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A l'autre, en mains propres

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Dans cette vallée de feux follets
Chacun est vitrail dans l'obscurité.

A toi qui crois me mettre en croix,
Toi l'Autre qui crois m'avoir pris
Ce qui ne m'appartenait pas;
A l'un comme à l'autre je dédie ceci;
A l'Autre et puis à toi aussi
J'étends mon amour sans merci.

Pierre lunaire récipiendaire
De feux passants,
Longtemps j'ai resplendi
D'un éclat emprunté,
Prenant l'Autre pour moi,
Si bien que ma propre lampe oubliée
S'est éteinte.

Oui, je peux t'aimer,
Car moi je sais
Ce que tu ne sais pas:
Que l'homme à l'homme n'appartient pas.

Feux follets, feux passants,
Farfadets farfelus, ne jetez plus
Votre éblouissante poudre stellaire
De possession
Car je me suis éteinte
Sous l'étreinte.

Toi l'Autre, autre moi,
Ton tour est venu,
Mettant ta mèche à nu
De refermer les bras
Sur le fallacieux rayonnement,
Et tu cries: "Je te tiens! Je suis à toi...
Ton feu est mien!" en toute bonne foi.

Oui, je peux t'aimer,
Car moi je sais
Ce que tu ne sais pas:
Qu'autrui jamais ne t'appartiendra.

L'Autre ne fait que passer.
Il n'est de propriété
Que de ta propre cathédrale,
Mais la possession n'est que dépouillement
De soi, fiction d'essence,
Fission du moi, et ta lumière
Même, tu n'en es que dépositaire,
Comptable à la toute-puissance.
Nourris donc ton flambeau
Derrière tes vitraux
Pour les autres aussi.
Prends conscience de toi.

Un jour, l'Autre, tu sauras
Ce qu'à présent tu ne sais pas:
L'homme à l'homme n'appartient pas.
Je te remets donc en mains propres
Ce qui n'est ni à toi, ni à moi.

A elle, à l'Autre, à toi, à lui,
A l'un comme à l'autre, et à moi aussi
S'étend son amour sans merci.
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