Trouve les prés faits que tu re...

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Grand amateur de science-fiction, surtout des auteurs de l'Âge d'Or, Clarke, Asimov, Sheckley... sans oublier LE patron de la "short short", Fredric Brown. J'aime les jeux de lettres, les jeux de  [+]

(Dans le texte qui suit j'ai caché les noms des 101 préfectures françaises, dans l'ordre des départements. Combien en trouverez-vous ?)

J’aurais pu commencer cette histoire par un calembour en brésilien. Mais vous me connaissez, je suis un gars sérieux.
Je suis allé au resto pour mon anniversaire. L’enfer absolu ! Des moules insipides pour commencer. Oh, oui, l’est très digne, l’est ben droit dans ses bottes le patron ! Il te promet des agapes, et te sert des plats ni salés, ni sucrés, ni rien ! S’il était fonctionnaire, je voterais sa privatisation !
Mon copain le bidasse, Charles, vit le mess hier et me confia qu’on y mangeait bien mieux que dans ma gargote ! Bref. Le foie était froid, et en guise des « Trois Canetons dans leur Sauce » j’ai eu droit à un trio de minuscules carcasses onéreuses ! On a servi à Chérie une paire de poireaux déshydratés autour d’un homard... seyant s’il eût été une bague, mais ne remplissant même pas une dent creuse.
Quand on trouve de l’or, y a qu’à le ramasser. Moi j’habite un coin merveilleux où l’on parle ma langue, où les musiciens sourient, où la roche est lissée par les bottes de milliers de randonneurs, où les bourgeois font des bouquets avec 7 tulipes et 10 joncs, et où les saints brillent, heureusement, de tout leur aura !
Non loin de chez nous se trouve la fameuse forêt (pourtant guère étendue) où périt Guenièvre ; les hautes herbes en sont la dernière demeure.
Sur le terrain de pétanque, on entend « Allez, va, lance le petit au lieu de galéjer ! » C’est la fleuriste, Ève, remise de son rhume, qui apostrophe ainsi Tonin le tavernier.
Jadis dans le château a été signée la Charte, remise en 2002 au président Chirac, qu’imperméable et parapluie n’ont finalement pas protégé de la tempête : le vent emporta Jacques si haut qu’à ses yeux la place de la Bastille avait disparu !
Ni très franc, ni menteur, l’habitant de mon patelin peut aussi bien être un grand gueulard qu’un petitou loser, mais quoi qu’il en soit la vie aux champs lui fait du bien. C’est en se promenant au bord d’autres rives que les siennes qu’on réalise qu’un limon peut lier des humains entre eux.
La reine qui vivait dans le château rouge jouait des tours pendables à son mari, un roi podagre, noble et coléreux qui, croyant que le coupable était son serviteur, s’exclamait « allons, le sot, niais et pustuleux valet Léandre, cesse céans ! ». Comme dit un proverbe, l’ange démarre avec humour, mais le démon démarre sans.
L’enviable oisiveté de la reine faisait que, souvent, elle réarrangeait les meubles, de façon que le synthé tienne dans l’angle. C’était une bonne idée, que Léandre reprenait régulièrement à son compte. Souvent le parasite pique une idée et puis en veut les lauriers ; il n’entend pas la voix de la sagesse qui lui suggère l’humilité. Or Léandre était plein de vices et de paresse. Lorsqu’il ne ressassait pas une bronca horrible dans sa tête, il passait ses journées à geindre parce qu’on lui avait collé une amende...
En général, il est vrai qu’il n’avait pas beaucoup de chance. Même quand une tombola offrait vingt-cinq lots, il n’en gagnait pas un seul.
Le couple royal possédait un chat longiligne, très sportif, un chaud montagnard qui arpentait la vallée sur ses petites papattes.
Ils eurent un jour la visite d’un éminent sire, un grand costaud, un malabar : le duc d’Enghien. L’homme préférait une grosse vanne salace à un sermon de messe, une pauvre blague usée et recuite à une pensée neuve et riche.
L’île sauvage au milieu de la rivière abritait un nabot verdâtre qui dégageait une odeur puissante de mal lavé. À son approche, les villageois criaient « Mon Dieu, comme il pue ! balançons-lui du parfum ! ». Les lavandières, qui rentraient harassées de leur journée de labeur, ne tarissaient pas de critiques sur le nain puant, et plus d’une évoquait un bon bain, une lessive et un repassage.
« C’est clair, mon fer en fait une maladie de ne pas pouvoir repasser ses fringues fripées ! ».
D’autres s’adressaient à lui directement. « Salut le nain, c’est pas d’pot c’te tempête, hein ? T’as r’bâti ta cabane ? ».
Beaucoup agitaient leurs langues de vipères, pis, niant leur méchanceté, faisaient remarquer que Monsieur le Maire était élégant, lui.
« Tu rigoles ? Élégant, avec son costume couvert de strass ? Bourgeois il est né, bourgeois il mourra ! ».
De nos jours, à la Taverne de Tonin, ça discute beaucoup. On se plaint parfois de sa condition :
« Marre de la bricole, marre de la bidouille, marre de tourner comme un lion en cage à Pôle Emploi ! Je me sens aussi étranger à ma vie qu’une betterave zouloue ! Qui m’accompagnera quand j’irai cogner sur le menteur qui m’a promis du boulot ? »
Un grand brun bronzé paie des tournées au bar et raconte qu’avant de s’installer ici il travaillait dans les champs berrichons.
« Un jour je croise une nana que, ma parole, elle a un buste de Marianne, si... disons... proéminent, qu’on aurait cru une statue ! »
L’ancêtre du village, qu’on appelle « Grand-Papa », ricane.
« Moi, petit, la vie m’a appris qu’une gonzesse, ce n’est qu’un trou entre deux bosses ! La gonzesse, elle aime l’un, après elle aime l’autre, et pis un jour quand elle te regarde à l’envers, ça y est, tu es hypnotisé, tu es prisonnier pour toujours ».
« Grand-papa, tu es odieux et misogyne », lui lance Tonin. « Allez, tu es puni ! Hors d’ici ! ».
Il se tourne vers un groupe d’habitués qui trinquent.
« Au fait, quelqu’un connaît Damien, le banquier ? »
« Damien ?!? Ah ! L’binoclard ? Oui, j’le connais »
« Tu pourrais intercéder en ma faveur pour qu’il recalcule mon taux bancaire ? J’y arrive plus avec mon prêt. »
« J’vais essayer, mais c’pas gagné. Damien il a l’air tout fragile, tout long, tout fin, mais c’t’une vraie peau de vache. Il vient de Château-Chinon, et on sait bien qu’si la Bourgogne est un pays à vignes, on y trouve aussi de belles femmes... et un gros tas de banquiers vicieux ! »
« Dis, c’est pas par là qu’ils font le fromage qui s’appelle la Roche Laitière ? »
« Non, c’est dans les Deux-Sèvres, ma sœur y travaille. Elle dit que c’est assez dur à fabriquer, faut pas louper la période où c’est bon à manger, parce qu’après, quand la Roche surit, on doit la jeter. Ça lui est arrivé. Elle a dû tout balancer, même les pots à tiédir ! »
« Moi ça me fait penser à mon frangin. Quand on était petits, il adorait le Monopoly, acheter, vendre des baraques. Adulte, quand il m’a annoncé qu’il se lançait dans l’immo, j’ai bien cru qu’il réalisait son rêve d’enfant ! Mais un an plus tard, lui aussi s’est mis aux fromages. »
« Mon petit cousin, lui, c’était le rugby sa passion, avec Chabal et pis Nallet. Un jour, juste pour se marrer, il a accroché une fleur au serre-tête d’une nana très chic, une belle fortune de la région. Elle a trouvé le geste touchant. Quand ils se sont mariés il était encore bûcheron. Un jour sa scie s’est mise à faire des sons suraigus, déchirants et vrillants. Ça l’a rendu malade de l’ouïe. Il est maintenant terrassier, c’est plus silencieux, et surtout il a un beau biniou dans l’oreille qui l’aide à entendre. Mais si t’espère que ça l’a rendu discret, t’es yoyo ! Il parle pas, il hurle...
... Mais ne t’endors pas, tavernier ! sers Gilles qui tend son verre ! ».
Il poursuit à voix basse, terriblement sérieux. « Et pis y a aussi mon beauf, Mahmoud, c’était l’homme fort de Francis, l’assureur... Des biceps terribles et rien dans la tête, sauf qu’il était un peu artiste. Un jour il a dessiné dans son petit cahier noir les seins de Ninon, la femme de son patron... Le Francis il lui a mis son pied au cul et il a crié « Fous le camp, Mahmoud ! Zou ! Casse-toi et ne reviens jamais !
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