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A l'ombre des bonsaïs et autres poèmes sur la nature

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A l’ombre des bonsaïs (1)

Je regarde souvent le coucher du soleil,
Assise sur un petit banc de pierre
Près de la maison.
En guise d’écran, un mur blanc
Où s’agitent doucement les ombres chinoises
Des bonsaïs.

A la nuit tombée, les étoiles
Illuminent le ciel,
Encerclant la sphère laiteuse,
Protectrice de nos vies.

Les grillons crissent leurs ailes avec ardeur.
Quelques bruits familiers s’ajoutent
A leur concert :
Le conducteur d’une voiture sur la départementale
Toute proche rejoint à toute allure son domicile.
Un portail se ferme : le voisin rentre avec son chien
De sa promenade nocturne.
Au loin, les hommes se divertissent
Dans la ville médiévale en fête.

Ici, la fraîcheur bien méritée
Après une journée de canicule.
L’arrosage du soir exhale
Les senteurs des herbes aromatiques
Du jardin.
L’origan, le thym, le romarin et la sauge
Mêlent leurs fortes odeurs de garrigue
Aux frais parfums du basilic,
De la coriandre et de la menthe poivrée.

Demain, le soleil reviendra
Darder ses rayons brûlants
Sur nos corps rougis
Et procurer sa lumière et sa chaleur aux vivants,
Présents dont nous comprenons aujourd’hui,
Qu’ils pourraient se révéler empoisonnés.


Je songe à la sécheresse,
Qui envahira petit à petit
Notre planète bleue
Et privera les humains
De leur bien le plus précieux,
L’Eau.

Lorsque mon heure sera venue,
Je voudrai être ensevelie,
A l’ombre des bonsaïs,
Desséchés par le soleil,
Sous une dalle anonyme
Où sera gravée cette épitaphe :

« Ici repose une femme,
Qui aimait tant rêver,
Assise sur le petit banc de pierre,
Devant l’ombre des bonsaïs,
Sur le mur blanc de la maison,
Le soir au coucher du soleil ».


Douce rêverie (2)

Sur la nappe en coton,
Dessinés à la sanguine
Les oiseaux virevoltent
A l'assaut des grappes de raisin
Les escargots s'enroulent doucement
Sur les sarments de la vigne.



En ce matin sombre (3)

En ce matin sombre,
Le ciel, revêtu d’un uniforme gris,
A donné le ton.

Cherchant la lumière,
Les dahlias au pourpre profond
S’élancent vers le ciel.

Les fleurs fanées des œillets d’Inde,
Aux teintes safranées et cuivrées,
Ont commencé à s’égrener
Sous le cerisier.

Sur le toit moussu de la vieille maison,
Le couple familier des tourterelles
Aux nuances grises, mauves et bleutées,
Pose immobile.

Même les étourneaux,
Perchés dans le noisetier,
Ont assourdi leurs pépiements.

En ce matin sombre,
L’ombre a quitté le jardin
Et a laissé sa place à l’automne.




Je te dirai (4)

Je te dirai
Les abeilles, le miel, la gelée royale, la propolis,
Et le monde souterrain des fourmis,
Les libellules et les papillons.
Les fleurs des jardins, la rose et ses variétés anciennes,
Les tulipes aux couleurs de l’arc-en-ciel, les dahlias
Et aussi le potager avec ses potirons mordorés.

Les oiseaux sauvages, la grue cendrée,
Qui fait halte dans le jardin
Avant de continuer sa longue migration.
Les écureuils grimpant sur les noisetiers
Et les champignons des prés.

Je te dirai
Les noms de nos fleuves encore sauvages,
La Garonne et la Loire,
Les péniches chargées de sable
Remontant la Seine, les ponts de la capitale,
Celui de l’Alma et de son Zouave,
Le Pont des Arts et les cadenas des amoureux.

Les fleurs de nos montagnes,
Les bleues,
Les anémones, les ancolies,
Les astragales et les campanules et la gentiane,
Les blanches,
Les achillées et la marguerite des Alpes,
Les violettes,
La digitale pourpre, le lis martagon,
Et aussi l’eau glacée des torrents.

Je te dirai
Les noms si amusants des nuages,
Les cirrus, les altostratus, les cumulus,
Les cumulonimbus, les strato-cumulus,
Les orages et la foudre.

La vieille chapelle là-haut sur la montagne
Et la statuette de la Vierge et ses fleurs fanées.
Le ciel étoilé, Mars et Venus,
La petite Ourse et la Grande Ourse,
Le Petit Chariot et le Grand Chariot.
Et même ce que tu ne verras pas,
Les nébuleuses et les trous noirs dans le ciel de la nuit.

Je te dirai aussi ce qui est invisible aux yeux
Mais que nos âmes sentent.
Et si mes larmes coulent,
N’y prend pas garde, mon enfant,
Ce seront des larmes de joie.



Les mouettes et le ragondin (5)

Les arbres se mirent dans les profondes eaux.
Une passerelle serpente sur le pourtour du lac.
C’est un immense bassin alimenté par la Seine,
Abritant faune et flore sauvages,
Entouré d’un petit bois aux essences variées.

Le soleil réchauffe mon visage encapuchonné,
Contemplation...
Rives du lac bordé de roselières,
Où nichent toutes sortes d’espèces d’oiseaux aquatiques
Bagarres de mouettes rieuses dans le ciel
S’arrachant des morceaux de pain
Jetés par un vieux monsieur au loin.

Cygnes indifférents à leur tapage
Evoluant doucement dans l’eau du lac,
Colverts disciplinés comme à l’armée
Suivent leur mère en rang serrés.

Le calme, une fois revenu,
Un ragondin sort de sa cachette,
Pour nager dans l’eau tranquille,
Puis installé sur quelques branchettes
Entreprend une minutieuse toilette,
De ses petites pattes se frottant le visage.

Les mouettes après un instant de répit,
Reprennent leurs allers et retours incessants,
Le ragondin file à toute allure vers un abri plus sûr.
Comment être au calme dans tout ce vacarme ?

Lac des Docks, le 22/02/2018



Le loup et la petite fille (6)

Les yeux jaunes du loup solitaire
Regardent la fumée du campement.
Il a faim...
La neige amortit le bruit de ses pas.

Une petite fille est là, debout devant lui.
Immobiles, ils s’observent longuement.
Puis il s’enfuit dans la forêt,
Traînant la carcasse d’un chevreuil
Abandonnée dans la neige.

Demain, il reviendra et je l’apprivoiserai
Dit la petite fille.
Il est revenu, ses louveteaux aussi,
Et ces rencontres se sont poursuivies
Durant des milliers d’années.

Et puis un jour l’homme est devenu l’ennemi du loup,
Il a dû apprendre à chasser la nuit.

Aujourd’hui dans la forêt, au même endroit,
Perpétuant la tradition de sa lointaine ancêtre,
Une petite fille attend patiemment,
Une improbable rencontre avec le loup solitaire.




Plein de petits rêves secrets dans ma caboche (7)

Plein de petits rêves secrets dans ma caboche,
Je marche en sifflotant, les mains dans les poches,
Les yeux fixés sur mes vieux godillots.
Je me balade le long de sentiers herbeux,
Arpentés autrefois par nombre de mes aïeux,
Plein de petits rêves secrets dans ma caboche.



Tempête hivernale (8)

Devant un bol de thé bouillant,
J’écris dans la cuisine.
Le vent souffle cette nuit.
Devant mes tartines beurrées,
J’écris dans la cuisine.
Le vent souffle de plus en plus fort cette nuit.
La porte s’est ouverte brusquement,
J’écrivais dans la cuisine.
Le vent s’est engouffré dedans.
Mes feuilles de papier se sont envolées
Avec mes tartines beurrées,
Le bol de thé s’est renversé.
Jamais plus, n’écrirais devant mon bol de thé
Et mes tartines beurrées.
Plus aucun souffle de vent dans la cuisine.
Plus aucun souffle de vie.



Nuit grise sans étoiles (9)

Nuit grise sans étoiles,
Parenthèse blanche dans la nuit
Elle se fait discrète
Pour son dernier croissant.



Printemps (10)

Camélias roses,
Cerisiers fleuris,
Le printemps éclot doucement
Et je souris



L’eau, le soleil et l’amour (11)

L’eau, le soleil et l’amour
Sont nécessaires
A la fleur pour s’épanouir
A tout être vivant...



Le Magnolia (12)

Le magnolia a fleuri
Quelques journées
Et son amour aussi



Le muguet et la rose (13)

Douce odeur du muguet
Lourd parfum d'une rose rouge
Senteurs éphémères


Le Rossignol (14)

Chante rossignol
Souffle brise légère
Paix sur la nuit.



Lune éclipsée (15)

Lune éclipsée
Mars orangé
Souffle léger de la nuit
Doux parfums
Senteurs exaltées par la pluie
Mon âme sereine et tranquille
Des malheurs du monde guérit
Pour quelques instants.



Marguerites (16)

Aimez-vous les marguerites,
Ces jolies fleurs à effeuiller ?
Et toi Marguerite,
Es-tu comme ces jolies fleurs ?


Nuage gris, soleil blanc (17)

Nuage gris,
Soleil blanc,
J’aime cet instant...


Un long dimanche (18)

Le ciel d'un gris uniforme nuancé de bleu,
Les silhouettes de quelques oiseaux,
Regagnant en hâte leur nid,
Se profilent dans le halo d'or du réverbère.
C'est la fin de ce long dimanche.
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Image de Françoise Mornas
Françoise Mornas · il y a
De bien belles manières, délicates et subtiles, de manifester votre proximité avec la nature et ses occupants...
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Image de Anne Marie Menras
Anne Marie Menras · il y a
Merci d'avoir apprécié Françoise !
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