant la tête de l’eau, les baskets aperçurent le canoë renversé, Stéphane qui récupérait Clyde caché dessous. Là bas, Pierre nageait rapidement vers elles. Sûres de se noyer, elles se serrèrent l’une contre l’autre. Mais soudain elles furent séparées. Mylène s’était enfin mise à barboter. Pierre finit par arriver et soutint tout le monde jusqu’à l’arrivée du canoë.
Mylène était furieuse. Et les baskets aussi. Et Pierre qui disait:
- Je l’avais bien dit que ce serait une journée de m... Regardez moi ce sac à dos. Ressemble plus à rien.
Soudain il poussa un hurlement:
- C’est pas possible, j’ai perdu mon portable!
Stéphane, lui, s’aperçut qu’il avait perdu les clefs de la voiture mais il minimisa cette perte.
- Ce n’est pas grave, dit-il, j’ai laissé le double au coffre du loueur.
C’est bien plus tard qu’il s’aperçut qu’il avait aussi perdu son portefeuille. Avec tous ses papiers. Mais comme il avait refusé, avec beaucoup de classe, le petit tonneau étanche proposé par le loueur...
On reprit le cours de la rivière en silence. Stéphane faisait dorénavant très attention à tous ses gestes.
A l'approche du bord de la rivière, Clyde sauta brusquement du canoë. Mais qu’avait donc ce chien? On le remit dans le bateau, il avait l’air affolé. Il s’échappa de nouveau et s’assit sur la berge. Il aboyait si fort qu’on avait l’impression qu’il attendait qu’on le rejoigne. Cette fois, Stéphane se fâcha. Clyde se coucha près des baskets. Il roulait de ces yeux!
Les baskets commençaient à se sentir inquiètes. Si au moins elles avaient su parler le chien pour demander à Clyde ce qui se passait!
Stéphane assura que l’arrivée était à moins de dix minutes. Enfin! on commençait tous à en avoir assez.
Soudain, de gros nuages s’accumulèrent dans le ciel. Le vent qui s’était levé faillit renvoyer tout le monde à l’eau. Impossible d’atteindre une rive. La grêle se mit à tomber, drue. Stéphane aperçut une petite île au milieu de la Dordogne. Il réussit à l’aborder. Et là, canoë retourné sur la tête, on attendit la fin de ce puissant orage.
Les baskets pleines de boue étouffaient. Clyde claquait des dents, ses poils se dressaient sur son dos et tout son corps tremblait. Tout le monde comprit enfin ce qu’il disait:
- M’enfin, pouviez pas m’écouter? Je l’ai dit plusieurs fois, non? Mais bien sûr les humains pensent qu’ils ont toujours raison!
Et Pierre qui en rajoutait!
Pâles, Mylène et Stéphane se regardaient sans rien dire. Les barrages situés en amont! Si on décidait de les ouvrir, la vague les emporterait comme des fétus de paille.
L’orage s’arrêta aussi brusquement qu’il avait surgi.
On rejoignit enfin l’arrivée puis le bus pour revenir au départ du circuit. Le long de la route quel spectacle de désolation! On eut finalement de la chance: pas un arbre n’était tombé sur la route.
Lorsque Stéphane, quelques jours plus tard, entraîna son frère pour continuer la descente de la Dordogne, Clyde, Pierre, Mylène et les baskets firent un serment: croix de bois, croix de fer, on ne les y reprendrait plus.
Une grand-mère aux cheveux blancs qui tenait un petit chien en laisse s’arrêta en apercevant les baskets sur le mur. Elle dit:
- Regarde mon Loulou, cela devrait m’aller pour te promener au parc. Qu’en penses-tu?
Elle mit les baskets sous le nez du Loulou qui les renifla, les lécha et frétilla de la queue. Apparemment, il était d’accord.
- Allez, venez mes toutes belles, adoptées.
Au parc, il ne peut pas arriver grand chose à des baskets, n’est-ce pas? Cela les rassura un peu, mais un peu seulement. Car avec un chien inconnu, va savoir ce qui peut arriver.
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