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Virginie DUCAY

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En compétition

Il ne lui était pas venu à l’idée qu’elle pût avoir du retard. Ils avaient fixé le rendez-vous la veille, au téléphone : un café discret à Sainte-Marie, près du parking du vieux port, à onze heures et demie, le temps qu’il en ait fini avec ses rendez-vous de la matinée. Jusqu’à tard dans la soirée, il s’était plu à imaginer leur rencontre, elle attablée dans un recoin à l’abri des regards, l’attendant, timide, un peu fébrile, sirotant un thé ou un jus de fruits. Il la reconnaîtrait tout de suite, franchirait la porte en faisant mine de ne pas la voir, la chercherait des yeux, répondrait en silence à son sourire, les mots ne seraient pas nécessaires, tout était déjà dit.

Des semaines qu’ils s’écrivaient chaque soir, parfois même plusieurs fois par jour les jours de congé et les week-ends.
Cela avait commencé par un échange de courriers au sujet d’un livre d’occasion qu’elle lui avait commandé. Il avait aimé sa façon de lui écrire, les mots qu’elle avait utilisés, cette manière si particulière de tourner les phrases, sorte de courtoisie désuète dans un langage actuel. Sa réponse avait toutefois été formelle, purement professionnelle : 
« Madame, le livre que vous recherchez est actuellement disponible au prix de 35 euros + 5 euros pour les frais de port. Si vous souhaitez poursuivre la commande, merci de m’adresser un chèque bancaire à l’adresse ci-dessus et de mentionner vos coordonnées pour l’expédition de l’ouvrage en question. Cordialement. Ernest Leming »
La lettre manuscrite qui accompagna le chèque ne se limita pas à des remerciements polis. D’une belle écriture en arabesques, madame Blanche lui disait sa joie de pouvoir enfin jouir de cette édition rarissime, avant de s’étendre sur ses goûts littéraires, puis sur sa façon bien à elle de concevoir l’existence. Cela le décida à prendre les devants. Il joignit à l’ouvrage une longue lettre dans laquelle lui aussi lui faisait part de sa conception du monde et de la vie, si semblable à la sienne, et c’est ainsi que débuta une correspondance assidue, du début de l’hiver jusqu’aux premiers jours du printemps.
Ernest ne savait pas très bien pourquoi il lui avait proposé de se rencontrer. Après tout, les lettres de madame Blanche suffisaient à pimenter sa petite vie en tous points confortable et bien rangée : sa femme et leurs deux enfants, ses amis, sa boutique, le golf, les voyages...
Des amis, il en avait à revendre ; tant qu'il n’arrivait pas à trouver le temps pour les voir tous, ou aussi souvent qu’il l’aurait souhaité. Il se demandait d’ailleurs, alors qu’il roulait vers son rendez-vous, une main empoignant avec assurance le levier de vitesse tandis que l’autre caressait le cuir tiède du volant, comment il allait bien pouvoir faire pour se libérer si d’aventure il avait envie de la revoir, après. Sa vie était on ne peut plus remplie, aux trois quarts consacrée à la recherche de livres, débarras chez les particuliers, vide-greniers, brocantes, salons et marchés divers, la gestion de la boutique et la relation avec la clientèle. Après tout, madame Blanche n’était qu’une cliente, qu’est-ce qu’il lui avait pris de se lancer dans une correspondance, et maintenant de vouloir la voir...
Certes, ils avaient eu le temps de s’en raconter, des choses, en six mois. Si bien qu’il avait l’impression de tout connaître de sa vie – enfin, presque tout –, de son quotidien à ses pensées les plus intimes.
Madame Blanche était mariée elle aussi, mais sa fille unique avait depuis longtemps déserté la maison. Elle partageait sa vie avec un homme qu’elle disait aimer encore, la lecture était son passe-temps favori, elle avait de nombreux amis dont elle aimait prendre soin et qui le lui rendaient bien. Elle lui avait dévoilé ses rêves, ses espoirs, ses envies, elle se disait heureuse de pouvoir se confier ainsi à un inconnu que bien vite – trop vite peut-être – elle avait appelé son « ami ». Et si Ernest était fier d’être devenu, en si peu de temps, l’ami de madame Blanche, il n’en était pas moins troublé de constater qu’elle lui était devenue à son tour, au fil de ces longs mois d’hiver, nécessaire, voire indispensable.
Qu’allaient-ils donc bien pouvoir se raconter à présent ? Ils s’étaient tout dit, ou presque, et en aucun cas il ne voulait lui parler de sa femme. Ses enfants, à la rigueur, pourquoi pas, mais c’était là une sphère privée qu’il ne souhaitait pas partager avec madame Blanche, de la même façon qu’elle restait toujours très réservée lorsqu’il se montrait un tant soit peu curieux de son mari, qui ne l’intéressait d’ailleurs guère, soyons franc. C’était madame qui suscitait sa curiosité, et c’était vers madame qu’il se rendait ce matin-là.
Le printemps avait tardé à venir, le froid s’immisçant jusqu’à la mi-avril ; une semaine à peine que les premières fleurs avaient éclos et le soleil semblait bien décidé, cette fois-ci, à s’imposer.
Ernest s’en sentait tout ragaillardi, d’humeur enjouée et légère malgré la sourde angoisse qui lui serrait les tripes depuis le réveil. Un phénomène inaccoutumé chez lui, qu’il ne s’expliquait pas et qu’il n’avait pas non plus envie de s’expliquer. Le fait est que, plus il approchait de Sainte-Marie, plus le nœud dans sa gorge se resserrait. Il entrouvrit la vitre et relâcha la pression sur l’accélérateur. Tant pis s’il n’était pas tout à fait à l’heure. Au fond, il avait envie de se faire désirer, de la faire attendre, pas trop longtemps cela dit, juste le temps qu’elle s’impatiente un tout petit peu, s’inquiète même de son retard, histoire d’apercevoir la lueur de soulagement sur son visage lorsqu’il franchirait la porte du café.
Car la ponctualité était la qualité maîtresse chez Ernest, et cela faisait belle lurette qu’on ne l’attendait plus nulle part, pas même à la maison où il rentrait toujours le premier après la fermeture de la boutique : sa femme restait au bureau jusqu’à vingt heures et les enfants décollaient à peine le nez de la télévision ou des jeux vidéo à son arrivée. Alors là, pour une fois...
Comment serait-elle habillée ? Il savait qu’elle était blonde, de taille moyenne, plutôt mince, du moins était-ce ainsi qu’elle s’était décrite avant de lui envoyer une photographie un peu floue sur laquelle il l’avait néanmoins trouvée assez jolie. Alors, à son tour, il avait glissé dans l’enveloppe un portrait de lui, celui que sa femme avait pris l’été précédent devant la piazza Navona à Rome. Chemise blanche sur pantalon noir léger, il ressemblait au Trintignant viril et nonchalant du Fanfaron. La photo avait fait rire madame Blanche, qui avait ajouté qu’elle le trouvait « charmant, pour ne pas dire très beau ».
C’est ainsi que débutèrent des échanges plus intimes sur la façon dont ils se percevaient l’un l’autre, ce qu’ils éprouvaient à la lecture de leurs confidences réciproques, ou sur ce que chacun attendait du lien qui s’était instauré, sans jamais toutefois dépasser les limites du terrain amical qu’ils s’étaient poliment et prudemment fixées. Il prenait plaisir au recueil des états d’âme de cette parfaite inconnue, relisait ses lettres avec attention, en quête de ce qui aurait pu se cacher entre les lignes, quelque frustration ou désir inavoué auquel il aurait peut-être aimé tenter de répondre... Mais ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était ses mots à elle, comme une petite musique sensuelle et douce à son oreille, tout en finesse et en poésie.
Des mots qui trahissaient une âme sensible et fragile, avide de beauté, d’authenticité, de paix, soucieuse du bien-être de ses proches, à la fois joyeuse et désespérée. Car madame Blanche vivait chacune de ses journées comme si c’était la dernière, tout entière dans le présent, essayant de remplir chaque seconde par ce qu’elle pensait être bien : au plus près de ses désirs, en harmonie avec ses envies, dans la limite de ses besoins, et, sinon pour le bonheur d’autrui, du moins sans lui nuire. Son travail à mi-temps à l’accueil du musée de Sainte-Marie lui laissait amplement la liberté de faire du shopping, du jardinage, de longues promenades dans la campagne ou au bord de la mer, recevoir ou visiter ses amies à l’heure du thé, jouer au bridge et lire. Madame Blanche aimait toute sorte de littérature, à l’exception toutefois de la science-fiction et des romans de gare, avec une préférence marquée pour le romantisme anglais, les intrigues policières et les biographies, et comme tout bon passionné de livres, elle aimait s’offrir quelques éditions originales de ses ouvrages favoris, qu’elle rangeait délicatement, dans l’ordre alphabétique, dans sa grande bibliothèque de bois rose, telles des pierres précieuses dans leur écrin de velours. L’hiver, elle passait des après-midi entiers à dévorer les mots, douillettement lovée dans sa liseuse de velours fleuri face à la baie vitrée donnant sur le vaste jardin. En été, la balancelle sous le saule était son lieu de prédilection. Lire lui prenait tout son temps et la protégeait de l’ennui. Car monsieur Blanche était rarement à la maison. Il dirigeait une entreprise de travaux publics et rentrait tard le soir, quand il n’était pas requis par des déplacements à l’étranger qui parfois duraient plusieurs jours. Cependant, la solitude ne pesait pas à madame Blanche, du moins pas tant qu’elle avait des livres pour lui tenir compagnie, des amies avec qui partager quelques heures deux ou trois fois dans la semaine, sa fille de temps en temps, et, à présent, Ernest à qui écrire et à imaginer.
Elle lui avait raconté tout cela ; la confiance qu’elle lui portait le touchait, il était flatté d’être celui qu’elle avait choisi pour confident et, à son tour, il s’était laissé aller à lui parler de lui, de celui qu’il pensait être, de l’homme intime et secret derrière le mari soumis et attentionné, le bouquiniste consciencieux.
La vérité est qu’Ernest rêvait de liberté. De celle que sa vie trop rangée, trop bien organisée, ne lui procurait pas en quantité suffisante. Quelque chose de l’ordre de la démesure, du fantasque, voire de l’illicite, un espace rien qu’à lui où laisser libre cours à ses fantasmes les plus inavouables, libéré des contraintes sociales et familiales, libéré en somme de tout ce qu’il était devenu et qui l’éloignait, au fil des années, de l’adolescent idéaliste et impétueux qu’il avait été.
Il avait rencontré Marita à l’université. Il suivait des études de droit, elle étudiait les mathématiques ; sérieuse, discrète et court vêtue, elle lui plut et il l’épousa dans la folie de ses vingt ans. Un an plus tard naissait leur premier fils, puis ce fut l’achat de la maison, la venue des autres enfants, la boutique, la cadence sournoise des journées et des semaines de travail qui creuse tout doucement le sillon des habitudes où ils avaient fini par s’enliser, et sans doute se perdre.
Ce n’était pas qu’il ne fût pas heureux, loin de là. Sa vie lui convenait du tout au tout, du moins le pensait-il, et il avait l’impression d’en apprécier chaque jour davantage la saveur. Père et mari comblé, homme discret et bon vivant, il était adoré des siens ; son commerce fleurissait d’année en année, il avait su fidéliser sa clientèle et établir une solide réputation dans le milieu. Son ménage était prospère, les enfants épanouis, les vacances conformes à leurs rêves...
L’arrivée de madame Blanche avait pourtant tout bouleversé. En quoi, il n’aurait su le dire. Quelque chose en plus, une lumière, une énergie... À moins que ce ne fut en lui : ce chamboulement intérieur, des émotions, des questionnements nouveaux, tous ces mots qu’elle lui donnait à lire et ceux-là qui sortaient de lui dans les longues lettres qu’il se surprenait à lui écrire, lui d’ordinaire si pudique, introverti. Lorsqu’il apercevait l’enveloppe bleue dans la boîte aux lettres de la boutique, une joie profonde s’emparait de lui et son cœur s’emballait ; il déposait la lettre sur le comptoir, allait se préparer un café, retardant le plaisir de la lire pour mieux en savourer l’idée. Les mots de madame Blanche le plongeaient hors du temps, dans son monde à elle, si différent du sien, si loin de la boutique et de sa vie tout entière, si bien qu’il avait parfois l’impression de devenir elle, d’être tout à coup cette femme de mots, de sensations, d’émotions, de parfums de roses anciennes et de thé à la bergamote, dans cette même poussière de papier jauni qui les reliait l’un à l’autre.
Un panneau indiqua encore une dizaine de kilomètres avant Sainte-Marie. Le soleil de midi tapait fort à travers le pare-brise. Ernest s’épongea le front avec son mouchoir et ouvrit en grand la vitre. Le courant d’air l’apaisa.

***

Madame Blanche s’était réveillée beaucoup plus tôt que d’habitude ce matin-là. Sa première pensée avait été que le jour tant espéré était arrivé. Tout émoustillée à l’idée de rencontrer enfin celui qui enchantait sa solitude depuis quelques mois, elle renonça à poursuivre ses lectures matinales – rituel pourtant immuable et sans lequel elle ne pouvait concevoir de « bien passer » la journée – et décida de consacrer sa matinée à la préparation de sa toilette. Après un petit déjeuner léger de biscottes et de thé vert, elle se plongea dans un grand bain parfumé où elle rêvassa un long moment.
Ernest lui avait donné rendez-vous au Café du Vieux Port, lieu qu’elle n’avait pas l’habitude de fréquenter, mais qui conviendrait parfaitement à la discrétion qu’exigeaient les circonstances. À Sainte-Marie, mieux valait éviter qu’elle fût aperçue en compagnie d’un autre homme que son époux ; c’était une petite ville de province où les mauvaises langues allaient bon train, elle avait la réputation d’une femme solitaire et respectable, inutile de prendre le risque de se compromettre.
Bien entendu, Ernest n’était qu’un ami, elle lui faisait confiance et n’avait aucunement douté de ses intentions lorsqu’il lui avait proposé de la voir. C’était un homme sérieux et loyal, honnête et droit, autant de qualités qui suffisaient à les garantir de tout glissement vers une relation plus intime. En outre, madame Blanche aimait profondément monsieur Blanche, bien que ce dernier fût fort peu disponible et qu’elle dût se contenter de rares moments partagés en sa compagnie, ce qui, du reste, ne les rendait que plus délicieux.
Cependant, c’est avec un soin tout particulier qu’elle se prépara à la rencontre avec son nouvel ami.
Elle choisit une robe bleu pâle au décolleté léger qui mettait en valeur sa belle chevelure blonde, farda ses joues d’une fine poudre rosée, si discrète qu’on eut pu douter qu’elle se fût maquillée, entoura son joli cou d’un collier de nacres rondes et termina par une infime touche d’un parfum printanier et discret.
Satisfaite, elle sourit au miroir, lui fit une moue coquine, puis une grimace, et se dirigea vers le placard à chaussures. Des sandales en cuir souples feraient l’affaire pour le cas où Ernest l’inviterait à une promenade sur le front de mer ou dans la forêt. Cette idée l’excitait. Qu’un homme qu’elle connaissait à peine s’intéressât à elle et osât entretenir une correspondance intime était une chose ; qu’il ait l’audace de lui donner un rendez-vous secret un beau matin de printemps, « parce qu’il avait envie de la rencontrer pour de vrai », la remplissait d’une étrange exaltation.
Jusqu’à présent, c’était là un sentiment que seules les lectures de romans d’amour lui avaient procuré, à l’exception, évidemment, des premiers instants de sa rencontre avec monsieur Blanche, autrefois. Les mots d’Ernest étaient si empreints d’attention et de courtoisie qu’on eût pu le prendre pour un de ces galants fictifs délicats et raffinés dont elle raffolait et qui la plongeaient honteusement dans des chimères interdites : elle était la princesse de Clèves, Emma Bovary, Anna Karénine... Elle rêvait d’un Zhivago, d’un Fanfan la Tulipe, d’un Solal, elle était reine dans son royaume, elle attendait son roi. Cela avait beaucoup amusé Ernest, qui s’était gentiment moqué de ce penchant romanesque et lui avait demandé quel type de roi était donc monsieur Blanche. Elle avait éludé la question, non qu’elle la trouvât indiscrète, mais parce qu’elle ne savait, en vérité, comment y répondre.
Certes, monsieur Blanche ne ressemblait guère à ses héros romantiques, mais c’était un homme bon et rassurant auprès de qui elle trouvait sans doute l’essentiel de ce dont elle avait besoin. Il lui avait offert le mariage comme on offre la promesse d’un avenir confortable et sans nuage, elle l’avait suivi de bon cœur, excitée à l’idée d’une vie nouvelle, heureuse de pouvoir enfin compter sur quelqu’un, surprise par la complicité qui les unissait et la constance des sentiments qu’ils nourrissaient l’un pour l’autre.
Épouse fidèle, elle n’avait connu aucun autre homme et n’avait pour amies que des femmes de son âge, des bourgeoises sérieuses et respectées dont les seuls écarts consistaient à dépenser la fortune de leurs époux dans les frivolités habituelles – parures, chapeaux, bijoux – ou, pour les plus précieuses, dans l’achat de tableaux de maître.
Ernest était le premier homme à entrer de la sorte dans son existence raisonnable. Elle avait décidé de lui accorder sa confiance et son amitié, rien de plus bien entendu, émerveillée qu’elle était de se sentir si bien comprise, flattée par tant de prévenance et d’attention. Alors, elle l’imagina dans son beau costume clair, roulant paisiblement en direction de Sainte-Marie, un léger sourire aux lèvres à l’idée de la rencontrer, elle.

Il restait encore une bonne heure avant le rendez-vous. L’impatience de madame Blanche ne l’autorisait pas à rester à la maison à tourner en rond, et comme le temps aujourd’hui était décidément délicieux, elle décida de descendre en ville et traîner dans les boutiques avant de se rendre au café.

***

Il franchit la porte battante, balaya les tables d’un regard rapide, mais ne la vit pas. Un peu déçu, il alla s’asseoir à l’angle de la pièce sur une banquette de velours près de la fenêtre qui donnait sur la rue et commanda un demi. De là, il pourrait la voir entrer et lui ferait un léger signe de la main.
Quelques habitués étaient accoudés au comptoir, des ouvriers encore en bleu de travail venus prendre leur apéro et échanger les banalités quotidiennes, les ragots locaux, la pluie et le beau temps. Un téléviseur crachait les nouvelles du jour, une serveuse rondelette au jean trop moulé préparait les tables pour le déjeuner et le patron débitait des blagues salaces aux dames du tabac d’en face qui attendaient qu’on les serve.

Il la vit sur le trottoir d’en face. Sa démarche rigide et sa robe stricte lui donnaient un air sévère que confirmaient les cheveux blonds soigneusement tirés en arrière en un petit chignon démodé. Le visage pâle et sec trahissait une inquiétude mêlée d’empressement. Bien que la rue fût peu passante, elle regarda consciencieusement à droite et à gauche avant de traverser jusqu’à l’entrée du bistrot où elle demeura quelques secondes, passa une main sur sa coiffure impeccable et rajusta de l’autre les pans de sa toilette. Puis elle entra dans le café, s’installa timidement, l’air manifestement gêné, dans l’angle opposé. Elle jeta un œil furtif autour d’elle, rajusta à nouveau sa robe et le châle en cachemire sur ses épaules, appela la serveuse et commanda un thé.

Elle ne vit pas l’homme en pardessus beige se lever soudain de la banquette qui donnait sur la rue et discrètement quitter le café.

PRIX

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Automnale · il y a
Ah je me demandais bien, Virginie, où vous vouliez en venir !
Maintenant, je sais ! Zut, alors ! Des semaines de rêves volent en éclats...
Madame Blanche devait pourtant bien se douter que Monsieur Ernest était susceptible de la voir arriver... Comme elle va être triste lors du trajet de retour ! Je le suis pour elle...
Belle et fine écriture, personnages bien campés, atmosphère superbement rendue, chute originale... J'aime...
5 voix supplémentaires... Les voilà...

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Zouzou · il y a
ah , les rencontres! ....sur les sites on en voit des floues...et j'en passe +5 !
en lice avec ' Au cœur de l'hiver ' si vous aimez

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Flim · il y a
Écriture et style fluide, histoire très agréable à lire. Bravo!
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Edmond Dantes · il y a
Insupportable de vérité : on est tenu en haleine et l'on sent que l'on va souffrir... Mes cinq voix et mon plus profond respect ! Je vous invite dans mon univers :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/le-militant-1

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Virginie DUCAY · il y a
Merci beaucoup cher comte.
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Philou · il y a
belle histoire, jolie écriture. Mes voix
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Virginie DUCAY · il y a
Merci !
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Vincent Zochowski · il y a
Un bien beau moment, mes voix ;)
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Virginie DUCAY · il y a
Merci !
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Stéphane Baï · il y a
Le bistrot peut être pris pour un lieu banal,
Mais, c'est là où de belles histoires se tressent au final.

Vous faîtes bien de lui dédier les lignes de votre belle écriture. Recevez toutes mes voix, Virginie. Je vous invite à lire mes rimes, et, si elles vous plaisent, à leurs accorder la faveur de vos voix : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/six-cas-tristes

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Virginie DUCAY · il y a
Merci beaucoup Stéphane.
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GHISLAINE · il y a
OK tout est bien en place ou du moins à l'air d'être en place, et celui qui a pourtant pris l'initiative se carapate lâchement devant la réalité: typiquement masculin mais on est toujours surpris. Banalement réaliste, mais on espère quand même ..jusqu'à la fin. bravo
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Virginie DUCAY · il y a
Ouhhhh merci!
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Curtis · il y a
La fin nous laisse libre recours à notre imagination: La réalité .
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gerald · il y a
Les mots utilisés chantent, le style est charmeur, très agréable, la suite peut être imaginée selon son désir : parfait !
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Virginie DUCAY · il y a
Merci !
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