Rien que Louis

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En compétition

« Ecrire c’est l’art de faire boiter, je voudrais que mes textes soient des échardes »  [+]

Image de Été 2020

Cholila, Patagonie. 17 septembre 2014

C’est au cinquième jour d’attente que j’ai voulu crier. J’avais besoin de faire ça là-bas, près de ceux qui, chaque après-midi, traînaient devant nous leur vide et son poids indécent. Parfois, certains le traînaient avec un chien fripé au regard mort ou serré dans une main maigre et constellée de tâches, un trognon de pain dur pour des canards indolents et cons. Un jour, nous avons même vu ce vieux noyé de Morgan Cooper promener un rat sans queue au bout d’une laisse. Bien sûr, certains ont ri et causé pour dire du mal. Moi, au contraire, ça m’a brutalement privée de salive et dans ma bouche ne sont restés qu’un charnier de mots brulés et une odeur de cendre. Puis, j’ai regardé Louis qui, très pâle, se murmurait sans doute des mots inquiétants, tout en fixant le long corps dévasté de Morgan Cooper. Un corps en faillite que l’arthrose et le venin de la vieillesse avaient peu à peu assiégé, tordu en tous sens et rendu cassant comme du verre. Ce jour-là, pour la première fois, j’ai senti que ma présence ébréchait la dignité de Louis. Je l’ai sentie à ce regard soudain opaque, fermé, presque dur, un regard prêt à partir loin de moi, loin du désordre et de l’errance.

Pourtant, au cinquième jour de son absence, Louis m’a fait passer par le très silencieux Morgan Cooper un morceau de papier kraft plié en deux où il avait écrit « Tout de toi respire follement en moi, mais j’ai honte, tellement honte ». À cette seconde précise, et malgré les crocs de la douleur qui me dépeçaient, j’ai su, avec cet amour infini pour Louis, qu’aucun autre homme ne déposerait un jour ses larmes et son râle dans mon ventre. Oui, dans ce plein soleil de juin, j’ai su, comme une évidence, que l’amour c’était Louis, rien que Louis. Dix-sept ans plus tard, rien n’a changé. C’est pour ça que, chaque nuit, je dors sous son ombre. Son ombre comme une couverture chaude et légère. L’ombre de mon Louis posée sur moi, ici, dans cette chambre et le silence apaisant des pierres de Cholila.

Oui, c’est le cinquième jour après le brusque départ de Louis que j’ai voulu crier. Ça, c’était juste avant que Morgan Cooper ne me tende, un peu gêné, ce délicieux et terrible bout de papier kraft. Les hommes qui passaient devant moi, Louis me l’avait confié, étaient tous rompus au rien des jours, un rien que poissait peut-être, parfois, le brusque réveil d’un amour lâchement jeté aux chiens, ou celui d’amis précieux avec leur fascinant sourire de traitre. Oui, ces funestes et obsédantes images défilaient peut-être dans les yeux lessivés de ces hommes lents qui, en silence, se traînaient vers la fin. Beaucoup avaient les lèvres un peu tremblantes, des lèvres, qui sait, encore vaguement effrayées par ces jours jaunis et honteux que le temps qui passe se plait parfois à convoquer. Depuis cinq jours, à l’exception de Morgan Cooper et de quelques autres, tous ces vieux malmenés passaient et repassaient devant moi. Des fois, certains m’adressaient un sourire cassé, un sourire qui faisait des efforts pour tenir à peu près debout. D’autres, au contraire, avaient encore un peu de boue et de risibles couteaux dans les yeux. Curieusement, ceux-là étaient plus voûtés que les autres et semblaient plus exténués. C’était comme si leur indomptable mépris les rapetissait et leur suçait le sang. Oui, depuis cinq jours qu’ils me voyaient seule sur ce banc, presque tous passaient deux ou trois fois devant moi, au lieu d’une seule quand Louis était là, près de moi. Cela en disait long sur ce qui germait dans le lait tourné de leur tête. Enfin, c’est ce que je me suis dit.

Après ces cinq jours à toujours attendre Louis malgré son mot, je me suis même demandé un instant si certains de ces hommes au bout de leur âge n’étaient pas pour quelque chose dans la brutale absence de cet homme que, oui, j’assume le cliché, j’ai aimé dès la première seconde, là, assise sur ce banc bleu du square de la Roquette. Le « square des vieilles canailles », comme me l’a confié Louis le premier jour, en me versant ce quelque chose de voilé dans les yeux. C’est là, magnifiquement inexplicable que, soudain collée à un grand calme radieux, j’ai eu cette insatiable faim de toi.

Tiens, me voilà tout à coup à évoquer notre amour en te tutoyant, comme si, le regard frais, tu étais là, ta tête posée sur mes genoux après dix-sept ans de voyage. Oui, mon Louis, c’est donc dans ce « square des vieilles canailles » que pour la première fois, grâce à toi, le soleil a ruisselé dans mon ventre. Et là, bien sûr, que j’ai bu chacun de tes mots sans qu’aucun ne me semble petit ou inutile. Tu parlais avec cette lenteur solide de ceux qui ont appris à polir le silence, à l’entendre peu à peu respirer au plus net, au plus caressant. À t’écouter, je ne pouvais que me blottir contre ta voix, que me laisser border par ce timbre doux comme un duvet. Assise devant toi qui étais adossé contre un cèdre immense et penché, j’attendais que tu te poses enfin sur ce banc et son bleu comme détaché du ciel.

Chaque jour, dans ce square et avec ferveur, j’ai, peu à peu, appris à me délester de mes peurs et, surtout, à ôter de toi le mot « impossible ». Oui, mon Louis, j’ai appris, malgré tes douces et vaines luttes, à te remettre au monde, à t’arracher à la hauteur de tes murs et leur odeur de larmes. À t’arracher, enfin, à ces longs soirs perclus de silence qu’effleuraient parfois, venus de quelques cellules aux lucarnes ouvertes, une toux tremblante, la pudeur d’un râle, ou encore le filet à peine étranglé d’un sanglot.

Et puis, un jour, fébrile comme on peut l’être sur la planche d’un plongeoir au-dessus d’une mer argentée, tu t’es lentement approché au bord ultime et grandiose de l’audace. L’audace d’aimer. Cette audace, d’abord comme un bruissement, un fétu de vent dans la tête. Puis, cette audace soudain comme une urgence sublime, une immédiate perfusion de vie où seul compte le saut dans la lumière. Nous avons été ces cristaux de soleil, mon amour, ces plongeurs affamés de vagues inconnues et gorgées d’écume. Elle était bien loin ta prison Saint-Paul pour vieilles épaves malades et rabotées de la tête. Cette prison où, blême et collé à tant de jours délavés, tu auras été, durant trente-six ans, ce surveillant exemplaire confit dans l’effacement et l’oubli de soi. Cette prison enfin où, logé gracieusement depuis d’anciens faits de bravoure dont seul me parla Morgan Cooper, tu continuas à vivre après ta carrière, comme on dit. C’était ta Légion d’honneur ce petit appartement saturé de gris avec vue plongeante sur le quartier cellulaire, vieille bâtisse aux pierres ridées d’où t’arrivaient parfois, le soir, ces vestiges discrets d’incurables douleurs. Et c’est de cette prison cernée d’odeurs de soupe et d’eau de javel que, retraité à la solitude consentie, tu descendais chaque après-midi au square de la Roquette, juste en contrebas. Là, pendant deux heures, tu retrouvais ces hommes au regard de cendre qu’un fonctionnaire indolent et très pâle avait décollés, comme chaque jour, des murs de leur cellule. Parfois, comme je l’ai déjà dit, certains de ces hommes traînaient leur vide avec un chien fripé au regard mort, un de ces vieux clébards de la prison que, avec dédain, ils tiraient derrière eux comme un jouet inutile. Enfin, troublants, ces hommes épuisés picoraient souvent leur liberté jusqu’à ce qu’ils en soient brusquement saturés. Cela se devinait à leur regard soudain perdu où pointait d’abord l’inquiétude puis, très vite, l’inévitable lueur de l’affolement. C’était l’heure, pour eux, de retrouver ce qui était, peu à peu, devenu la douceur de l’ombre. Ces vieux engloutis, mon Louis, tu les as surveillés pendant des années. Avec patience, tu les as écoutés s’inventer une vie, un amour, un quelque chose auquel certains avaient fini par croire pour rester debout. Parmi eux, il y avait Morgan Cooper, le vétéran, de son vrai nom moins glorieux Maurice Bathouret, 83 ans, condamné à la perpétuité pour parricide. Ça lui allait bien ce nom mystérieux de Morgan Cooper. Il l’avait inventé, comme ça, un après-midi, en parlant aux canards. Il l’avait répété à voix haute pendant plus d’une heure pour que tout le monde se rappelle de ce nouveau nom. Et cela faisait plus de vingt ans que Maurice Bathouret était tombé dans l’oubli.

C’est donc là, dans ce square où, toi aussi, tu traînais ton ennui, mais sans faillite dans les yeux, que je t’ai rencontré. C’était un jour au teint brouillé, un jour avec, dans l’air, une vague odeur d’humus et d’ambre. C’était aussi la veille de mes 19 ans, mais dans ma vie de fille détachée du monde, ce détail n’avait aucune importance. Même chose pour celui de tes quarante-trois années de plus que tu me brandis un jour comme un danger, un funeste bouquet de roses noires et de limaille. Je me souviens, c’était un après-midi après l’amour et toute cette brume épaisse que tu venais de verser dans mes yeux. Pour la première fois, tu me parlais comme un enfant bousculé par la peur, un enfant perdu avec des mots mal fagotés, un enfant lézardé du dedans qui, soudain, m’embrassa lentement les mains, puis les posa longtemps sur ses joues froides et pâles. Tu avais le regard fragile, si fragile, un regard à la lisière du tremblement et prêt à vaciller, à recevoir les larmes. J’ai eu beau, ce jour-là, te serrer éperdument contre moi, et te murmurer à l’infini que toutes ces années entre nous n’existaient pas, j’ai bien vu que ce n’était pas seulement la peur qui te mangeait la tête. Non, « ces années de trop », comme tu les appelais, pesaient si lourd en toi qu’elles t’ont, cet après-midi-là, injecté un subtil et funeste venin. Oui, mon pauvre amour, pour supporter de déserter nos délicieux désordres, tu as choisi le terrible venin de la honte : honte de ton corps laiteux aux muscles chétifs, honte de ce corps que le temps avait déjà commencé à barioler, ici et là, de lentigo et de petits ruisseaux veineux et violacés, honte de ce corps que, près de la fenêtre, tu as regardé longtemps avec dédain. Honte, encore, de ton cri dépecé quand tu as nourri mon île et que tes yeux ne savaient plus où se mettre. Ce jour-là, mon Louis, tes yeux étaient perdus, agités, comme impatients de quitter les miens. Des yeux accablés, en souffrance, ailleurs déjà puisque trois jours plus tard, tu décidas de ne plus jamais revenir au square de la Roquette. Honte toujours quand ton regard s’est brusquement voûté alors que, drapée dans la tristesse et guettée par les sanglots, je te regardais sans rien dire depuis un long moment. Je te l’écris une fois encore, ce n’était ni ton âge ni les tempêtes dessinées sur ta peau que je voyais en te regardant. Je m’en moquais, moi, de toutes « ces années de trop » que, devant moi et le regard en exil, tu portais comme un fardeau, une punition. Non, ce que je voyais, c’était ton amour aux abois, ton amour assiégé de ronces et cette honte ultime : celle, pendant quarante-sept jours, d’avoir osé m’aimer « follement, éperdument, douloureusement », celle d’avoir bravé ce que, dans le fond, tu t’étais interdit de vivre dès cette première fois où tu m’as vue, cette première fois où il y avait dans l’air une vague odeur d’humus et d’ambre.

Non, mon Louis, la honte, la vraie, aurait été que tes yeux ne se posent jamais sur cette jeune femme assise sur un banc bleu, cette jeune femme échappée quelques mois plus tôt de la torpeur et du dégoût, cette jeune femme allongée dans un fourré, la nuit, là-bas, loin, inerte sous le ventre affolé des hommes qui jouissaient en couinant, tandis que leur visage tordu et trempé les vieillissait d’un coup. C’est comme si la mort venait de les lécher, les souiller un peu, leur prendre quelques miettes de vie.

Enfin la honte, mon Louis, la vraie, aurait été que tu ne parfumes jamais ma jeunesse, que tu ne lui mettes jamais en riant de fleurs dans les cheveux, que tu ne la serres jamais contre toi comme un soleil qui réveille le sang, et que tu la laisses noyée dans l’errance, le vide des choses et la vie sale, la vie qui ne compte pas.

Je t’aime à jamais…
Paolina

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JACB · il y a
Ai déjà commenté cette sublime nouvelle.
Vous relire est une petite madeleine même si maintenant les lieux et les personnages me sont familiers, je savoure cette immersion dans votre univers « rompu au rien des jours ». Une bien belle image que celle-ci qui fait partie d’un florilège car votre texte est constellé d’étoiles, les portraits sont acérés et lumineux, toujours ce paradoxe que vous savez cultiver entre laideur et beauté pour tout transcender, amour oblige. J’ai été sensible une fois de plus à la construction de ce texte épistolaire, les indices semés qui d’une dignité ébréchée esquisse une rupture, qui d’une ombre ancre un amour pur rebelle à la vie dézinguée, qui d’une atmosphère sordide et dénudée expurge la lumière voir même la poésie, qui de ses personnages déchirés fait battre un cœur sur le fil du rasoir. Dans cette histoire on prend les gnons, les bosses mais on se love en creux dans l’humanité bouleversante des destins qui inscrit l’absolu dans quarante sept jours de bonheur. Encore bravo Pierrick.

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Blin · il y a
Merci merci merci Jacqueline. Vous faites partie de ces rares lecteurs qui ont aimé ce texte. Vous me touchez. Comme d'habitude.
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Emma A · il y a
J'ai aimé l'écriture. Parfois "trop" mais même le trop m'a plu. L'histoire est déchirante. L'émotion palpable. J'ai trouvé votre texte beau et authentique.
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Blin · il y a
On n'aime jamais trop, je crois, mais, bien sûr, je respecte totalement votre regard. Merci de me parler d'authenticité car je vous avoue que j'ai du puiser très profondément en moi pour écrire ce texte. D'ailleurs, il m'est arrivé de me dire qu'après ce texte là, je pouvais arrêter d'écrire. Et puis, l'appel de l'encre a été le plus fort....
Merci pour votre commentaire doux et poignant.

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Emma A · il y a
Juste une question. Pourquoi la Patagonie ? Je n'ai pas le contexte... Ce doit être pour cela que je me pose la question...
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Blin · il y a
Il n'y a pas de raison particulière pour justifier la Patagonie. j'ai choisi ce lieu car je le connais très bien et qu'il est très inspirant. Il y a un silence très particulier en Patagonie. Un silence qui nous habite et nous apaise.
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Emma A · il y a
Ah ! Un silence plus consistant que celui des côtes d'Armor ou du Finistère ?
Je ne connais pas la Patagonie. Pour moi c'est juste un mot qui me fait rêver

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Blin · il y a
C'est un silence que j'appellerais "solaire". Il y a une lumière dans ce silence là qui semble nous protéger, nous porter vers une sérénité. C'est un silence très impressionnant, comme si l'on renaissait.
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Emma A · il y a
Alors merci de le partager !
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Blin · il y a
Avec grand plaisir !
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Marie Quinio · il y a
Relu avec plaisir ;))
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Blin · il y a
Merci Marie.
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Isa. C · il y a
Comme un torrent glacé en plein coeur de l'été,
Et le souffle coupé, on se laisse emporter
Et puis on reste la, frissonnant, hébété... Merci ❤❤❤❤

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Blin · il y a
A vous lire, je suis sur le chemin des sanglots. Vous me touchez infiniment, Isa.
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Claire Bouchet · il y a
Ouvrons la fenêtre et laissons les volets clos. Laissons la plage aux romantiques. Il n’appartient qu’à eux d’être heureux. Soyons plus que cela : habités, submergés, envahis de vous.
« Rien que Louis », c’est une marche dans votre ciel en 47 jours. C’est une écharpe tricotée main qui, maille après maille, me dit le chemin parsemé d’ornières, de pierraille, de ronces, de sols craquelés ou mouvants qu’il vous a fallu emprunter, du square des vieilles canailles jusqu’au pied de la Cordillère, pour nous conter cet amour au-delà des mots.
Une pause. Juste m’arrêter. Un instant. Me désaltérer à la source de votre respiration. Halte ô combien salvatrice pour reprendre mon souffle. Pour ne pas écorcher mes larmes aux rives de la honte. Celle de Louis. Un Louis au visage sillonné des rides de l’oubli de soi. Les lèvres bâillonnées d’un sparadrap de silence. Interdit d’aimer.
Je poursuis ma route sur le sentier de votre écriture puissante, presque surnaturelle. Une pluie de larmes dévale le rideau de mes joues, puis descend en rappel le long de mon cou. Je ne contrôle rien. Gonflés d’eau salée, les nuages de mes yeux libèrent le trop plein d’émotion accumulé. Je pleure en dedans. Je pleure au dehors.
Ce banc bleu du square de la Roquette, je veux m’y asseoir. Ne surtout pas le laisser orphelin des mains tremblantes du désir de l’autre, du regard qui ose tout en silence. Cet amour, d’une beauté céleste, d’une pureté éclatante, vibre à chaque crissement de votre plume sur la page complice.
Vous nous surprenez, encore et toujours…

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Blin · il y a
Dans les grands moments de solitude où les mots nous tournent le dos, où le coeur n'y est plus, l'on se dit, parfois, que l'on va raccrocher le stylo comme le boxeur épuisé, un jour, décide de raccrocher les gants. Ce sont des moments où la terre tremble sous nos pieds car l'on sait, au plus profond de soi, que sans l'écriture on risque, jour après jour et sans que cela se voit tout de suite, d'avoir peut-être le pire cancer qui soit : celui du rien. Oui, le cancer du Rien, celui qui vous gomme à petit feu, celui qui ne suscite en vous pas le moindre intérêt pour la beauté, pas la moindre petite lueur de joie, pas le plus infime sursaut de vie. Ce cancer là m'a parfois guetté, me lançant ses premières banderilles pour tester ma résistance puis, par je ne sais quelle magie, il finissait par s'assoupir mais toujours en gardant un oeil ouvert au cas où l'envie de mordre le reprendrait. Vous comprendrez donc, chère Claire, qu'en lisant un commentaire aussi lumineux que le votre, je me sais à l'abri de toute récidive du mal. Vous venez de m'offrir là l'antidote au renoncement et c'est, bien sûr, le plus beau des cadeaux que l'on puisse faire à quelqu'un qui, depuis tant d'années, a le plus haut respect pour la beauté des mots et leur infini pouvoir. Un immense merci.
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M. Iraje · il y a
Quelquefois, la puissance des mots est plus forte que le choc des images. C'est le cas ... !
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Blin · il y a
C'est très beau ce que vous me dites la. Merci.
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Alice Merveille · il y a
Bien sûr votre écriture est belle de rudesse et elle vous appartient mais en lisant votre très beau texte j'ai pensé à John Fante...
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Blin · il y a
Chère Alice, Vous me comblez ! En effet, si j'ai eu cette chance de marcher très modestement sur les traces d'un John Fante, alors je crois que je vais continuer encore un peu l'écriture. Merci à vous.
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Alice Merveille · il y a
J'ajouterai, et c'est important, une rudesse mêlée de tendresse...
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Camille Berry · il y a
C'est très beau, empreint de tristesse et si bien écrit. Une écriture poétique et touchante.
J'aime beaucoup!

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Blin · il y a
Merci de m'avoir accompagné dans ce doux et terrible voyage

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