samedi 25 juillet 2020

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JOURNAL INTIME - 25 Mai 2020  [+]

Samedi 25 juillet 2020

Salut, Bonhomme,

Le ventilateur découpe en tranches épaisses l'air lourd et moite. Fichue chaleur qui poisse l'étoffe à la peau et transforme les gosiers en oueds avides et secs...
Tu n'as jamais apprécié la chaleur et ton aversion ne fera qu'empirer avec l'âge. Pour l'heure, tu sembles t'accommoder parfaitement de ton mois de juillet et tu vas donner un tour de clef et ouvrir cette foutue porte...
Ton frère n'est pas seul. Ton destin est en marche et se tient auprès de lui... Jean-Louis, dit "Le Louis", le plus vieux de la bande dont, tu ne le sais pas encore, vas faire partie pour un temps, celui qui en est l'âme, le point central, du haut de ses dix-huit ans. Un corps de moineau famélique, long comme un jour sans clope, le visage taillé à la serpe, façon Gainsbourg juste après l'accident et un bagou à te faire prendre des lanternes pour des vessies. Enfant sans père et sans repère, il se présente volontiers comme fils de personne et prétend ne vivre que selon ses propres règles dans ce monde de cons avec un snobisme précieux qui, et cela, tu l'as percé à jour au premier regard - c'est pourtant vrai que ta première impression a toujours été la bonne - s'apparente plus à la posture du m'as-tu vu dérisoire qu'au manifeste anarcho-aristocratique dont il se réclame à toutes forces, comme pour s'en persuader lui-même...
Et malgré tout ce que tu devines de lui, tu vas accepter cette main tendue et le repas au restaurant qui suivra avec la "petite bande". Toi, le solitaire malgré lui, va te laisser griser par l'illusion de la fraternité pour ne pas crever d'être seul!...
Pauvre petite alouette, prise à son miroir de menteries, n'est-ce pas Georges Brassens qui prétendait - et je ne pense pas que l'on puisse taxer le cher poète d'une quelconque misanthropie - que lorsqu'on est plus de deux, on est une bande de cons?... Crois -en ma modeste expérience, il n'est pas rare qu'une belle brochette se compose de seulement deux abrutis...
Pourtant, tu vas la savourer, cette soirée qui sera celle des premières fois!...
Premier rendez-vous dans l'un des innombrables bistrots que compte cette petite ville de province et que tu n'as pas fini de fréquenter, avec des inconnus qu'un temps tu vas considérer comme des amis à la vie à la mort autour desquels tu vas centrer ton existence désormais, oubliant ton fameux manuscrit à jamais inachevé...
premier apéritif qui te monte à la tête aussi vite qu'il a dégringolé ton gosier et qui te fais soudain te sentir aussi spirituel sinon plus que tes petits camarades qui, pour sûr, le sont!...
Première cigarette pour faire comme tes héros sur pellicule, de Bogart à James Dean et surtout comme les copains... Surtout, ne pas être différent!... Surtout te glisser dans le moule de ce que tu crois être ce que les autres attendent de toi!... Il en faudra du temps pour enfin te ficher de ce que tu penses que les autres attendent de toi!... Et départ pour près de quarante ans de galère entre sevrages alcoolico-tabagiques et rechutes vertigineuses aux tréfonds d'abîmes éthilico-nicotiniques...
Première fois au restaurant, comme les grands , et première grande discussion sur le sens que vous comptez donner à vos vies. Toi, dans ton coin, tu t'apprêtes à devenir celui qui paye l'addition, à vie. Sans doute parce qu'étant le seul à travailler, tu considères qu'il est normal que ce soit toi qui raques les agapes... Sûrement parce que tu as si peur de perdre cette amitié naissante que tu ne trouves aucun autre moyen de la retenir...
les autres sont comme toi, Bonhomme, quoiqu'on en dise, ni putes, ni marchandises, et , surtout, l'Amitié est une notion bien trop chère pour que l'on puisse envisager de se l'offrir comme un colifichet...
Te rappelleras-tu de ce que tu répondras lorsque les autres te demanderont:
" Et toi, tu comptes faire quoi , plus tard?"?...
Entre deux verres de Châteauneuf-du-Pape, en soufflant longuement une bouffée de cigarette blonde, les yeux fixés sur le vide ou ce qui y ressemblait beaucoup, tu répondras:
"De mon mieux..."...
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JACB · il y a
C'est ce que j'appelle le phénomène de "meute" qui sévit aujourd'hui encore plus en nombre et en solitudes!!! Ce miroir aux alouettes qui finalement construit et forge le coeur vous vous en délestez, le temps faisant, avec beaucoup d'humilité et de sincérité mais aussi d'indulgence. Une belle chute :"de mon mieux ".
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François Personne · il y a
Merci pour votre passage ...
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Isa. C · il y a
J'aime beaucoup ces mots entre amertume et "tendreté"
Ils touchent, caressent et picotent❤

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François Personne · il y a
Merci infiniment pour ces quelques mots qui font mouche...
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Claudine Rêve · il y a
Et bien voilà qui nous replonge dans nos jeunesses passées.
Puisqu’on « était » jeunes et cons, puisqu’on est vieux et fous ...
Des jeunesses pour beaucoup, similaires mais qui nous ont fait grandir.
Bien écrit !!
https://youtu.be/liG2cXiBs5k

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François Personne · il y a
"Le temps ne fait rien à l'affaire..."... Jeune et con évidemment mais l'âge n'arrange rien... ;-)))
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Claudine Rêve · il y a
L’âge n’arrange rien à la santé, au corps, mais pour l’esprit, ça le bonifie.
Quoique je connais quelques vieux cons 😜😂😂

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François Personne · il y a
Vous aussi?... ;-))))
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Marie Quinio · il y a
J'ai pensé aussi à cette chanson ;)
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François Personne · il y a
why not?... Merci pour votre visite...
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Haruko San · il y a
Ah..ces premières fois, ces premières sorties en bande entre potes, ou copines, quand on pense savoir , être certain...Quand on ne sait encore reconnaître ses vrais amis , ils s ont nombreux avec l'âge...et puis ils finissent par se faire rare, d'une rareté chère qui mérite de s'en soucier, de la protéger mais avec toute la sagesse que l'on aura acquise avec les années. Et puis vient le temps ou l'âge où se posant quelque part on regarde en arrière juste pour voir le chemin parcouru et...on compte ses erreurs ou plutôt les chemins empruntés alors, qu'aujourd'hui ayant appris on n'emprunterait certainement pas . Mais que savait -on à cet âge ou "Bonhomme " gamine" on voulait découvrir le monde, le refaire autour d'un verre et de grands discours, être celui ou celle qui en parlerait le mieux, histoire de bagout certainement, celui qui parle le plus fort ou le plus longtemps ayant un semblant d'avis sur tout sans rien savoir plus sûrement mais se voulant vedette devant les autres.
Et puis là dans le silence, celui ou celle qui pensait sans rien dire à ce qu'il allait faire de sa vie, ce qu'il allait devenir ce qu'il voulait, mais le savait-il vraiment quand sans les autres, sans faire partie d'un groupe il n'aurait pu se sentir exister. que lui importait alors de suivre untel ou untel pourvu qu'il ne soit pas seul. Ce n'est que plus tard...après des années plus ou moins bonnes, joyeuses que nous ferons le point et que nous savons ...un peu plus sur la vie.
Belle aventure que ce texte, belle écriture dans laquelle le ressenti résonne de franchise, et de quelques duretés mais n'est-ce pas la vie qui nous apprend vraiment à vivre? Merci pour cette lecture offerte, la lectrice que je suis se retrouve infiniment touchée par vos mots. Bravo l'artiste-:)))

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François Personne · il y a
L'artiste est rouge de confusion... Vilaine... ;-)))
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Haruko San · il y a
Ohhhh mais non !!! Quoique Vous voir rougir...-:))) Cher artiste!

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