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Chaïma Miyla

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Anissa, mère orpheline

Je sortais de la cuisine. Soukayna était sous la douche. J’allais ouvrir la fenêtre de sa chambre pour aérer. J’en profite pour regarder en bas, dans le parking. Le fils de Mme Layoud est en train de jouer au foot sur le terrain avec ses amis que j’ai l’habitude de voir en bas de notre immeuble sans savoir exactement qui ils sont. Je prends un drap et commence à le secouer par la fenêtre.
Soudain, Soukayna m’appelle de la cuisine.
- Maman ! Quand est-ce qu’on mange ?
- J’arrive, mon trésor !
Soukayna a six ans. J’en ai vingt-trois. Le type avec qui je l’ai eue, un parfait inconnu rencontré le jour de mes dix-sept ans dans une boite de nuit, m’a quittée le lendemain de notre rencontre. Et le mois suivant, j’ai appris que j’étais enceinte.
Maman a voulu que j’avorte. Mais j’ai gardé Soukayna dans mon ventre et aujourd’hui, je ne regrette pas de l’avoir fait. J’ignore ce qu’aurai voulu Papa.
Papa est mort il y a douze ans, déjà.
Il était médecin, brillant et homme de bien. Tout le monde le voulait comme médecin traitant. Et tous les médecins le voulaient pour ami. Et moi, j’ai eu la chance de l’avoir pour père. Jusqu’au jour de sa mort.
Une mort bien mystérieuse, d’ailleurs.
C’est sa secrétaire, Mlle Laffont, qui l’a retrouvé mort dans son cabinet avant même qu’il ne reçoive aucun malade. Et je me rappelle très bien qu’en partant le matin, il m’a embrassée et m’a paru tout à fait normal. Il n’avait ni l’air préoccupé, ni inquiet. Et il n’avait aucun ennemi.
Il a quitté l’Algérie au moment de la guerre, justement pour protéger Maman.
Au fait, nous sommes en juin 1994, à l’heure où je vous parle. Et Papa a quitté l’Algérie en 1960. Il a épousé Maman en 1965. Et je suis née en 1971.
Papa est mort en 1982. J’avais onze ans quand il est mort. Et jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais su pourquoi.
Je fis manger Soukayna et je lui racontais une histoire pour l’endormir. Une fois qu’elle s’était bien endormie, je m’installais devant la télé lorsque mon téléphone vibra. J’avais reçu un message.

De : Maman

Sujet : cv je te dérange pas

Je lui répondis que non. Elle m’envoya un autre message.

Y faut que je te parle. C urgent

Le lendemain, j’allai voir Maman après avoir emmené Soukayna à l’école du quartier (j’habite à Saint Priest, dans un T2). Je la retrouvais au parc de Parilly, assise seule sur un banc. Je m’installais à côté d’elle après lui avoir fait la bise. Elle me prit la main.
- Anissa, me dit-elle, je... il faut que je te parle.
- Je sais, Maman, répondis-je en souriant, tu me l’as déjà dit par message hier soir.
- J’estime que tu es assez grande pour le savoir par toi-même.
- Pour savoir quoi ?
- J’aurais peut-être dû t’en parler bien avant mais je ne savais pas si tu étais prête à apprendre ça...
A apprendre quoi ? Ça commençait un peu à m’inquiéter.
- Enfin... il n’y a rien de bien grave, reprit-elle, c’est juste que c’est un peu compliqué...
- Maman ! S’il te plait, dis-moi !
- Ça concerne ton père.
Mon cœur se resserra.
- Il t’a laissée une lettre.
Elle me remit une lettre. Je la pris et je la dépliais. Une lettre de Papa.

Anissa ma fille,

Quand tu liras cette lettre, que ta mère te remettra de ma part, quand elle jugera que tu pourras la lire, je serai sans doute mort depuis bien longtemps. Je te lègue la somme de vingt-cinq mille euros, que j’ai pu ramener d’Algérie et que je voulais te donner depuis longtemps mais seulement au moment où je saurai que tu la dépenseras à bon escient.
Sache aussi que tu es la meilleure chose qui me soit arrivé

Ton père, Nasreddine Chalfi

PS : même dans l’au-delà, je t’aime

Je me retins de pleurer. Je me tournais vers Maman.
- Pourquoi ne pas m’avoir donné cette lettre plus tôt ?
- Nasreddine voulait être sûr que tu seras assez mature au moment où tu liras cette lettre. Et le fait d’être tombée enceinte à dix-sept ans, ça n’a pas facilité les choses.
Je n’ai pas pu m’empêcher de poser la question qui me tourmentait depuis trop longtemps déjà.
- Comment est mort Papa ?
- Il s’est suicidé.
- Pourquoi ?
- Ça, je ne le sais pas. Seul ton oncle Omar le sait.
- J’ai un oncle ?
- Oui. Omar Chalfi, le petit frère de ton père.
- Comment se fait-il que je ne le connaisse pas ?
- Omar est resté en Algérie. Ça fait seulement un an qu’il est à Lyon.
- Tu le connais, toi ?
- Je l’ai vu quelques fois.
- Comment est-il ?
- C’est un homme charmant, loyal et bon camarade. Je pense que si je n’avais pas épousé ton père, c’est avec lui que je me serai mariée.
- Où est-ce que je peux le rencontrer ?
Maman me fait un sourire.
- Je savais bien que tu me poserais un jour cette question.
- Maman ! Où ?
- Je te donne son numéro. A toi de voir ensuite avec lui. D’aller à la rencontre de ta famille.
Maman me donna le numéro de Tonton Omar. Un oncle dont je ne soupçonnais même pas l’existence.






1. Tonton Omar

Une fois que je quittai Maman, vers midi, je rentrai chez moi et téléphonais deux fois sur le numéro de Tonton Omar. Deux fois, je tombe sur sa messagerie. Je suis laisse un SMS.

A : Omar Chalfi

Sujet : Bonjour, j’aurai souhaité vous rencontrer. Je suis votre nièce, Anissa Chalfi. Merci de me recontacter à ce numéro. Bonne journée, au revoir.

A 16h 30, j’allais chercher Soukayna à l’école. Une fois de retour à la maison, je l’aidais à faire ses devoirs. Elle avait un exercice de maths.
- Soukayna, lui dis-je, réfléchis. Concentre-toi. La racine carré de 16, c’est combien ?
- Je ne sais pas, Maman.
- Fais-le avec tes doigts. Regarde. 16, t’enlèves 4 à chaque fois. Et il te reste zéro. Ça veut dire quoi ?
- C’est 4 ?
- Oui. Tu vois, quand tu veux.
Soudain, mon portable sonne. Je cours pour aller décrocher. C’est Tonton Omar qui me rappelle.
- Allô Anissa ?
- Oui, c’est moi. Monsieur Chalfi, je...
- Appelle-moi Omar. Je suis ton oncle.
- D’accord. Omar, je... j’aurai voulu vous parler.
- Tu peux me tutoyer. Enfin, Anissa, on est de la même famille.
- D’accord, désolée. Je voulais te parler. C’est un peu difficile à dire mais...
- Mais quoi ?
Je vais dans la cuisine et ferme la porte pour ne pas que Soukayna m’entende. Elle est trop petite pour entendre le sujet de notre conversation.
- J’ai vu ma mère, ce matin. Yasmine Chalfi.
- Oui, je la connais. Elle m’a parlé de toi.
- De moi ? Ah... en fait,... comment dire...
- Dis-moi ce que tu veux dire. N’aies pas peur des mots. Je suis ton oncle.
- Bien. Ma mère m’a appris que mon père s’est suicidé il y a douze ans. Et que tu es le seul à savoir véritablement pourquoi.
- C’est vrai. Tu voudrais que je te voie pour en parler ?
- Si c’est possible, oui.
- Que fais-tu demain matin ?
- J’emmène ma fille de six ans à l’école, mais ensuite je n’ai rien de prévu.
- Bien. Dans ce cas, retrouve-moi au parc de Gerland demain à dix heures pile.
- D’accord. Merci, Omar.
Je raccrochais. Juste à temps, il me semble, car Soukayna entre dans la pièce.
- Avec qui tu parlais au téléphone, Maman ?
A-t-elle entendu ? J’espère que non.
- Avec... avec ta grand-mère.
- Elle va bien ?
- Oui. Elle t’embrasse.
- Je peux lui parler ?
- Elle a des invités. Tu la rappelleras demain.
- D’accord Maman.
Je m’accroupis et prend ma fille dans mes bras. J’ignore dans quoi j’étais en train de me lancer. Mais parfois, la recherche de la vérité mérite de courir des risques. Quels risques ? Je vais juste voir mon oncle. Mon propre oncle. Pour parler de mon père. Ça n’engage à rien. Mais je n’étais pas tranquille. Je ne savais pas pourquoi, mais je n’étais pas tranquille.
- Je t’aime, Soukayna, dis-je à ma fille.
- Moi aussi je t’aime, Maman, me répondit-elle.
Je la serrai dans mes bras.


***


Le lendemain, après avoir déposé Soukayna à l’école à 9h, je pris le bus (car je n’ai pas de voiture), jusqu’à Grange-Blanche où je pris le métro jusqu’à Saxe-Gambetta où je pris un autre métro jusqu’à Gerland. Je marchai jusqu’au parc.
A part quelques sportifs venus faire leur jogging, il n’y avait pas beaucoup de gens. C’était un mardi matin.
Seul un homme assez grand, cheveux gris, une petite moustache grise, la cinquantaine, vêtu d’un jean et d’un complet bleu, coiffé d’un chapeau de pêcheur, était assis sur un banc. Je me dirigeais instinctivement vers lui.
Je ne m’étais pas trompée. C’était bien lui, Tonton Omar. Il me fit signe de m’asseoir.
- Je suis heureux de te voir enfin en face à face, Anissa, me dit-il. Je suis ton oncle Omar.
Je m’assis à côté de lui.
- Enchantée, Omar.
- Tu voulais parler de ton père ?
- Oui. Ma mère m’a dit que vous êtes le seul à savoir pourquoi il s’est réellement suicidé.
- Anissa... je suis désolé de devoir t’annoncer ça, mais si ton père s’est suicidé, en réalité... je crois bien que c’est de ma faute. C’est à cause d’une lettre que je lui ai écrite.
- Que disiez-vous dans cette lettre ?
- Comme Yasmine a dû te le dire, ton père était mon grand frère. Il a quitté l’Algérie un peu avant la fin de la guerre. Mais moi et mes parents, on est resté. Et nous avons été attaqués. C’est ce que je lui ai annoncé.
- Racontez-moi cette histoire.
- Je veux bien. Tu es assez grande pour l’entendre, maintenant.


***


Comme tu t’en doutais, Anissa, la Guerre d’Algérie était une guerre civile terrible. On ne savait plus à qui se fier. Or, un des principaux représentants du FLN dans notre village, Chelghoum El Aïd, a été dénoncé par un harki, voisin de nos parents.
On vivait ensembles, moi, mes parents, mon frère - et celui de ton père - et notre sœur. J’étais le plus petit. J’avais quatre ans, à l’époque.
Mais bon, je m’égare, là.
Le FLN est venu de nuit dans notre village pour se venger de celui qui les avait trahis. Ils ont défoncé la porte de la maison de Yacine et ils l’ont pendu avant de s’enfuir.
Il n’aurait pu y avoir qu’une seule victime si seulement les soldats français n’avaient pas vu les guerriers du FLN quitter le village.
Ainsi, avant l’aube, un commando de soldats français sont arrivés en armes et ont fait une rafle dans le village. Ils ont désignés vingt coupables et les ont fusillés sur la place publique. Or, nos parents étaient dans ce lot de coupables désignés. Ils ont été fusillés.
C’était quelques mois avant la fin de la guerre. Mais c’était fait.
Et comme tu devais t’en douter, Nasreddine avait décidé d’oublier tout ça. Il a commencé ses études de médecine, a décroché des diplômes, a vécu heureux avec Yasmine, puis avec toi. Il n’était pas au courant du drame qui s’était joué.



***


Je tressailli.
- Omar... lui dis-je. Cette lettre. C’était... tu...
- Oui, me confirma-t-il tristement. C’était mon frère, je lui devais la vérité. Et je lui ai écrit pour lui annoncer la mort de ses parents.
- Mais, dis-je, c’était en 1962 ?
- Oui.
- Et tu lui as écrit cette lettre en 1982. Vingt ans après. Il a ignoré la mort de ses parents comme ça pendant vingt ans ?
- Eh bien, m’avoua-t-il, ma sœur Zohra lui a rapporté la nouvelle en 1963 mais il ne l’a pas cru. Mais ma lettre, par contre, il l’a cru.
- Pourquoi est-ce qu’il n’a pas cru votre... sa sœur ?
- Pour tout dire, Nasreddine et Zohra ne s’appréciaient pas beaucoup. Enfin, ce n’est pas qu’ils ne s’aimaient pas. Mais ils ne s’entendaient pas beaucoup. Et Nasreddine a cru que Zohra voulait lui faire peur. De ce fait, il ne l’a pas cru. En revanche, moi, il m’a cru.
- Mais il n’est jamais retourné à Chelghoum El Aïd pour voir ses parents ?
- Jamais. Il ne voulait plus revoir l’Algérie. Et à l’époque, il n’y avait pas ces moyens de communication que l’on a aujourd’hui pour communiquer à l’étranger. Skype. Facebook. Il n’avait pas ça, lui.
- Je vois...
Si je comprends bien, tout ne s’arrête pas là. Il me reste encore à voir ma tante Zohra. Elle a des choses à m’apprendre, elle aussi.
- Omar, repris-je, j’aimerai beaucoup voir ma tante Zohra. Déjà, pour la connaître, et ensuite parce que je me dis qu’elle pourra toujours m’en apprendre plus long.
- C’est vrai, me répondit-il, je veux bien t’emmener chez elle. Mais c’est un peu loin, à Grenoble. Si tu veux, je t’y emmène samedi.
- Aujourd’hui, ce n’est pas possible ?
- Non, je regrette. Je travaille dans une heure.
- Tu travailles ?
- Oui.
- Où ?
- Dans la sécurité. Je dois surveiller un chantier dans le quartier. Et je ne serai en congé que samedi.
- Il faut pourtant que je vois Zohra avant.
- Si tu veux, je peux demander à des amis s’ils veulent t’y conduire mais je ne suis pas sûr qu’ils acceptent.
- Demande-leur quand même.
Ainsi, Tonton Omar alla frapper à la porte de l’appartement d’un de ses amis, un ouvrier nommé Souleymane. Nettement plus jeune - d’une trentaine d’années, je dirai- ce jeune homme en survêtement accepta de me conduire à Grenoble.


2. Tata Zohra

Ainsi, Souleymane me déposa à Grenoble devant la porte de Zohra Chalfi, ma tante. Je descendis en lui demandant de m’attendre. Il me répondit qu’il m’attendrait dans le café d’en face.
Je sonnai à la porte de ma tante. Elle répondit à l’interphone.
- Qui est là ?
- C’est moi. Anissa Chalfi. Votre... votre nièce.
- Anissa ! Je t’ouvre tout de suite ! J’habite au 4ème.
Elle m’ouvrit. Je montais les escaliers à la course pour m’arrêter devant la porte du 4ème. Zohra m’ouvrit. Elle me serra dans ses bras, m’offrit des loukoums et du thé. Je m’installai et commençait à boire et à manger. Elle changea brutalement d’humeur lorsque je lui dis que je voulais en savoir un peu plus sur la mort de mon père.
- Ah... j’ai été à Lyon quand j’ai appris qu’il s’est suicidé. C’était bien un suicide. Il a avalé une boite entière de médicaments. Mais ce que j’ignore, c’est pourquoi il est mort.
- Parce qu’il a lu la lettre de Tonton Omar.
- Quelle lettre ?
- Ben... celle où il lui annonçait la mort de ses parents vingt ans auparavant en Algérie.
- Quoi ? Mais ça n’a absolument rien à voir ! Il était déjà au courant que ses parents ont été tués. Je le lui avais dit l’année qui a suivi le drame. Et il a fait une dépression, mais il s’en est relevé. Et c’est pour cette raison qu’il a décidé de ne plus jamais retourner en Algérie.
- Tata Zohra, dis-je, excusez-moi mais... enfin, d’après ce que Tonton Omar m’a dit, Papa ne vous a pas cru quand vous lui avez annoncé la mort de ses parents... de mes grands-parents.
- Quoi ? A ce que j’entends, Tonton Omar ne t’a pas tout dit. Enfin, il ne t’a pas menti, parce que lui-même ne connaît pas toute la vérité. Mais avant de mourir, ma mère a eu réussi à écrire sur un morceau de tissu « Nasreddine, Zohra, Omar, je vous aime tous » et ce morceau de tissu, j’ai réussi à le récupérer. Et il est impossible d’imiter l’écriture de Maman. Si Nasreddine ne m’a pas cru tout de suite, quand il a vu ce morceau de tissu, il a été obligé de me croire.
- Tata Zohra, ce n’est pas... enfin, je n’insinue pas que vous mentez ni quoi que ce soit, mais...
- Mais tu voudrais voir ce morceau de tissu ?
- Oui. Si vous l’avez toujours ?
- Et je l’ai toujours.
Elle appela son mari.
- Moussa !
Mon oncle Moussa, un grand gaillard chauve baraqué, arriva à son tour de la salle de bain.
- Tu peux me ramener mon coffret ? Demanda Zohra.
- Oui, deux secondes ! Répondit Moussa.
Il alla dans la chambre et ramena à Zohra un coffret qu’elle ouvrit avec une clé qu’elle portait autour de son collier. Elle sortit un morceau de tissu qu’elle me tendit.
Il était en effet écrit en arabe « Nasreddine, Zohra, Omar, je vous aime tous ». Je le serrais fort contre moi.
Ma grand-mère...
- Alors ? Demanda Moussa. T’es convaincue, maintenant ?
- Moussa, enfin, dit Zohra, tu ne vois pas qu’Anissa a de la peine. C’est normal si elle a besoin de connaître la vérité.
- Mouais. Désolé Anissa. Me dit Moussa en souriant.
- Ce n’est pas grave, lui répondis-je.
Je pensais de plus en plus à cette affaire. Après tout, c’était une vraie preuve. Papa connaissait l’écriture de sa mère. Et ce tissu, c’était une preuve. S’il n’avait pas cru Zohra, il ne pouvait plus nier après avoir vu ce tissu. Oui, plus j’y pense, plus je me dis que ce suicide n’en était pas un. Oui, j’en suis de plus en plus convaincue. Papa a été assassiné.
- Tu veux rester manger avec nous, Anissa ? Me proposa Moussa.
- Non, Tonton, répondis-je, je suis désolée. Mais je ne peux pas m’attarder plus longtemps. Quelqu’un m’attend.
Je pris congé de Zohra et Moussa et je descendis retrouver Souleymane qui me reconduit à Lyon.


***

- C’était un meurtre !
J’avais crié ça à haute voix. Souleymane se tourna vers moi.
- Quoi ? C’était qui, le meurtre ?
- Ah ! Personne. Non, rien. Désolée, j’ai fait un mauvais rêve.
- Bah, me dit-il, calmement, t’inquiète, je sais ce que ça fait. Mais moi, à ta place, je remonterai à la source.
- Quelle source ? De quoi tu parles ?
- Ben, si tu fais une enquête sur je ne sais pas quoi, celui dont tu dois te méfier, c’est le légiste.
- Qui ? Quel légiste ?
- En général, les légistes. Par exemple, celui qui a fait l’autopsie d’un suicidé, pour confirmer qu’il s’est bien suicidé. C’était mon pote, à l’époque. Je trainais avec des mecs plus âgés, je n’ai pas honte de le dire. J’avais dix-huit piges, et lui il en avait trente-deux. Eh ben c’était mon pote. Et il m’a dit qu’on l’a payé pour pas qu’il dise qu’on avait serré à la gorge un des cadavres qu’il a autopsiés.
- Quoi ?
- Je te jure. La Mecque, c’était comme ça. On l’a payé et lui, il l’a caché. A ce qui paraît, c’était parce que c’était un pote à lui qui l’avait payé.
- Qui c’était, le suicidé ?
- Je ne sais pas. Il ne m’a pas dit le nom. C’était un autre médecin. Un algérien. De Constantine. C’est tout ce que je sais !
Un hasard vraiment providentiel.
- Conduis-moi chez ce légiste !
- Quoi ? T’es sérieuse ?
- Oui ! Je veux savoir qui c’est !
- Qui ? Le légiste ?
- Non ! La victime et son assassin !
- Pourquoi ? Qu’est-ce que ça peut te foutre ?
- Parce qu’il se pourrait très bien que la victime, ce soit mon père.
- T’es sérieuse ?
- Oui ! Conduis-moi, vite !
- Ben...
Je sortais mon porte-monnaie pour lui tendre un billet de vingt euros.
- C’est où ? Demandais-je.
- A Jonage. Viens, on y va.



3. La révélation

Souleymane me déposa devant la petite villa de son ami le légiste. Je descendis à la course et je couru sonner à la porte. Arrive alors un petit homme, d’environ un mètre soixante et rond comme un tonneau. Le genre de type qui pourrait servir de ballon de foot lors d’un match de géants. Il portait des lunettes et avait une couronne de cheveux bruns.
- Que me voulez-vous, mademoiselle ? Demanda-t-il.
- Je veux vous parler ! Dit Anissa.
- De quoi ?
- Vous êtes bien médecin légiste ?
- J’étais, oui. Je suis retraité, aujourd’hui.
Souleymane arrive à son tour.
- Thomas, ça va ?
- Et toi, Souleymane ?
- Ouais.
Souleymane vint s’interposer entre moi et le légiste.
- Thomas, je te présente Anissa Chalfi, une amie. Anissa, je te présente Thomas Meunier, le légiste dont je t’ai parlé.
En entendant mon nom de famille, le légiste a un bref mouvement de recul. Si bref qu’il était difficile de le remarquer. Mais pas pour une femme à la recherche de la vérité.
- Enchanté, me dit-il.
- J’aimerai vous parler, lui dis-je.
- De quoi ?
- Vous avez fait l’autopsie d’un certain Nasreddine Chalfi ?
- Vous savez, marmonna-t-il, j’en ai fait des dizaines et des dizaines d’autopsies alors si je devais me rappeler du nom de tous mes clients, j’en serai encore à demain.
- Si c’était un client normal, comme vous dites, vous ne vous en souviendrez probablement pas, mais à ce qu’il paraît, vous avez dit à Souleymane que vous avez triché sur un cas.
- Quoi ? Mais de quoi est-ce que vous parlez ?
- Un de vos amis vous a payé pour que vous dissimuliez le fait que Nasreddine Chalfi a été brutalisé. Il a avalé une boite de médicaments, pour faire croire à un suicide, mais il a été brutalisé. On lui a fait avaler ces médicaments de force. Et vous le saviez ! Vous avez décelé ces traces de violence et vous les avez cachés à la police parce que quelqu’un vous a payé pour le faire !
- Mais elle divague, putain ! Souleymane, c’est qui cette barje que tu m’as ramenée ?
- Souleymane, dis-je, c’est bien vrai ce que vous m’avez dit ? Le légiste a été corrompu.
- Ben, dit timidement Souleymane, Thomas, vaut mieux assumer, t’as rien fait, toi. Mais le salaud qui a assassiné son père, il faut qu’il paye.
- Exactement, dis-je. Monsieur Meunier, si je vais à la police avec ce que je sais maintenant, on va refaire une autopsie du patient et les traces de lutte vont être décelées par un autre légiste qui, lui, démasquera l’assassin. Qui ira en prison de toute façon. Mais sauf que si ça se passe comme ça, vous irez vous aussi en prison pour complicité. Et vous aussi, Souleymane, pour avoir couvert votre ami. Alors que si vous allez à la police, vous leur expliquez ce que vous savez, vous serez acquitté. Vous avez compris ?
Je vois bien que ce que je venais de dire l’avait troublé.
- La police sait que vous êtes ici ?
Cette question de Meunier s’adressait à Souleymane. Celui-ci lui répondit que seul lui et moi étions au courant. Il me fit un sourire.
- Bien. Venez avec moi, mademoiselle, je vais tout vous raconter.
Sur ceux, il m’invita à le suivre à l’intérieur de sa maison. Cet homme ne m’inspirait qu’à moitié confiance mais je décidais de le suivre tout de même, histoire d’en savoir plus. Après tout, il était la clé de l’énigme.
J’entrai derrière lui dans la maison pendant que Souleymane partait garer la voiture dans le garage.
L’intérieur de sa villa était bien décoré. Des tableaux d’amateurs. Je lui demandai de qui ils étaient.
- Ce sont les tableaux d’un ami. Il peint pour le plaisir.
La table occupait la moitié de l’espace de la salle à manger. Un tapis rouge était posé sur le sol. Le papier peint représentait des fleurs. Je regardais sa décoration d’intérieur quand il m’interpella.
- Vous voulez boire quelque chose ?
- Non, merci. Racontez-moi plutôt la vérité.
- Permettez. Je vais juste me chercher un rafraichissement et c’est tout.
Sur ceux, il disparaît dans la cuisine. Je restais près de la fenêtre à continuer à me demander dans quoi j’étais en train de me lancer. Je regardais ma montre. Quatorze heures quinze. Encore deux heures quinze avant d’aller chercher Soukayna à l’école. Je respirais un bon coup lorsque j’entendis la voix de Meunier à nouveau.
- Retourne-toi, salope !
Prise soudain d’un doute affreux, je me retournais. Meunier était derrière moi. Il tenait un revolver en main. Il me fit signe de m’asseoir.
- Un seul cri, et je te colle une balle dans la tête ! Comme ça, t’iras rejoindre ton père !
Je m’assis à la place qu’il me désignait.
- Alors c’est donc ça. C’est vous qui avez tué mon père. Pas étonnant si vous n’avez pas fait remarquer ces traces de lutte à l’autopsie.
- Détrompe-toi, me dit-il en souriant, je n’ai rien à voir avec la mort de ton père. Mais par contre, là où tu dis vrai, c’est que j’ai caché les traces de lutte. En effet, c’est un de mes amis qui a assassiné ton père. Pourquoi, ça, je n’en sais rien du tout. Mais c’était mon pote, et il me file dix mille boules pour ne pas faire remarquer les traces de doigts qui ont serré la gorge de ton père au moment où il le forçait à avaler ces médicaments.
- Comment se fait-il que personne n’ait remarqué sa présence au cabinet de mon père.
- Parce qu’il avait les clés. Il pouvait aller et venir autant qu’il lui plaisait !
- Mais Papa ne laissait pas ses clés à personne. Seule Maman les avait.
- En fait, non. Son cabinet, il a été financé par les économies de son frère et de sa sœur. Et eux, ils avaient les clés.
- Vous voulez dire que... que c’est Zohra ou Omar qui aurait assassiné mon père ? Ou Moussa ?
- C’est forcément un des trois, oui. Quant à savoir lequel, justement, si j’ai ce flingue en main, c’est pour ne pas te le révéler.
- Qu’est-ce que vous allez faire ?
- La police ne sait pas vous êtes ici. Je vais te coller une balle dans la tête, et ensuite je ferai boire Souleymane. Quand il est bourré, ce petit con, je le connais. Il oublie tout ce qu’il a fait les dernières vingt-quatre heures. Du coup, je ne risque pas d’être balancé ni par lui, qui ne se souviendra de rien, et encore moins par toi qui sera morte.


A SUIVRE !!!!!!
46

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
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The Marcheur Blanc · il y a
Pas mal du tout cette nouvelle ou se melent quête d'identité, enquête et sentiments familiaux. J'attend vivement la suite
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Hassen DBZ · il y a
Arrête d'écrire et fait toi toute petite t'es rien du tout sans ton pote qui t'a fait profité de son succès et tu a pourri son recueil Wanted avec tes fictions de merde retourne dans ton trou et reste ce que tu est : anonyme
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Khaoula Souini · il y a
Je sais pas si c'est une fausse impression mais on dirait que t'as vraiment perdu la main pour faire passer l'émotion quand je compare avec FLA, ce qui donne sa force a ce roman c'est l'enquête et le suspense, la relation père fille ne m'a pas vraiment provoqué de ressenti particulier. Ca reste une belle histoire mais on dirait vraiment que tu t'es trouvé un nouveau style
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Irmadia · il y a
Encore un nouveau style. C'est celui qui te va le mieux a mon gout. J'espère que tu aura du succès avec cette nouvelle
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Hmk · il y a
Arrête d'écrire Chaïma reste a casser tes iPhone sur snapchat va
·
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Hmk · il y a
T'as vraiment aucun talent
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Ismahane KETURA · il y a
C'est dans ce style la que je t'apprécie le plus. Est ce que tu as un nouveau projet avec Sytoun en préparation ?
·
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Chaïma Miyla · il y a
En projet
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Ismahane KETURA · il y a
J'attend et j'espère que ce sera comme Wanted 2TNM
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Lara · il y a
Ambiance mystérieuse dark a la 14Juillet
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Chaïma Miyla · il y a
Tmtc
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Arnold · il y a
J'adore ! Impatient de lire le tome 2
·
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Fatiha Senoussaoui MDLR · il y a
Un roman de quête d'identité / parcours initiatique bien réussi. A lire
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Chaïma Miyla · il y a
Merciiiiii
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Carolina · il y a
Voila comment j'ai connu Chaïma et comme je l'aime ! Continue comme ça (ps t'étais pas obligée d'arrêter au moment le plus tendu surtout si c'est pour envoyer la suite dans un mois)
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