Photo d'intérieur

il y a
5 min
73
lectures
13

J'ai deux grandes passions dans la vie ; la danse et l'écriture qui se disputent quotidiennement la 1ère place dans mon coeur. J'adore faire des chorégraphies avec les mots, les rimes.La danse  [+]

L’autre jour, en enlevant la poussière de mes étagères, je suis tombée sur un album photos de poche que j’ai feuilleté par curiosité. J’y avais mis, à l’époque, un assortiment de photos de famille, d’amis, de moi à tous âges, de Sissi et de ses petits. Je me suis attardée sur celle-ci et j’ai fait un bond de 17 ans en arrière. C’est une photo en couleur sur papier mat, aux dimensions normales 10 x 15 cm. Elle a été prise sur le palier devant notre appartement de la cité de Maison Blanche.
Sur la photo, Sissi est couchée sur le coté sur une espèce de couverture beige ou grise. C’était une chienne toute blanche au pelage court, au museau et aux pattes roses, à la gueule fine et allongée. Elle avait les yeux couleurs miel et un regard doux. Elle offrait ses mamelles gorgées de lait à ses petits.
Je me souviens de l’évènement comme si c’était hier. C’était au mois d’octobre, les journées commençaient à se faire plus courtes et les nuits plus fraîches. J’étais en train de jouer avec mon amie d’enfance dans le jardin de la voisine, un pâté de maison à côté de notre immeuble et voilà que j’interpelle Lydia pour lui dire, en rigolant, de regarder Sissi faire ses gros besoins. Puis, je vois une chose bizarre gigoter à l’intérieur d’une petite poche transparente que j’avais prise pour une crotte assez flasque. C’est alors que j’aperçois un petit être, émerger de cette peau. Il est minuscule, tout fripé et mouillé, il a les yeux clos. Je n’ai pas le temps de me remettre de mes émotions, qu’arrive le 2ème, puis le 3ème et ainsi de suite jusqu’au 7ème chiot. Là, je file à la maison à toute vitesse, annoncer la nouvelle à mes parents qui me suivent pour constater de leurs propres yeux mes dires, après quelques réticences tout même.- il faut savoir qu’à cette époque, j’avais beaucoup d’imagination, que j’ai toujours d’ailleurs, mais j’avais du mal à distinguer la fiction de la réalité, et je n’arrêtais pas de raconter des histoires à dormir debout à mes parents, mais surtout à ma mère qui croyait tout. Mon père ne cessait de me mettre en garde contre cette manie de raconter des blagues et m’encourageait vivement à mettre ma fantaisie en pratique, dans l’écriture-. Ils sont aussi attendris que nous -les enfants- en voyant cette chienne essoufflée, épuisée après un tel effort. Sissi était un animal errant que tout le monde avait pris en sympathie sauf quelques sauvages qui avaient une peur maladive des chiens et qui n’arrêtaient pas de lui lancer des pierres. J’ai évoqué cette raison pour obtenir de mes parents, surtout de mon père, la permission de la soigner chez nous. Au début, il était réticent puis s’est laissé convaincre par l’avocate que j’étais pour protéger et défendre Sissi. Il accepta le temps que la chienne reprenne des forces et que ses petits grandissent un peu. Ils étaient adorables, il y en avait de toutes les teintes : un complètement noir avec une oreille blanche, un blanc tacheté de marron, un marron et noir, un tout marron, un blanc et marron, un noir et blanc, et le dernier était la photocopie de sa mère. Il n’a pas survécu car il était trop faible, c’était le dernier de la portée. Mon père et mon oncle l’ont mis dans une boite à chaussures et l’ont enterré dans un champ tout près de chez nous.
Sur la photo, ils sont dodus, en pleine santé et tètent avec gloutonnerie le lait maternel. Nous avions de la chance car notre voisin de palier était quasi toujours absent, donc leur présence ne dérangeait personne.
Je me souviens que ma mère achetait des stocks de coquillettes et des boites de lait concentré et sucré de la marque « Gloria ». Sissi tombait sur sa bouillie présentée dans un saladier en plastic jaune, avec beaucoup de plaisir.
De temps à autre, le mari de Sissi, le mâle montait les quatre étages pour rendre visite à sa progéniture. On aurait dit un basset sur hautes pattes. On l’avait appelé Fox. Il était aussi gentil que sa femelle, mais plus expressif quand même. A l’inverse d’elle qu’on n’entendait jamais, lui aboyait dès qu’un étranger franchissait la limite de la dernière marche du 4ème étage et après avoir passé le mur qui donnait sur notre pallier ce qui en surprenait plus d’un faisant fuir les plus trouillards.
Mon père n’avait pas déterminé de date fixe pour leur départ. Je crois que nous les avons gardés pendant deux mois, jusqu’à la limite du supportable. Mon père devait se lever plusieurs fois par nuit car les chiots commençaient à dévaler les escaliers, descendre les marches, c’était amusant mais les remonter leur était impossible alors ils pleuraient en chœur. Par crainte d’ameuter tout l’immeuble, mon père enfilait sa robe de chambre et les récupérait par la peau du cou pour les mettre contre le ventre chaud et douillet de leur mère. Mais le cirque continua inlassablement. Il prit alors la décision de les placer chez des personnes dignes de confiance qui aimaient les animaux et les chiens en particulier, comme les fermiers chez qui nous achetions le lait frais, ou des amis ou villageois qui avaient des maisons avec du terrain.
Quelques mois plus tard, au milieu du printemps de l’année suivante, la chienne remis cela en mettant bas, 11 chiots au même endroit que la première fois, sous le balcon de l’appartement du ré-de chaussée du pâté de maison à côté du notre. J’eus la même émotion que la première fois, et je réagis pareillement en montant chez moi à toute allure pour avertir mes parents. Ma mère trouva cela très mignon, mon père, par contre non, et stoppa net mon élan en me disant que cette fois-ci, elle resterait là où elle était, car on ne pouvait pas revivre le même cirque que l’autre fois. J’essayai tant bien que mal de trouver des arguments valables pour plaider la cause de Sissi et de ses petits, mais mon père s’y opposa en m’apportant des arguments de taille et de manière irréfutable !!! Il me dit que contrairement à la dernière fois où j’avais raison de m’inquiéter pour elle, d’abord à cause du climat, car c’était l’automne alors que là, c’était le printemps, que les jours rallongeaient, que la température se radoucissait, et argument de taille qui me cloua le bec, notre voisin était revenu. Donc, on ne pouvait plus squatter son entrée et son passage.
Je demandai si je pouvais lui apporter un vieux drap ou une vieille couverture et un peu à manger à Sissi pour qu’elle s’alimente. Il m’y autorisa. Ensuite, je réussi à convaincre d’autres enfants d’installer un enclot avec des bouts de bois et du fil de fer autour de sa niche de manière à la protéger des intrus.
Comme par hasard, Fox réapparu quand Sissi mis bas !!! Il veillait sur sa famille et sur ses maîtres, en l’occurrence, sur moi leur bienfaitrice-puisque c’est moi qui étais à l’origine de leur bon traitement-
Un jour alors que je partais de bon matin au collège, il surgit de l’autre côté du bâtiment en me courant après. Au début, j’eus un peu peur et me mis à courir de plus belle pour lui échapper. Il me rattrapa en me sautant dessus et agrippant mon cartable que je portais sur le dos et me fit tomber en arrière sur la pelouse du jardin bordant les ré de chaussés des petits immeubles qui longeaient mon chemin. En fait, il voulait jouer ou me remercier à sa façon de m’occuper si bien d’eux. Il m’accompagna jusqu’au portail du collège qui était à dix minutes de marche depuis la maison. J’avais beau lui dire ou lui faire signe de partir de crainte qu’il se fasse chasser ou houspiller par les élèves ou par les adultes, mais rien n’y fit. Il resta planté sur ses quatre pattes jusqu’à ce que je disparaisse de son champ de vision pour repartir.
Quelques semaines après, j’appris malheureusement qu’un appel anonyme avait alerté le service hygiène du secteur où nous vivions qui avait envoyé la fourrière chercher Sissi et ses 11 chiots pour être envoyer je ne sais où.
Je vous laisse imaginer ma peine et ma tristesse devant tant de cruauté, car Sissi ne dérangeait personne !!! Il faut croire que si. Nous n’avons plus jamais revu Fox qui disparut par la même occasion, aussi

©® Marie Amina B
13
13

Un petit mot pour l'auteur ? 5 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Momeo75
Momeo75 · il y a
Belle et triste histoire merci pour de l'avoir partager :)
Image de Patricia Burny-Deleau
Patricia Burny-Deleau · il y a
Triste histoire mais si bien narrée !
Image de Marie Amina B
Marie Amina B · il y a
Je crois que c'est parce que, c'est du vécu
Image de Marie Amina B
Marie Amina B · il y a
Merci JPM, mais tu sais, bizarrement, je n'en garde que du bon malgré la fin tragique !!! J'irai jeter un œil à tes épisodes de Ben. Et merci pour ton vote
Image de JPM
JPM · il y a
C'est dur ...
Un souvenir déchirant...
Très bien raconté
Moi j'ai eu un jour une chatte, Minou, sa disparition fut si douloureuse que je n'ai pas pu depuis en avoir un autre.
Je la raconte dans l'un des épisodes de Ben, sur ma page.