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POURQUOI PAS

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Pierre fut un enfant que l’on dit agréable. Pas contestataire à l’encontre de l’autorité parentale, et bien à sa place entre ses deux sœurs, avec qui il aimait partager leurs jeux. Il n’avait pas beaucoup de camarades de son âge, mais ne s’en plaignait pas. Les jeux et le sport avec ses sœurs lui suffisaient amplement. Doué pour les études, il ne rechignait jamais pour se rendre au collège ou au lycée. Il n’y avait aucune compétition au sein de la fratrie, et cela lui avait permis de s’affirmer dans sa personnalité, sans handicap.

Il était toujours très surpris des préoccupations assidues de ses camarades envers les filles. Il ne comprenait pas ce qui les motivait ainsi. En ce qui le concernait, la vue de la nudité de ses sœurs entrevue dans la salle de bains, lorsque par mégarde il y pénétrait en leur présence, ne lui faisait aucun effet. Mais c’était ses sœurs ! Il n’avait pas encore eu l’occasion de tester sa réaction avec d’autres filles. Quand ce fut le cas avec des camarades de ses sœurs, il n’éprouva aucune gène ou émoi quel qu’il soit. Il en conclue que ses camarades devaient être obsédés, et il n’y pensa plus.

Comme il s’intéressait beaucoup à l’aviation de tourisme, et suite à l’obtention de son bac avec mention, son père lui offrit les fonds nécessaires pour passer son brevet de pilote avions légers. Il s’y attela immédiatement et obtint son brevet de pilote dans un délai record. C’est là qu’il se rendit compte, qu’il éprouvait énormément plus de plaisir, lorsqu’il se trouvait aux commandes d’un Jodel, que dans les bras d’une jolie fille, dans les bals où l’entrainaient ses sœurs.

Sa sœur ainée, quant à elle avait choisi le ski de piste, et gagna pas mal de compétitions, dans cette discipline à cette époque-là. La cadette c’étaient les sciences qui la passionnaient, et elle s’y engagea avec beaucoup de ténacité. Elle pratiquait aussi le ski de piste, mais sans aller jusqu’à la compétition. Il faut préciser que toute la famille pratiquait le ski, sport régional incontournable.

Après les classes prépa, Pierre intégra HEC, filière indispensable pour son avenir dans la société familiale. Tout cela avait été minutieusement organisé par son père. Les filles au conseil d’administration, et le fils dans l’entreprise pour succéder au père dans l’avenir.

A HEC, provincial un peut perdu, Pierre se lia vite en amitié, avec François provincial lui aussi, bien que d’une autre région. Ils étaient du même âge et avaient beaucoup de points communs. François d’origine plus modeste, avait un esprit très vif, et exerça très vite une influence bénéfique sur Pierre. Ainsi naquit un binôme efficace et sympathique dans la promotion.

Pierre commença à éprouver un attachement plus affectueux pour François. Il s’aperçu bien vite qu’il recherchait sa présence, et aimait beaucoup échanger avec lui, sur toute sorte de sujets. Au début François était un peu son grand frère, bien qu’ils soient du même âge ! C’est ainsi que pour Noël, Pierre invita François à venir passer les fêtes dans la maison familiale, où la place ne manquait pas. François fut surpris et émerveillé par l’ambiance familiale, et aussi pour le luxe discret de cette vaste demeure au milieu d’un immense parc.

C’est là qu’un soir après une grande balade en avion, au-dessus des montagnes enneigées, Pierre et François se retrouvèrent-t-ils ensembles dans la salle de bains, pour se préparer avant le diner. Cela était quelque peu exceptionnel, mais ils étaient en retard, et cette solution leur avait convenu à tous les deux. Et c’est à ce moment là que Pierre fit la découverte de sa vie. Alors que la nudité féminine ne l’interpelait pas, il se rendit compte effaré, que la nudité de François exerça sur lui une attirance iresistible. Il se sentit attiré, par ce grand corps musclé, et ne put résister à l’envie qui lui vint, de le caresser. La douceur de sa peau, et juste ce qu’il fallait de toison brune, fut pour lui une révélation. Il allait s’excuser de sa tentation, lorsque François répondit à ses caresses sans aucune retenue. Je t’attendais lui avoua-t-il dans un souffle.

Et c’est ainsi que se concrétisa cet amour entre eux, qu’ils s’efforceraient de garder secret, ne sachant pas ce que leur entourage en penserait. A cette époque, c’était encore un délit. En 1950, « l’homosexualité était présentée comme un problème, et les parents d’enfants homos, recevaient des conseils »

Certains pensaient que la cause de l’homosexualité provenait de mères trop possessives, ou d’enfants trop proches de leur mère. D’autres pensaient que c’était une pathologie héréditaire, ou encore psychiatrique. Dans tous les cas, personne n’aurait osé penser que cela pouvait-être une façon d’être comme d’avoir les yeux bleus ou la peau mate !

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Une fois les vacances de Noël terminées, Pierre et François regagnèrent, tous les deux HEC, pour continuer leurs études. Là dans leurs chambres d’étudiants respectives, ils se sentaient plus libres de vivre leur amour, bien qu’une discrétion absolue fût quand même de rigueur. On ne plaisantait toujours pas avec cela.

A la fin de leurs études, ils furent séparés un temps, Pierre regagna sa famille, et François trouva un emploi dans une autre région. Mais ils trouvèrent vite un moyen pour se retrouver chaque week-end, chez l’un ou chez l’autre. Pierre qui avait quitté ses parents vivait en ville dans un confortable appartement.

C’est à ce moment-là, qu’un différend naquit entre Pierre et son père. Ce dernier avait déjà organisé l’entrée de son fils dans l’entreprise familiale, sans trop lui en parler, partant du principe que cela allait de soi. Mais Pierre refusa, prétextant qu’il n’était pas encore prêt, et qu’il avait organiser sa vie différemment. Il avait prévu d’aller travailler dans un autre domaine. Le transport routier, qui lui semblait une très bonne manière de visiter d’autres entreprises, au cours de ses livraisons. Dans l’hexagone mais aussi à l’étranger, et particulièrement l’Allemagne.
Et cette activité de chauffeur routier allait lui permettre aussi, d’appréhender le monde du travail qu’il ne connaissait pas.

Puis autre avantage non négligeable, il pourrait ainsi accumuler un certain pécule qui lui permettrait de réaliser son rêve. Car il était aussi en contradiction avec son père sur un projet d’acquérir un avion personnel. Au bout de quelques années, il réalisa ses ambitions et se retrouva propriétaire d’un splendide monomoteur très performant. Cela le changea des Jodel de l’aéroclub.

Enfin ayant réalisé ses rêves, Pierre accepta d’intégrer l’entreprise familiale au poste de secrétaire général. Poste qui lui permettrait de gravir les échelons le menant dans le futur, à la direction générale. Mais il avait le temps, son père était encore loin de se retirer des affaires, il y avait même encore son grand-père fondateur, au conseil du surveillance de l’entreprise.

Sa vie sentimentale avec François se poursuivait sans encombre alors que ce dernier venait de convoler en justes noces avec une jeune femme de bonne famille. Et un garçon prénommé Pierre était déjà venu agrandir le cercle familial, du nouveau couple. Pierre était devenu l’ami de la famille et le parrain du petit Pierre.

Puis ce fut au tour de Pierre de trouver une compagne, qu’il épousa en grandes pompes. Un futur dirigeant d’entreprise se devait d’être marié. Bientôt une petite Alice vint apporter une note d’espérance dans le foyer de Pierre.

Voila un quart de siècle plus tard, et une bonne nouvelle, vient réjouir parents et grands-parents. Pierre le fils à François va épouser Alice, la fille de Pierre. Tout le monde se réjouit, car cela faisait longtemps que les deux jeunes gens se fréquentaient.

Après le mariage, Pierre vint rejoindre l’entreprise familiale de son beau-père. Avec sa formation d’ingénieur il intégra la fonction de directeur technique adjoint. Alice quant à elle choisit le commercial, dans l’intention de prendre la direction commerciale, dans l’avenir. L’avenir de l’entreprise était assuré, mais il fallait bien veiller à ce que le marché perdure.

UN peu d’histoire !

Plutarque «...Celui qui aime la beauté humaine, sera favorablement et équitablement disposé envers les deux sexes, au lieu de supposer que les hommes et les femmes diffèrent sous le rapport de l’amour comme sous celui du vêtement ».
Didier Godard « La civilisation celtique se caractérise par une liberté sexuelle dont participent les amours de même sexes »
Rome antique « Cicéron a une femme et un fils, mais aime bien mieux les charmes de Marcus Tullius Tiro, son jeune secrétaire esclave affranchi, favori »



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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Non pas vu, mais je regarderais, merci
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MCV · il y a
"Pourquoi pas" était le titre d'un (très beau) film de Coline Serreau traitant un peu du même sujet. Le connaissez vous?
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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Merci Françoise
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Françoise Mornas · il y a
J'ai bien aimé ce récit qui tient plutôt de la tranche de vie que d'une véritable "nouvelle". Le thème de l'homosexualité, qu'on pressent dès le début, est abordé avec à la fois de la distance et beaucoup d'humanité.
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Dranem · il y a
L'émotion sexuelle passe d'abord par la beauté ... au delà des convenances sociales... mon invitation à rencontrer l'Ogre en lice pour le GP d'Hiver :https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/logre-1
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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Merci pour vos commentaires
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JiJinou · il y a
Vous abordez un sujet bien difficile à traiter sans tomber dans le cliché. Votre histoire est bien narrée, elle se laisse lire sans difficulté. Un peu d'histoire, c'est bien mais est-ce nécessaire ? Je l'ai perçu comme une justification de ce que vous nous avez raconté...Mon j'aime pour le sujet traité et pour votre audace.
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Alain Lonzela · il y a
Un sujet qui aborde la bisexualite. Thème rare et difficile et pourtant bien traité, avec pudeur et sans pudibonderie.
Très beau texte.

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Noels · il y a
J'aime bien. Sincère, sans être militant.
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Daniel Nallade · il y a
Le texte au niveau de la forme est agréable à lire. L'histoire est décrite d'une façon "froide" comme la période du sujet. Une vérité cruelle pour les homosexuelles de ce temps et malheureusement d'aujourd'hui. Ce texte méritait de concourir!
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