Le Prix à Payer

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La Nuit, j'arpente les contrées de mon vaste imaginaire afin de relier tout ce que j'entrevois en songe, depuis que j'ai atteint l'âge de raison. Le loup est l'animal qui me reflète, l'écriture  [+]

Cela faisait désormais plusieurs mois qu'Henry était parti, laissant
ma petite sœur Layna entre les mains des médecins de Castlaether.
Je lui avais promis de veiller sur elle jusqu'à son retour, malgré
l'oppressant mal-être que je ressentais dans ces lieux. Layna était
pris en charge par l'hôpital, mais juste à côté de ce-dernier se
trouvait l'asile psychiatrique de Castlaether. Enfin, « clinique »,
pour le commun des mortels qui n'avaient pas « l'immense
privilège » d'y séjourner en personne. Bien que ma sœur était
persuadé que j'allais rester amnésique toute ma vie, ce n'était hélas
qu'un espoir vain. Plus je restais dans cet endroit, plus mes
souvenirs refaisaient surface sur la grève de ma conscience. Ce
lieu me faisait, encore et toujours, froid dans le dos. Tout comme
son propriétaire, Loik Aethner. Suite à mon accident, c'est lui qui
était venu me prendre en charge. Il avait été dans un premier
temps, conciliant, gentil et prévenant, jusqu'à ce que j'entrevois
son côté sombre. Un soir, alors que je me promenais dans l'asile,
tel un fantôme, je l'ai surprise entrain de déambuler autour des
cellules. Serré contre lui, il tenait un étrange livre, incrusté d'un
œil tranché en son centre. Il récitait une occulte prière, dans une
langue qui m'était étrangère, comme s'il était en transe. Il semblait
pris d'amour pour ce qu'il faisait, tant ses gestes et son ton en
étaient imprégné. J'entendais distinctement les patients, le
rejoignant dans sa sinistre danse démente, lui répondre : « Gloire
au Seigneur, en cette sombre heure, il chasse le malheur, de nos
pauvres cœurs, il nous apporte le bonheur, pour le pire et le
meilleur... » Silencieuse, ne sachant quoi penser de tout ceci,
j'étais parti rejoindre ma cellule, espérant seulement qu'il ne m'ait
pas remarqué. Hélas, ce fut un espoir tout aussi vain que celui de
savoir ce qu'il m'avait fait subir ce soir là. Quelque images
sordides me revenaient seulement, si sinistre que je me persuadais
dès lors qu'elles étaient conçu dans un terrible cauchemar. Je me
voyais dans une salle, dénuée de lumières vives, seulement faibles,
presque sans vie. J'étais... Enfin, je croyais, comme ligoté par des
liens en fer, certainement des menottes... Il faisait sombre, la
lumière n'étant pas assez forte, je ne distinguais pas les gens
autour de moi, mais je les entendais. Que ce soit leur pas, ou bien
leur souffle, leur rire, je les entendais. Je sentais qu'on me
tailladait la peau, j'en souffrais terriblement... Et puis, ce fut le
noir. N'ayant trouvé aucune cicatrice sur mon corps, j'avais fini par
oublier ce cauchemar, mais en revenant près de cet endroit, lui
aussi revint à ma mémoire. Si je parvenais enfin à me souvenir de
ce qui s'était passé avant l'accident, c'était difficilement le cas
après. Je n'avais que des fragments passés. Mais je comprenais
enfin toute la froideur de ma sœur, à mon égard. Elle qui pourtant
m'avait tant adorée lorsque nous étions enfants, toute deux. À
l'époque, j'étais tellement folle de Serenna que, à part elle, plus
rien, ni personne d'autre, ne comptait autant à mes yeux. Même
pas ma sœur. À vrai dire, nous n'étions pas encore orphelins. Cela
arriva le soir de mon accident. La voiture qui m'avait percuté, par
une cruelle ironie du destin, était celle de mes parents, qui
rentraient de leur voyage d'affaire. À cause du verglas et de mon
imprudence, malgré ses freins, mon père ne pu empêcher leur
inévitable destin. Le moteur pris feu et... le mal était dors et déjà
fait. Ce soir là, Layna attendit en vain le retour de nos parents.
Puis, un jour, l'infirmière qui s'occupait de moi, une très gentille
jeune femme répondant à l'exotique nom de Saya Markov,
m'informait qu'une jeune femme était venu tout avouer à ma sœur,
au sujet des raisons de mon accident. Nul doute qu'il s'agissait de
Serenna. Dire que je l'avais tant aimée, que j'avais pour elle tout
sacrifiée... Pour au final la perdre à jamais ! Qu'était elle
devenue ? Rongée par le remord et la solitude, elle s'était jetée,
corps et âme, dans la Seine. Selon Mr.Aethner, cette pensée lui
était venu un jour qu'elle m'aurait revu et que je ne l'aurais pas
reconnu. Mais je ne pouvais pas croire que mon amante ait fini
ainsi ses jours. Quelque part, au fond de moi, j'étais persuadé
qu'elle respirait toujours, mais que je ne pourrais la revoir. Mon
infirmière, Saya, m'avait épaulée pour traverser cette horrible
période, pour m'aider à aller de l'avant. Elle m'avait confié que son
jeune frère était en proie à de terribles cauchemars et que lui aussi,
n'arrivait pas à oublier certains souvenirs bien trop douloureux,
trop bouleversants pour son jeune âge. Mais que malgré tout, elle
restait auprès de lui pour le soutenir et l'aider à retrouver un
sommeil apaisant. J'avais fini par l'apprécier, elle et sa petite
famille, à un tel point que nous étions facilement devenue amie.
Mais malgré les bons conseils de Saya, mes terribles torts ne
sauront jamais pardonnés, et cela, j'en avais tristement conscience.
Après tout le mal, par amour fou pour Serenna, par inconscience
de la conséquence de mes actes et par insouciance de la jeunesse,
de ce qui pouvait à l'avenir, comme au présent, arriver, c'était le
Prix à Payer.
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