Le souffle

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Le souffle
De CMJ

La famille Justineau se réunissait tous les ans à Noël autour d'un feu de cheminé. Alors que les adultes préparaient une surprise aux enfants, ces derniers se réunirent autour de leur grand-père. Jean, l'aîné lui demanda :
- Grand-père, pourrais-tu nous raconter une histoire sur l'époque où tu ne connaissais pas encore mamie ?
Le grand-père, Thomas Justineau, se redressa sur sa chaise et fit craquer ses vieilles articulations.
- Cette histoire s'est passé quelques années avant que je rencontre votre grand-mère.

A cette époque, je tenais un cabinet de détective privé. Au début, les affaires tournaient bien mais, avec le temps, presque plus personne ne venait. On me menaçait de m'enlever ma licence et je ne pouvais plus payer le loyer du cabinet. J'étais désespéré et prêt à prendre n'importe quelle affaire. Mais je ne m'étais pas douté que ce serait la dernière.
Le client était un homme tout à fait banal, mais il possédait une longue cicatrice qui lui barrait la joue droite. Il vint me voir pour que je puisse enquêter sur la mort d'une jeune femme.
- A-t-elle un lien de parenté avec vous ? lui demandais-je.
- C'était ma sœur.me répondit-il, n'argumentant pas plus.
Je voulus le questionner un peu plus sur sa sœur et comment elle était morte mais je n'obtins que son nom et prénom. Le client me tendit une fiche et partit sans dire un mot. Curieux, je la lus :
"Samantha Paulin,
Née le six avril mille neuf cents trente, à Agen, Lot-et-Garonne, France
Morte le vingt-cinq décembre mille neuf cents soixante
Circonstances : inconnue
Plus je lisais ces quelques lignes, plus je me sentais curieux envers cette affaire. Je me questionnais sur les circonstances de sa mort et fut surpris de voir qu'elles n'étaient pas expliquées sur la fiche. Je soufflais un bon coup et m'assis derrière mon bureau. Je bus un peu de café qui restait sur la table et mis mes lunettes. Je pris un morceau de papier et un stylo qui trainait et commençai à écrire les éléments de l'enquête que je connaissais. Suite à cela je pris mon chapeau et ma veste et sortis du cabinet. J'avais décidé de me rendre à la mairie pour obtenir le certificat de décès de Samantha.
Malheureusement, je ne trouvai rien de bien concluant et on me refusa le droit de voir le certificat de décès. Dépité, je rentrai chez moi. Ce fut le cas pendant quelques jours.
Un matin, alors que je désespérais de trouver un indice sur Samantha Paulin, je reçus une seconde visite de mon client. Il venait voir comment avancer l'enquête. Je fus obligé de lui avouer que je n'avais pas pu avancer et qu'il me manquait des éléments pour constituer un véritable dossier. Il soupira et s'assit sur un canapé. Ainsi, je pus l'observer de plus près. Ses cheveux bruns étaient décoiffés et tombés sur son visage. Sa cicatrice plus pâle que son teint lui donnait un air effrayant. Il leva la tête et son regard se fit plus sombre. Il se leva, passa à côté de moi, déposa un dossier sur mon bureau et s'avança vers la porte. Il se retourna vers moi et me dit :
- Vu que je me doutais qu'on vous refuserez le certificat de décès de ma sœur, j'ai réussi à en obtenir une copie.
Il partit sur ses mots.
Je me dirigeai vers mon bureau et pris le dossier déposé par mon client. Il contenait plusieurs fiches dont un certificat de décès et une facture d'électricité. Je m'assis sur un fauteuil et commençai à lire. Je n'appris presque rien sur le certificat de décès à part le fait que Samantha Paulin était morte avec son mari et son fils. Aucune autopsie n'avait été faite sur les corps des défunts et ils ont été enterrés ensemble. Je passai rapidement à la facture d'électricité et j'appris rapidement l'adresse de Samantha. Je la notai sur un morceau de papier et m'aperçus que ce n'était qu'à une heure du cabinet.
Je décidai de rentrer chez moi ce soir et de faire le trajet le lendemain.
Le lendemain, j'eus une immense surprise quand je vis un ancien ami à moi devant la porte de mon cabinet. Cela devait faire quelques années que l'on ne s'était pas vu, depuis qu'on avait fini nos études. Quand il me vit, il s'avança vers moi et m'enlaça. Par la suite, il m'invita à prendre un café et nous discutâmes pendant longtemps. Quand nous nous séparâmes enfin, je vis avec surprise que le soleil déclinait déjà. Je voulus me dépêchais de partir mais mon vieil ami me demanda de l'accompagner et j'acceptais avec plaisir. On prit ma voiture et partit à l'adresse de la famille de Samantha. Le trajet fut un peu plus long que prévu mais la maison fut facile à trouver.
La maison était isolée, loin de la ville la plus proche. Une immense allée cachait la maison de la route. Elle possédait un étage et les lierres envahissaient les murs. Le toit en tuile cachant le soleil couchant et la brume envahissant le jardin créaient une atmosphère mystérieuse autour de la maison.
On sortit de la maison et on se dirigea vers la porte d'entrée. A ce moment-là, je reçus un message de mon client. Il me dit que la clef de la porte d'entrée se trouvait dans le pot de fleurs près de l'entrée. Je m'avançai vers la porte et pris la clef qui se trouvait effectivement dans le pot de fleurs. J'ouvris la porte et fut saisi par l'odeur de moisissure et celle de renfermé qui régnaient dans le hall d'entrée. Des plantes, près de l'entrée, étaient fanées et sèches. Je m'avançai dans le hall et commençai à examiner les pièces autour de moi. Tous les rideaux étaient fermés et chaque meuble était couvert d'un drap blanc. Les quelques plantes qui étaient présentes dans les pièces, étaient dans le même état que celle dans le hall. Mon ami m'annonça qu'il allait commencer par fouiller le rez-de-chaussée et je choisis de m'occuper du premier étage. L'escalier en bois, grinçait à chacune des marches que je gravissais. Les chambres étaient les unes à côtés des autres. Je décidais de commencer par la chambre du fils de Samantha. C'était une chambre typique d'un garçon de six ans. Plusieurs jouets traînaient par terre et le lit était défait. La fenêtre était condamnée et le papier peint sentait le moisi. Ne trouvant rien d'intéressant dans la pièce, je sortis. La pièce suivant fut une salle de bain. Du calcaire couvrait le robinet et la douche. Après ma rapide analyse, je sortis et me dirigea vers la chambre parentale.
Contrairement aux autres pièces, la chambre parentale était pratiquement sombre. J'avançai dans la pièce et attendis que mes yeux s'habituent à la pénombre. A ce moment précis, la porte de la chambre claqua fortement. Je me retournai et ne vis personne. Par contre, je sentis un souffle glacé dans mon cou ce qui me fit frissonner et hérisser les poils. Je me retournai à nouveau et je ne vis une nouvelle fois personne. Les rideaux aux fenêtres se mirent à s'agiter doucement comme poussé par une brise. Je ressentis une nouvelle fois un souffle dans mon cou et je me figeai instantanément. Une peur soudaine m'envahit et un bruit sourd se fit entendre derrière moi. Mon cœur s'emballant à mille à l'heure, je me retournai très lentement, curieux et à la fois anxieux.
Ce que je vis me figea le sang. Une femme d'une pâleur effrayante se tenait debout, près de la porte. Elle avait une vieille robe de fleurs en lambeaux avec du sang séché dessus. Son bras gauche formait un angle bizarre, très peu naturel. Ses cheveux bruns étaient en bataille et on y apercevait des plaques de sang séché. Son maquillage avait coulé et lui donnait une expression de tristesse. Sans ne l'avoir jamais vu, je sus que c'était Samantha Paulin.
Elle s'avança doucement et se figea à une dizaine de centimètres de moi. J'étais paralysé mais je n'arrêtais pas de cligner des yeux. Mon cerveau n'arrivait pas à croire au fait que j'avais devant moi, une morte. Je crus que c'était une hallucination.
Avant que je ne puisse faire quoique ce soit, elle me parla d'une voix enraillée :
- Je vois que mon cher petit frère vous a envoyé pour connaître la vérité. Vous savez, vous n'êtes pas le premier. J'espère qu'il va bien.
Je ne pus même rien dire, j'étais pétrifié par la vision que j'avais devant moi. Je ne pouvais pas parlé. L'hallucination que j'avais devant moi sembla comprendre que j'étais bouche bée et continua :
- J'aimerai que vous me rendiez un service, pourriez-vous donner ça à mon frère ? me dit-elle en me tendant un pendentif.
Je le pris, le mis dans une poche de ma veste et fermai les yeux un cours instant. Une violente bise glacé fit claquer les rideaux derrière moi et m'atteignit au visage. Je rouvris les yeux et vis que la femme en face de moi avait disparu. La porte s'ouvrit dans un grincement strident et je courus en-dehors. Je descendis précipitamment les escaliers et je tombai nez à nez avec mon ami. Il sembla surpris de me voir dans un état de panique. Je lui demandai s'il n'avait pas croisé une femme qui serait descendue ou montée par les escaliers. A ma plus grande angoisse, il me répondit négativement.
Comme il n'avait rien au rez-de-chaussée et que je ne voulais pas m'attarder plus dans la maison, nous partîmes. Dehors, la nuit était tombée depuis quelques minutes. Nous montâmes dans la voiture et prîmes le chemin du retour. Le trajet se fit en silence, j'étais trop anxieux pour tenir une conversation et de nombreuses pensées se bousculaient dans ma tête.
Au bout de ce qui semblait une éternité, je déposai mon ami chez lui et je me dirigeai vers mon appartement. Chez moi, je pus enfin souffler. Alors que j'enlevais ma veste, un objet tomba sur le parquais dans un bruit sourd. Je le ramassai et constatai avec horreur que c'était le pendentif que m'avait donné Samantha Paulin. Un sentiment de peur et de malaise m'envahit. Je fis tomber le pendentif et allai dans ma chambre. Je fermai la porte à clef et me mis au lit. Je ne pus fermer l'œil de la nuit, trop préoccupé à penser à ce qui s'était passé plus tôt.
Le lendemain, je me rendis à mon cabinet et envoyai un message à mon client. J'ai déterminé à renoncer à cette affaire quitte à perdre ma licence de détective privé. Seulement je ne reçus aucune réponse de mon client. J'attendis toute la journée sauf qu'il ne vint pas.
J'attendis ainsi pendant plus d'une semaine, patientant pour donner le pendentif que j'avais eu dans la maison. Au bout de la semaine, n'ayant toujours pas de réponse et de visite, je décidai de faire un tour chez mon client. J'avais réussi à avoir son adresse par pur hasard. Il habitait à l'autre bout de la ville et il me fallut donc une quinzaine de minutes pour y aller. Une fois arrivé, j'eus la surprise de voir que le numéro 16 de la rue n'abritait aucune habitation. Tout d'abord, je crus que je m'étais trompé de rue et donc je refis le tour du quartier en demandant de l'aide aux habitants. Seulement, ils me redirigeaient tous vers le terrain vague où je suis allé en premier.
Au bout de quelques minutes, je me rendis compte que mon client avait donné une fausse adresse et qu'il semblait avoir disparu. Ce fut ma dernière enquête car peu de temps après, avec le peu d'affaires que j'avais, on me retira ma licence ainsi que le studio dans lequel j'avais mon cabinet.
Par la suite, je n'entendis plus jamais parler ni de mon ancien client ni de l'hallucination que j'ai eu.

Les petits-enfants de Thomas Justineau furent surpris par la fin de l'histoire. Les plus petits avaient les larmes aux yeux à cause des frissons qu'ils avaient ressentis. Les plus grands étaient interloqués par cette histoire ainsi que par sa fin. Ils se posaient des tas de questions sur le dernier client de leur grand-père, sur la soi-disant hallucination qu'il avait eue et sur le pendentif qu'il avait reçu.
- Tu n'as pas d'idée sur ce qui s'est passé, papi ?demanda Jean.
- Malheureusement, non et je suis mieux ainsi. répondit Thomas Justineau.
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