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Chroniques au futur ( pas si ) simple

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Le commissaire-priseur examinait la salle avec circonspection. Le lot qu'il venait de présenter avec son enthousiasme professionnel pouvait encore monter un peu.
- Allons Mesdames et Messieurs, un lot comme celui-ci possède une valeur intrinsèque, pas par son originalité, mais par son volume. C'est un de plus gros un véritable diamant brut. Vous avez là un potentiel dont les meilleurs spécialistes avouent ne pas cerner les limites.
Un brouhaha se propagea dans la salle. Les acheteurs hochaient la tête, conscients de la valeur du lot, mais aussi du travail nécessaire pour en extraire les milles éclats. Un homme, étriqué dans son costume noir, leva son petit écriteau.
Le commissaire-priseur, rassuré que son bagout fonctionne encore, enchaîna.
- 17 à ma gauche, merci Monsieur, personne pour 18 ?
Il se tourna vers le personnel au téléphone en charge de prendre les enchères pour les clients extérieurs. Ils firent une signe de dénégation de tête.
- 17 une fois, 17 deux fois, 17 trois fois ! Adjugé vendu à Monsieur pour 17 milliards de nouveaux euros, la compilation des fichiers de données complètes des affiliés aux régimes de sécurité maladie des pays européens. On peut vous demander, Monsieur, à qui revient ce fichier ? Vous savez que la loi "fichier et transparence" ne vous y oblige pas.
- Je sais, mais mon commanditaire n'a rien à cacher. Ces données personnelles et médicales des 380 millions d'habitants européens vont être exploitées par les spécialistes "profilage et publicité" du consortium Santé&Pognon.


Il sortait de la salle des ventes sous les applaudissements engoncé dans son costume. Il avait dû prendre un peu de poids, le grignotage de compensation. Il était plutôt content. Il avait tenu sans trop de palpitations la grosse demi-heure qu'avait duré la vente, mais là il se dirigeait rapidement vers la sortie n'y résistant plus.
Le professeur Cambrand de la consultation addictologie de l'hôpital de la Malpétrière lui avait expliqué les phases du sevrage progressif mis en place par son équipe de neuropsychologues. Un infirmier chevronné et compatissant l'accompagnait dans ses efforts pour supporter le manque. Comme beaucoup, il avait longtemps refusé d'admettre son addiction, arguant que le boulot, les collègues... Mais sa femme avait insisté pour qu'il voit Cambrand en consultation. Elle avait mis son départ dans la balance pour qu'il mesure enfin l'étendue du problème. Elle connaissait les travaux récents concernant les effets psychotropiques des "love" du célèbre réseau de Marco Wickerborg et des notifications des smartphones, elle avait lu des études montrant que les "super" sur une photo de Am-Stram-Graph rendaient les utilisateurs totalement accros. Elle était à bout.
- Non mon chéri, ce n'est pas un comportement normal de chialer comme une serpillière quand on n'a pas de notification sur son smartphone ou de hurler une dizaine de secondes les Ooooh-Ooooh de Tarzan quand des inconnus cliquent des "love" ou des "super" sur tes comptes 2.0.


Elle l'avait entendu claquer la porte, il se rendait à son groupe de parole les web-aholic et smatphonophiles anomymes. Elle avait deux bonnes heures devant elle pour faire ses comptes et se mettre à jour de sa correspondance. Sa boite mail comme à chaque fois débordait de formulaires à remplir et de lettres de rappel pour qu'elle les remplissent au plus vite. Mais elle commencerait par vérifier ses comptes. Un rituel hebdomadaire. Ses amies, sa sœur la conjuraient de consulter ses comptes au moins deux fois par semaine. C'était essentiel de suivre son solde au plus près pour rectifier la situation avant qu'elle ne dérape complètement. Depuis qu'elle avait été rétrogradée, sa sœur cadette vérifiait son solde quotidiennement. C'est vrai que ses derniers jours elle avait été prise une fièvre acheteuse et son solde devait en accuser le contre coup.
- Solde de point satisfaction NÉGATIF 316.
Merde. Elle n'avait pas vu à quel point elle n'avait pas été ni très souriante ni très aimable chez les commençants ces derniers temps. Elle scruta le détail de son compte.
Le contrôle du feed-back de satisfaction avec l'application "notez-moi/je vous note" était très précis et toutes les interactions humaines étaient évaluées.
Même la boulangère avec qui elle avait un accord tacite "quoiqu'il arrive à chaque transaction je te mets la note maximum" avait feed-backé négatif. Et pas qu'un peu.
Sous l'effet de la colère ses mains tremblaient en remplissant ses formulaires de satisfaction en retard : elle allait tous les pourrir et advienne que pourra dans cette société de note de M.... !
❤❤❤
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Zutalor! · il y a
Feed-back positif au maximum après lecture.

PS : c'est sans importance, mais désolé de vous dire ceci, qui tempère un peu mon feed-back lequel reste enchanté d'avoir découvert l'unité de 17, une sacrée surprise :
- rajoutez donc un petit " d' " quelque part dans la phrase "elle avait été prise une fièvre acheteuse"
- supprimez un "pas" dans celle-ci : "elle n'avait pas été ni très souriante ni très aimable" (ou alors, laissez le "pas" et supprimez le premier "ni"... Sous toutes réserves.)
- au 1er janvier 2017, la population de l'Union européenne (UE) est estimée à 511,8 millions d'habitants par Eurostat. (Il est vrai que le prochain départ de l'Angleterre...)

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Claire Pegan-Lhermitte · il y a
Ben vous voyez c'est encore pire que je ne pensais (pas) ou avec ;-)) vous avez raison pour le ni et autre. Mais quand j'écris la tête va plus vite que les doigts et à la relecture c'est la tete qui lit (et se marre) et pas les yeux : je ne vois rien. Merci de votre passage dans mon petit coin ;-)))
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Zutalor! · il y a
Je comprends, je comprends... Je comprends d'autant mieux que j'ai le même problème... Sauf que moi, à la deuxième lecture, je chausse mes lunettes... ;o))
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Claire Pegan-Lhermitte · il y a
Même avec les lunettes. Pour y voir je dois relire mon texte phrase par phrase en partant de la fin pour ne pas être soumise au sens. C'est quasi pathologique, ça doit être une maladie orpheline "la comprenette à l'endroit ". ;-)))
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Aëlle · il y a
Excellente satire de notre société !
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Claire Pegan-Lhermitte · il y a
Merci, sincèrement je préférerais avoir tort ...
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Musicamots ROUX · il y a
Bon....Ben moi...Je m'en vais éteindre mon smart phone pour le rendre aphone. ..A bientôt les z'amis. ..
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Claire Pegan-Lhermitte · il y a
J'ai une mauvaise nouvelle : éteindre son smartphone ne suffit plus. Car même éteint il continue à faire des choses à l'insu de notre plein gré... (Il faut retirer les batteries : éteint il dort, sans batterie il en mort). Vive le troisième millénaire !
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Musicamots ROUX · il y a
Ouf. ..Et en plus vous avez raison !Mais en faut. ..Je suis comme mon smart phone. Quand j'ai les yeux fermés ..Je continue à fonctionner. ..Il faut que mon coeur cesse de battre... Encore que là nous attaquons le grand débat philosophique. Et le grand mystère.
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Claire Pegan-Lhermitte · il y a
Parce que si ça trouve quand le cœur cesse de battre le contenu du cerveau est telechargé dans un Cloud dont on ignore tout ... Bigre, ça se complique !
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Randolph · il y a
Ouh la la ! Comment commenter après ces experts ?
Donc, j'ai aimé. Ça suffira, Claire ?

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Claire Pegan-Lhermitte · il y a
Pour le feedblack notation satisfaction ? Oui ça suffira. Mais finalement les shortiens ne passent-ils pas leur temps à se noter pour avoir une bonne note en retour ? Au secours !... Nous sommes déjà dans le futur. ;-)))
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Randolph · il y a
Très juste pour les shortiens...d’ailleurs, j'en suis revenu après mon enthousiasme pour "allégresse"...ça tombe bien , je ne concoure pas en ce moment, je me sens léger...
Quant au futur, mon âge canonique n'ose l'imaginer !!!

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michel jarrié · il y a
J'ai porté autant d'attention à votre texte qu'aux très riches commentaires qui suivent. Le sujet me plait autant qu'il m'affole et me conforte dans l'idée qu'il vaut mieux avoir vécu plutôt qu'avoir à vivre. Faute de connaissances ma plume a toujours suivi des sentiers buissonniers; je lui laisse toute liberté.
Que dire de cette charmante personne qui ayant décortiqué en atelier d'écriture un de mes textes a écrit : vous avez parfaitement respecté les eliipses (Quésaco ?) et autres figures imposées , vous êtes un vrai Pro ! Je l'ai remercié tout en lui avouant mon ignorance de tous ces principes.
Faites vous plaisir là est l'essentiel. Bonne chance et.....faites nous un bon gros plan !

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Claire Pegan-Lhermitte · il y a
merci de votre passage sur ce texte qui est je le pense sans vanter prémonitoire. je reste donc sur mon promontoire à observer le monde qui s'égare avec l'assurance que blablabla ... il nous faut un bon gros plan B
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michel jarrié · il y a
Là au moins la coupe peut déborder, nous serons là pour éponger !
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Viviane Fournier · il y a
j'ai aimé ces découpages de vie et je les ai aimés simplement comme si je les voyais aller et venir ...et c'était un joli voyage ...
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Claire Pegan-Lhermitte · il y a
Un voyage dans le futur qui nous attend. La gêneration née avec une tablette dans la main n'y trouvera rien à redire. Moi ce futur me donne envie de finir dans un ermitage ...
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Viviane Fournier · il y a
...alors ..face à la mer Claire ...sur un coin de terre protégée ..je comprends ...merci d'avoir répondu ...et belle journée terrienne quand même ...
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Patrick Gibon · il y a
un texte qui a eu le mérite de susciter une discussion des plus intéressante, notamment avec les judicieuses contributions bienveillantes de Fred!
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Claire Pegan-Lhermitte · il y a
Moi ce qui me meut c'est de susciter des réflexions sur le fond chez les lecteurs et pas sur la forme sauf si celle-ci dessert mon propos. Mais le comite de lecture ne retient pas les textes qui font appel au cerveau gauche pour ne retenir que ceux qui émeuvent le cerveau droit. C'est comme ça.
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Luc Michel · il y a
Pour créer du lien entre ces trois moments , peut-être déjà tout simplement utiliser le passé simple : il examina, il sortit etc...ainsi on est dans l'action, dans l'histoire...Il me semble que cela s'impose ici.
Après je corrigerai les coquilles, bon ça c'est vite fait ( éviter aussi les formules trop parlées peut-être : "il est vrai" au lieu de "c'est vrai " ? )
Enfin j'élaguerai pour que le texte percute davantage : le fait que le commissaire-priseur soit enthousiaste n'apporte rien au récit me semble t-il.

Donc par exemple : "Le commissaire-priseur examina la salle avec circonspection. Le lot qu'il venait de présenter pouvait monter encore un peu."

C'est juste un travail de relecture finalement qui devrait rendre votre texte tout à fait agréable à lire, sur une idée intéressante.
Maintenant ça n'est qu’un avis bien sûr.

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Claire Pegan-Lhermitte · il y a
Merci pour votre avis avisé.
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Utilisateur désactivé · il y a
Lu et approuvé :)
Peux pas écrire un commentaire aussi long que celui de la môme Panassou parce que je ne suis pas équipé entre les oreilles :)

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Claire Pegan-Lhermitte · il y a
Qu'y a t il entre les oreilles ?
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Fred Panassac · il y a
Lol :-))
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Fred Panassac · il y a
Bonjour Claire
Sans avoir consulté les commentaires précédents (je viens seulement de le faire après lecture) je pense moi aussi que vous n’avez pas créé de lien entre la première partie et les suivantes.
À mon sens c’est la première partie, sur l’exploitation des données de santé, qui à elle seule aurait mérité une histoire (de la même longueur que tout votre texte)
C’est la plus riche des idées de votre texte, et moins explorée.
Les autres , l’addiction aux réseaux et ce qui en découle - ont été moultes fois abordées.
Et, ce que n’ont peut être pas osé vous dire les autres commentateurs, parce que le terrain est glissant et les remarques, à tort, souvent mal prises : vous avez laissé trop de coquilles, votre texte n’a pas eu de relecture sérieuse pour les éviter et cela nuit à l’impression que l’on a.
Quoique je pense que ce ne soit pas vraiment ça qui ait gêné le comité, qui laisse passer des textes avec de nombreuses fautes...
Vous dites sur le forum que vous allez abandonner vos efforts d’écriture er vous consacrer à des jeux sur le forum...
Les jeux sur le forum c’est très bien. Je m’y suis essayée, ai trouvé beaucoup plus fort que moi et beaucoup plus malin et, bien que j’y aie pris du plaisir, mes incursions n’ont pas été appréciées, lassitude de ma part et sentiment que ce n’était pas ma tasse de thé ...
Ne le faites que si vous y trouvez de la convivialité et si vous pensez que ça peut faire évoluer votre écriture (réflexes, tac au tac, rapidité de réaction, originalité) en plus de l’aspect ludique. Un peu comme un atelier de l’Oulipo, écriture avec contraintes. Ça fait avancer et c’est amusant.
Mais surtout n’abandonnez pas l’écriture de textes « complets » (je n’ai pas dit « longs » , je suis adepte moi aussi de la concision, bien que mon commentaire semble prouver le contraire.)
Persévérez et travaillez, tout n’est pas à jeter dans les décisions du Comité ;-)

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Claire Pegan-Lhermitte · il y a
Je vous remercie d'avoir pris la peine de le répondre si longuement, et pour vos encouragements à persévérer. Mais toute la question est : qu est ce que je fais encore là ? En 2016 je cherchais une plateforme pour faire connaître ma serie les "64 façons de sauver le monde avec un cure-dent" et j'ai très vite compris que mes textes étaient bien trop longs et trop "techniques". J'ai voulu entrer dans le moule, pour avoir des applaudissements, comme une otarie qui fait tourner des ballons sur son nez. Malheureusement ces tours n'amusent plus personne. Alors pourquoi continuer ce cirque ? Se plier à une conformité édictée par un comité de lecture pour être "reconnu" et en perdre son identité c'est un comble. Ça force à réfléchir sur la suite à donner. Mais encore merci de votre intérêt pour la chose écrite.
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Fred Panassac · il y a
Ah non, je réagis tout de suite : personne ne vous demande de perdre votre identité et de vous conformer à ce qu’édicterait le Comité ! D’abord ça reste à prouver qu’il édicte quoi que ce soit, il ne met le couteau sous la gorge de personne, et deuxièmement ce n’est pas parce que pléthore de textes ont été adoubés en abordant un certain style de sujets, que vous devriez vous aussi vous glisser dans le moule.
Exemple tiré de mon expérience récente car c’est ce que je connais le mieux :
pour être en lice il apparaît qu’il suffirait d’accoucher d’un haiku, c’est une forme de poème quasi automatiquement adoubée, voire maintenant primée par le jury.
Or j’ai eu 4 poèmes longs refusés consécutivement, croyez vous que j’aie écrit ensuite des haïkus pour être adoubée ? Non bien sûr. Et ça a fini par « payer » puisque deux de mes poèmes ont été acceptés. Je n’ai donc heureusement pas eu à me renier ni à me plier à la « conformité ».
D’autre part pour les longues nouvelles je présente parfois des textes que j’ai écrits pour des concours et qui n’ont pas été retenus dans le palmarès (les poèmes et les ttc par contre, je les écris exprès)
Je ne change presque pas mes longs textes avant de les présenter, sauf quand je m'aperçois que quelques mois après, je n'écrirais plus pareil. Ce n’est pas Short Édition qui me fait changer mon style. C’est moi qui améliore mon écriture.
Pour les ttc comme pour les poèmes je présente des thèmes que j’appellerais un peu « à contre-courant », alors ça passe ou ça casse, et ce n’est pas pour cela que je vais mal le ressentir (sauf pour un poème refusé, dont j’étais très fière, mais qui n’a visiblement pas du tout été compris . Là vous voyez, je suis comme vous : déçue. Je l’ai donc retiré du site)
Vous soulignez ailleurs certains thèmes récurrents.
J’ai fait la même constatation. Ça produit sur moi un effet répulsif. Pas envie de lire et encore moins envie de m’adapter pour écrire la même chose. Mais les nouveaux lecteurs qui arrivent sur le site ne savent pas que certains thèmes sont battus et rebattus et ils peuvent aimer. C’est sans doute pour cette raison qu’il y aura toujours de nouveaux textes acceptés sur ces thèmes. Refusez de suivre la mode. Je crois qu’il y a la place pour de la diversité mais j’insiste (je suis vieux jeu) sur la notion de travail de l’histoire, et sur la nécessité de bien se relire avant de poster. Autant mettre toutes les chances de son côté et ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain en abandonnant au bout de quelques échecs. Ne pas être vous même serait la meilleure façon pour tout rater !

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