Partir en déconfinement : 1re étape, le Mexique - Semaine 1

il y a
15 min
16
lectures
1

PARTIR EN DÉCONFINEMENT Prêts pour découvrir notre voyage du nord au sud de l’Amérique Latine et découvrir ce qu’il en coûte de braver le confinement ? Prêts pour 8 semaines  [+]

le 9 mai à 6:09
France - Mexique

Et voilà, tant pis pour le confinement, nous avons décidé de nous enfuir, décollage de l’aéroport Charles de Gaulle, Frounze, à 12h20, arrivée à Cancún, Mexique, 16h10 (23h10 heure frounzaise), tout est prêt, les hôtels sont réservés tout le long du circuit que nous nous sommes concoctés dans la péninsule du Yucatan, on y a déjà été en 2002 et en 2019, nous avons également visité d’autres régions, pas seulement cette région touristico-balnéaire ensoleillée, mais aussi le Guanajuato, le Querétaro, l’état de Mexico, le Chiapas ; cette fois nous nous concentrerons ici, Isla Mujeres, Valladolid, Rio Lagartos, Izamal, Mérida, Campeche, Uxmal, Bacalar, Cobá ; nous avons choisi de le faire par nous-mêmes, louer une voiture, libres de vagabonder sur les longues routes rectilignes du Yucatan, au milieu de la jungle et des villages indiens tous accueillants et colorés.

Ça n’est pas un petit virus qui en jugera autrement... nous privera de ce magnifique pays et ses magnifiques habitants, je me suis mis à l’espagnol depuis 10 mois, pas pour rien...

Nath et moi on rêve de s’expatrier au Mexique... et c’est pas un covid, même pas frounzais, qui va nous dicter ce qu’on doit faire ; allez, hop, on part au Mexique ! le plus beau des déconfinements !

Donc ce matin, nous plions bagage, tant pis pour vous, les confinés, on trouvera bien un moyen, dussions-nous détourner un vol... décollage de l’aéroport Charles de Gaulle, Frounze, à 12h20, arrivée à Cancún, Mexique, 16h10 (23h10 heure frounzaise).

le 10 mai à 23:11
Isla Mujeres

Nous avons atterri hier en milieu d’après-midi, chaud (ah, cette chaleur salutaire) et ensoleillé, Aeropuerto Internacional de Cancún ; nous avons réservé un taxi qui nous dépose à Gran Puerto prendre un ferry jusqu’à l’Isla Mujeres ; à peine arrivés, nous nous dirigeons vers notre hôtel Villa Kiin, un superbe établissement avec vue sur la mer des Caraïbes, accueil aussi sympathique que le laissaient présager nos nombreux échanges par mail (en espagnol, bien sûr)... on pose toutes nos affaires dans la chambre climatisée et nous nous ruons dehors : village, plage, mer, soleil, piments, téquila, mole, quesadillas, haricots multicolores, día de los Muertes, sourires naturels... Les vacances commencent !

Pour notre premier soir, nous avons été sages, pas plus de 2 téquilas chacun et au lit à 22h... pour nous, il était déjà 5 heures du matin.

Au petit-déjeuner, nous nous rendons à l’hôtel voisin, Cabañas Maria del Mar, table sur le sable sous une couverture végétale : un grand bol de café américano, des tortillas de maïs encore chaudes tapissées d’une sauce pimentée, d’un œuf et de tranches de lard, de la purée de haricots noirs, un peu de guacamole et de la sauce verte : attention à ne pas confondre les deux... la sauce verte c’est bon, mais à la petite cuillère, c’est un coup à faire monter papa sur maman devant tous les clients... (et grossier avec ça !). Une clope pour finir... eh oui, je me suis remis à fumer, 2,3€ le paquet et c’est bon pour le C19 il parait (bon, on se trouve les justifications qu’on veut pour cacher ses vices...) : la farniente peut commencer.

Pour ce premier rendez-vous au Mexique, nous n’avons rien prévu, Isla Mujeres c’est juste pour le plaisir et la détente, un de ces lieux plébiscités par les touristes... mais de touristes, point... nous sommes seuls avec des Mexicains et quelques émigrés équatoriens, péruviens, costaricains ou colombiens... merci covid 19, non seulement t’as redonné du vert à la planète, de la place aux oiseaux et autres mammifères (eh ! les oiseaux, c’est pas des mammifères !), mais en plus tu as intimé aux touristes (chinois, ricains, français, allemands...) de rester chez eux. L’île est à nous, on va pouvoir jeter tous nos déchets n’importe où, casser des branches, déranger la nidification des oiseaux, faire tourner notre diésel de location... ben ouich, sinon ils vont faire comment tous ces bestiaux si on bouscule comme ça leurs habitudes et qu’on les prive du génie de l’homo sapiens ?

Balade, errance, flânerie au travers des petites rues colorées et des commerces chatoyants et bruyants : l’an passé nous étions sur l’île d’Holbox, des fresques sur tous les murs, ici il y en a aussi et des maisons chamarrées, j’aime ces couleurs fauvistes, les peintures refaites régulièrement pour qu’aucun ton ne passe ou ne s’affadisse... Un peu de circulation, des voitures bien sûr, mais surtout des vélos, des motos et des voitures de golf. L’île est coupée en deux, au nord le village, peuplé et couverts d’hôtels et plus au sud un secteur moins étoffé, plutôt réservé aux clubs de plongée et divers autres sports et la plage, mais contrairement à Holbox pas de zone protégée. Isla Mujeres « l’Île des Femmes », consacrée par les Mayas à Ix Chel - dame arc-en-ciel - déesse de la Lune et de la fécondité, est toute en longueur, plus de 7 kilomètres sur seulement 650 m de large, par endroit une cinquantaine à peine ; nous louons une voiture de golf et entamons notre tour, on ne risque pas de s’égarer, il n’y a qu’une route qui longe la côte tout du long ; côté continent des plages de sables blancs, comme sur les cartes postales (on s’en fout un peu des cartes postales), de l’autre, face à l’Océan (la mer des Caraïbes) un rivage plus agité et rocheux, barrière de corail et tout, on décide de faire un peu de plongée, eau transparente (toujours les cartes postales...). Bon... je vais arrêter de jouer le guide touristique, je voudrais pas faire de l’ombre à Cesar, notre guide de l’an passé...

Le soleil est là et les plats pimentés et les refrescos : nous avons lu presque tous les menus des restaurants, pour bien préparer notre soirée. Tard, attablés au bord de la plage, comme tous les gogos (il n’y a que nous comme gogo en fait !) nous regardons le soleil se coucher, oh ! ah ! ooh ! aah ! oaoh ! et puis nous regagnons notre chambre... ça tangue un peu... on n’est vraiment pas raisonnables quand il y a de la téquila ! Arrivés à la Villa Kiin nous nous rafraîchissons à la fontaine de l’accueil, de l’eau glacée dans laquelle flottent différentes tranches de fruits et des écorces : un refresco... Bonne nuit, demain les choses sérieuses commencent (eh ! je vais pas vous raconter ce qui se passe entre nos draps non plus... c’est pas youporn ici !)

le 11 mai à 23:47
d’ Isla Mujeres à Valladolid

À l’heure qu’il est en Frounze, c’est déconfinement ! Nous, on n’est pas concerné, on s’est déconfiné comme des grands, partis au Mexique et on est seul avec les Mexicains (et voilà, stop, on n’en parle plus).

Après un nouveau petit-déjeuner copieux, direction le port, le ferry et nous retournons al Aeropuerto Internacional de Cancún récupérer notre véhicule de location, réservée sur internet et tout c’est bien passé (tous ces gens qui crient aux arnaques sur le web parce qu’ils ne comprennent rien, ne lisent pas tout, ne comparent pas... oui, effectivement Magdalena - elle avait son nom épinglé sur son tee-shirt - nous a bien proposé une assurance supplémentaire, des services supplémentaires... pas difficile d’écouter tranquillement et de décliner avec un grand sourire : « No, muchas gracias »). Nos valises dans le coffre et c’est parti pour Valladolid, 2 bonnes heures sur la ruta 180D. Je conduis lentement et prudemment, j’ai bien saisi que les Mexicains avaient leur propre conception de la conduite : lignes blanches, panneaux-stops ? pour quoi faire, ils ne sont pas aveugles, ils savent se faire des signes... ça roule quelques fois à 3 voire 4 files sur 2 voies, mais ça passe... il faut dire qu’il y a des dos-d’âne artificiels partout, et pas des trucs de tafioles (oh putain, je vais avoir la LGBT sur le dos !), difficile de prendre trop de vitesse sinon la voiture s’envole et les amortisseurs restent sur place : ils sont signalés (à la dernière minute, juste à la hauteur du dos-d’âne) ou pas... En général il y en a un à l’entrée et à la sortie de chaque village et plusieurs autres s’il y a des commerces, une école, un lieu public... ou comme ça en plein milieu de la jungle, même pas une intersection... bon en fait de jungle, ici, ce sont surtout des arbustes et des broussailles. J’avance doucement, on voit plein de choses, des trucs qui bougent entre les feuillages, on sait pas trop ce que c’est, un singe hurleur, un toucan, un tuaclaches, un jaguar ? (ah, au fait Cesar, on ne l’a toujours pas trouvé ton jaguar que tu nous avais promis l’an passé !) Comme on est des aventuriers Nath et moi, à un moment on quitte la voie principale et on emprunte une petite route, je roule encore plus lentement, elle n’est pas en très bon état : on traverse différents villages Ignazio Zaragoza, Xcán, Cocoyol, Catzin et X-Catzin, Chemax, une très belle église de ce style espagnol typique ; nous nous arrêtons, il est 3h, le petit-déj. est loin, on va manger. On repère un snack sympa (je ne suis pas sûr que ça s’appelle un snack...) et on commande, enchiladas au poulet, camarón pour Nath (des crevettes...) et un max de refrescos, on a soif, il fait très chaud et bien entendu une purée de haricots noirs, et pleins de sauces pimentées (c’est pas comme si le plat n’était pas déjà super pimenté, mais on en rajoute ; je l’ai dit plus haut, on est des aventuriers !). Promenade digestive, maisons colorées, rues vides, c’est l’heure de la sieste, on en aurait bien fait une aussi, mais où ? on remonte dans notre Chevrolet : Xalaú, Tikuch et enfin Valladolid. Nous y sommes déjà venus 2 fois : je ne sais pas pourquoi, mais on adore ce coin, son ambiance un peu surannée d’ancienne ville coloniale, par endroit on croirait presque qu’on va tomber nez à nez avec Don Diego de la Vega (ben oui, Zorro !). El centro de la ciudad, les rues sont colorées de ces teintes dites par les incultes « criardes », toute la palette et enfin la Plaza e Parque Francisco Canton, comme dans nos souvenirs, une grande place rectangulaire entourée par la mairie, des commerces, notre hôtel, Meson del Marques et en face l’église San Servasio. Au milieu de tout ça, un parc, il est 18h, ça commence à s’animer, les vendeurs ambulants s’installent, tortillas, colifichets, artisanat maya, glaces, fruits frais... Au fur et à mesure que l’après-midi puis la soirée avancent nous allons assister à un gigantesque concert d’oiseaux : on ne les voit quasiment pas, mais on les entend, on ne peut même plus se parler (arrête d’exagérer Didier, t’es pénible !). Je me gare dans le parking à l’arrière de l’hôtel, je vais ouvrir le coffre pour prendre nos valises, tiens, je ne m’en étais pas aperçu à l’aéroport, il y a un truc de démis sous le capot du coffre... si je ne le replace pas, on va nous le compter au retour, une petite trappe, certainement pour accéder à l’essuie-glace arrière, j’essaie de la remettre, je ripe, elle me reste dans la main et là, il y a une dizaine de sachets qui tombe au sol ; je me baisse pour les ramasser, pas du genre à laisser nos déchets par terre, dedans, il y en a un d’entamé, des médocs, drôle d’endroit pour les ranger... je les jette dans une poubelle à proximité, je ferme la petite trappe (une trapette ?) et enfin on se rend à l’accueil. On réserve une table dans le restaurant gastronomique de l’établissement : c’est là, l’an passé que j’avais mordu comme un seul homme dans ce que je croyais être une cerise, un bigarreau bien noir et dodu posé sur mon plat... j’avais oublié que nous étions au Mexique... c’était un habanero, l’un des piments réputés le plus fort du monde, même les Mexicains s’y attaquent avec circonspection, moi je l’avais enfourné en entier dans la bouche et j’avais croqué : je me suis tout de suite rendu compte que ça n’était pas une cerise, ça avait bon goût et 2 secondes après il y avait un flic qui m’avait lancé une lacrymo dans les gencives, sur la langue, sur le palais... j’ai dû devenir tout rouge ou tout blanc, de la fumée m’est sortie des naseaux et de la gueule, je me suis mis à courir comme le coyote des Looney Tunes ; j’ai eu beau recracher ce que je n’avais pas encore avalé, trop tard, j’ai perdu 10 litres d’eau en quelques minutes, sueur, salive, glaires, larmes. Cette année, on ne m’y reprendra pas.

Pour attendre le dîner, promenade sur la place, nous nous installons sous les arbres dans un banc pour amoureux, c’est ici que nous les avions découverts en 2002 avant qu’on en trouve un peu partout aujourd’hui, 2 sièges attachés l'un à l’autre en vis à vis.

le 12 mai à 23:59
Valladolid

Valladolid à nous trois ! On commence par un très copieux breakfast, purée de haricots, piments et tout, même de la brioche et du beurre ! Il fait déjà chaud, 26 ou 27°, il ne pleut pas (ah, ah, ah, il parait que dans le pays des déconfinés, il pleut... y z’avaient qu’à pas se déconfiner, ça leur apprendra !). Allez, on va visiter (on est aussi là pour ça), direction el Convento y iglesia San Bernardino de Siena : un des plus anciens couvents franciscains, à l’époque où les Européens venaient apporter leur admirable culture catho aux « sauvages » ; en tout cas ça fait un très beau monument, une partie un peu en ruine au milieu d’un magnifique parc arboré ; désormais c’est un musée... on entre, 30 pesos par personne (environ 1,5 €), essentiellement des collections du patrimoine local, espagnol et maya (les sauvages en question). Et puis on va se promener dans le jardin, à la recherche du cénote... ah ! qu’est-ce que c’est que ça un « cénote » ? un animal, une spécialité gastronomique à base de tarentules, une marque de téquila (ils pensent qu’à manger et à boire ces deux-là !) : non c’est une piscine... enfin, pas tout à fait, c’est une cavité à ciel ouvert ou souterraine creusée naturellement et dans lequel s’écoule et s’accumule de l’eau pure, transparente, je recommande l’expérience d’une descente en rappel dans une grotte, 50 mètres plus bas et plongée dans la pénombre ; l’eau était tellement limpide et cristalline qu’on en voyait le fond, qui selon notre guide était à plusieurs dizaines de mètres, c’était en 2002, magique. Un escalier rudimentaire mène à la réserve d’eau au-dessus duquel une large trouée dans le sol amène la lumière, l’impression qu’elle se déverse. Ni une ni deux, on ne s’est pas tartiné de crème solaire (il faut éviter, pas besoin de tout polluer non plus), on ne garde que notre maillot de bain et on plonge... elle n’est pas froide, mais comparée à la chaleur ambiante ça saisit ; on nage dans la grotte au milieu des lianes qui descendent et viennent se désaltérer, on sent quelques poissons nous filer entre les jambes. Quand on ressort, quelques minutes au soleil, on est sec. Il est déjà 14h, on a repéré un resto sympa, on s’attable et on commence par une margarita (pour moi), un mojito pour la p’tite dame (eh oui, ils ne pensent bien qu’à manger et à boire).

L’après-midi nous allons à Ek-Balam, à une trentaine de kilomètres, un site archéologique maya, un autre (je dis un autre parce que l’an passé on en a visité beaucoup, Téotihuacan, Palenque, Xpuhil, Calakamul et les inévitables Tulum et Chichén Itzá, sans compter Cobá en 2002, on ne s’en lasse pas) au cœur de la jungle. À la sortie, nous nous dirigeons vers le cénote de X-Canché ; des activités (tyroliennes, descente en rappel, etc.) sont proposées... on n’est pas là pour rien faire.

Et puis on rentre sans se presser ; pas facile de pénétrer dans le parking de l’hôtel, un gros con prétentieux (un français, un ricain, un chinois ?) avec son énorme 4x4 (inversement proportionnel à la taille de sa queue - désolé d’être vulgaire, mais il faut savoir exposer la vérité toute nue) s’est posé comme une plâtrée d’excréments à l’entrée, déborde de partout, il faut manœuvrer pour s’engager alors que le reste du parking est quasiment vide ! en plus le mec (on n’en sait rien si c’est un mec, ça peut aussi être une blonde style sœur à Trump) ne voit pas à quoi sert une poubelle, il y a plein de sachets par terre devant sa portière, les mêmes que ceux que j’avais trouvé hier dans le coffre, bizarre... on ne va pas s’énerver pour un/une homo/femmo sapiens de base non plus !

On finit avec quelques bons shots de téquila.

le 13 mai à 22:18
de Valladolid à Rio Lagartos

On abandonne Valladolid pour Rio Lagartos, un village de pêcheurs situé au bord d’une lagune près du Golfe du Mexique, une gigantesque réserve d’oiseaux et, dans la mangrove, des crocodiles.
On se paye une excursion dans la réserve naturelle. Des flamands roses (en fait, ils sont plutôt oranges), des pélicans qui plongent comme des obus, des hérons, des cormorans et des dizaines d’autres ; les crocos ne sont pas loin non plus, des jeunes et des très (très) grands, qui n’hésitent pas à s’approcher du bateau... on fait quoi s’ils décident de venir nous regarder de plus près. Notre guide, dès qu’il en voit un, le frôle... d’un seul coup, on fait plus trop les malins... genre tremper une main pour tester si l’eau est bonne... Il y en a un qui est resté plus longtemps que les autres, ses deux petits yeux émergeant à peine de la surface de l’eau nous observant attentivement : « par lequel je commence pour l’apéro ? » et puis il a disparu, pas vu où... sous le bateau ?

Après une balade de presque 2 heures, nous rentrons. Pas grand-chose à faire ou à voir dans le village même, mais c’est tellement agréable de flâner dans la chaleur, s’arrêter boire un refresco... le problème, ça va être ce soir : qui dit village de pêcheur dit... restaurant de poissons... Nath en salive d’avance, moi, ben pas trop, le poisson j’aime pas, j’ai jamais aimé ça, du plus loin que je remonte dans ma mémoire ; les séances de torture que ma mère m’infligeait tous les vendredis, poisson pané, je le mangeai avec mon dessert pour faire passer le goût, mais à la fin il n’y avait plus de dessert et toujours plein de poisson et je restais attablé jusqu’au milieu de l’après-midi, pas question de sortir de table tant que mon assiette n’était pas vide... jusqu’au jour où j’ai tout vomi dans le plat... Mes parents ont compris qu’il n’y avait rien à faire et n’ont plus essayé de m’empoissoner. Devenu adulte, j’ai réessayé d’y goûter... ben non, toujours pas, poissons, crustacés, fruits de mer, rien à faire... Si vous voulez m’inviter au restaurant et que ça ne vous coûte rien, vous prenez un grand plat de fruits de mer pour vous et moi, pas la peine de me commander quoi que ce soit, d’un seul coup, j’aurais plus faim... Économies garanties. Le soir, pendant que Nath se gavait d’un tas de trucs chelous j’ai fait mon végétarien.

De retour à l’hôtel, une surprise nous attendait : mal garé devant la porte, le pick-up prétentieux de la veille, le même, je ne sais plus quel détail me l’a confirmé... Il nous suit ou quoi ? Juste comme ça, sans raison j’ai noté son immatriculation dans un coin de ma tête...

Et puis téquila et au dodo (non, toujours pas de récit osé de nos nuits mexicaines !!) (je suis pas un conducteur de 4x4 non plus !)

le 14 mai à 23:40
de Rio Lagartos à Izamal

C’est parti pour notre prochain lieu de séjour, « la plus belle ville coloniale du Yucatan » dit le guide : Izamal à 160 kilomètres de Rio Lagartos, ruta 295 jusqu’à Tizimin, puis ruta 176, Sucilá, Buctzotz, Temax, Dzoncavich et c’est là, sur cette dernière portion de route qu’il nous arrive un truc... un drôle de truc... Je demande à Nath de m’allumer une clope, au moment où je veux la prendre, dos-d’âne, boum, je la fais tomber, elle roule, allumée, sous le siège, Nath défait sa ceinture (on doit être à peu près les seuls au Mexique à mettre notre ceinture), se penche, trouve ma clope et ramène... une liasse de billets. Pas une liasse énorme, mais quand même ses 2 centimètres d’épaisseur. « Jackpot ! » elle crie et m’agite sa trouvaille sous le nez. Passé le moment d’euphorie, on atterrit, qu’est-ce qu’une liasse de billets comme ça fait dans la voiture ? un précédent... le précédent loueur qui l’a oubliée ? Ça n’est pas le genre de truc que l’on perd ou que l’on oublie ! Je m’arrête sur un bas-côté plus ou moins stabilisé :
- Y’a combien à ton avis, je lui demande, ne perdant pas encore le nord
- Je ne sais pas... mais qu’est-ce que tu crois que c’est ? me répond Nath
- Ben j’en sais rien... c’est de l’argent, non ?
- T’es con !
- Bon, combien il y a ?
Nathalie compte, il ya différentes coupures, des billets de 50 et de 100 $ et aussi quelques pesos mexicains ; une fois les conversions faites on arrive à 6700 € et des poussières...
- Qu’est-ce qu’on en fait ?
-...
- De toute manière si ça a été oublié par un client, il a dû revenir à l’agence réclamer si on n’avait rien trouvé... on n’y touche pas et quand on rendra la voiture, si on nous demande quelque chose ou si ils nous téléphonent on dira qu’on les a découverts...
- Et si ils nous demandent rien ?
- Et bien on les garde ! Ça fait un voyage au Mexique gratuit !
Je suis pas malhonnête, mais je ne suis pas non plus honnête à outrance, on va pas allez les donner dans un commissariat ou je ne sais quoi, au risque que de toute façon son propriétaire ne les retrouve pas. Nous faisons ce qu’il y a de mieux à faire pour le moment, nous allons ranger la liasse dans une de nos valises... et on repart, j’ai hâte d’arriver à Izamal.

Izamal donc, hôtel Rinconada del Convento... eh oui il y a aussi un couvent juste devant l’hôtel, tout jaune, c’est magnifique, presque irréel et les rues à proximité sont toutes peintes de la même teinte... l’impression d’avoir plongé dans un océan de jaune ; Izamal est surnommé la ville jaune du Yucatan. À l’entrée d’Izamal, nous avons aperçu un cimetière, les tombes également étaient jaunes et rose fuchsia, bleu turquoise, vert émeraude, rouge vermillon... une toile grandeur nature de Matisse ou du premier Kandinsky... Tout ça est tellement beau que nous en oublions nos billets et nous dépêchons de plonger dans les rues, comme des touristes de base, on prend des milliards de photos... ouiii... peut-être pas « des milliards »... mais pas loin... j’aurais envie d’aller lécher les murs, parfum mangue ? Pour visiter, il y a des calèches attelées, même le cheval est tout jaune, des pompons partout... au moment de payer la course, on n’a pas assez de monnaie :
- Tu vois, on aurait dû prendre la liasse, me dit Nath...
Encore plus malhonnête que moi la bradroite de Préfet (enfin, juste un bout de bras...) ! Je ris jaune et je me dirige vers un distributeur de la Banamex avec ma carte Revolut, je me dis qu’effectivement c’est con de puiser dans nos réserves vu tout ce qu’il y a dans une des valises...

Tout ce jaune m’a donné faim... j’ai envie de manger jaune (non ! pas chinois !, jaune) : poivrons jaunes, maïs jaune (mais ils en ont aussi de toutes les couleurs par ici), tortillas, piments jaunes, haricots jaunes, poulet jaune, mangue, banane, ananas, citrons jaunes (on en trouve au Mexique ? le pays du citron vert), jonquilles (ça se mange ?). Le soir, au lieu de boire bêtement une (une ?...) téquila, je prends des palomas, cocktails à base de téquila et de jaune... est-ce que je vais chier jaune ?

le 15 mai à 21:47
d’ Izamal à Mérida

J’ouvre un œil dans le jaune du lever de soleil, il donne à plein sur les façades du couvent qui se reflète sur la nôtre, il y a une lumière jaune qui filtre par la fenêtre jusque sur l’oreiller de Nath (elle dort encore...), révélant encore plus son côté Boucle d’Or. Au buffet je commence par 2 œufs, pour le jaune, bien sûr, je demande à l’accueil si on peut payer en pépite d’or (jaune toujours) et nous partons. Nous rejoignons la capitale du Yucatan : Merida. Je me suis bien fait à la conduite mexicaine, j’ose même doubler sur des lignes... jaunes. Comme on va rester 48 heures à Mérida, on n’est pas pressé, je roule encore plus lentement que d’habitude, les camions, d’énormes monstres, me dépassent, ligne, pas ligne jaune ou de n’importe quelle autre couleur. Bizarrement on n’a pas reparlé de notre trouvaille de la veille, mais en chargeant la voiture au départ, j’ai regardé partout, il y avait peut-être d’autres liasses ? Ben non, presque déçu...

Depuis 15 mn il y en a un qui nous suit, il ne nous double pas, il aurait plutôt tendance à nous coller... un gros 4x4 noir aux vitres teintées... Au hasard de la route, nous nous arrêtons pour faire le plein. Machinalement je regarde le véhicule qui était derrière nous nous dépasser, son immatriculation... c’est celle de celui de Valladolid. J’ai un drôle de sentiment qui me traverse l’esprit, je ris jaune...

Enfin Mérida, nous descendons dans une chambre d’hôte, La Pantera Negra, un gite qui fait aussi galerie d’art, tenue par un propriétaire très sympathique qui parle très bien le français, zut, je ne peux pas continuer à tester mon espagnol, il est d’origine canadienne, mais pas l’accent québécois non plus... il nous destine sa chambre... Yellow... on va faire une indigestion... Comme nous finalisons notre réservation, une immense fille blonde entre... le genre... eh bien le genre t’as la langue qui dévale de la bouche jusqu’à hauteur du nombril (« mais non Nath, je l’ai pas regardée... non, j’ai pas les yeux exorbités... mais oui, elle est moins bien que toi... juste un peu plus grande... aïe, aïe, non pas sur la tête... »), elle est court vêtue, très court (« tu vois que tu l’as regardée ! »), un décolleté... (« aïe, aïe, non pas avec ton sac !...) J’en étais où ?... ah oui la fille... euh non, pas la fille... la chambre Yellow... putain, c’est pas de tout repos le Mexique... En sortant, douche froide : le 4x4, le fameux, est garé (mal, très mal, il obstrue en partie la rue, calle 67 - les Mexicains ne s’embêtent pas trop avec les noms de rue, c’est comme aux US, elles sont numérotées) devant La Pantera Negra ! Là, ça devient lourd ! Si ça se trouve, le conducteur, c’est la blonde...

On peut partir à la découverte de Mérida, une petite ville (à peine 800 000 habitants, donc pas une grande ville selon les normes du Mexique où en dessous de 500 000 c’est juste un gros village !) moitié moderne (petite moitié) - moitié... eh bien, moitié mexicaine : couleurs, architecture coloniale, églises baroques hispaniques... Un premier tour comme ça, sans buts précis, se laisser imbiber par l’ambiance, repérer, on visitera demain, c’est pas ce qui manque. Première constatation, il faudrait pouvoir rester là une semaine. Deuxième constatation, c’est ici, à Mérida, qu’on imagine s’installer au Mexique, c’est bien vu...
1
1

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !