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L'année où j'ai perdu décembre - Chapitre 22

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Thom Burnet

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Quelque part en France, un 24 décembre 2017 :

« Ça va madame Pène ? », demanda Esther en l’aidant à se relever.

La femme regarda avec dépit la rue dans laquelle Katie avait disparu. Elle soupira.

Ismaël arriva lentement et vint se poster devant elle.

Elle tourna la tête ; une surprise désespérée apparut sur son visage triste.

« Oh... Ismaël... »

Des larmes coulaient le long du visage du lutin.

« Je... » continua Madame Pène. « Je ne voulais pas que tu me voies comme ça mon cher ami ».

L’homme de petite taille était immobile.

« Tu te demandes sûrement pourquoi... »

Le silence lui semblait difficile à supporter.

« Je te dois une explication. »

Il ferma la bouche, déglutit avant de prendre une inspiration puis de se raviser.

Ils restèrent un instant en silence avant que le lutin ne parle enfin :

« Pourquoi avoir choisi cet étrange accoutrement de vieil homme enrobé si vous êtes une femme ?
- J’ai eu peur que le monde ne soit pas prêt à ce que ce rôle soit tenu par une femme.
- Le monde sûrement pas, mais nous... Nous sommes plus petits que tout le monde ! Nous ne pouvions pas vous juger ! Vous ne pensez tout de même pas qu’on vous aurait repoussée parce que vous êtes une femme ! Vous auriez pu nous le dire au lieu de continuer cette mascarade au Pôle Nord ! Je... j... je ne vous comprends pas ! »

Le lutin partit en courant vers un des sapins. Dès qu’il le toucha, il disparut.

« Je suis désolée madame Pène », s’excusa Esther. « Nous ne faisions pas confiance à Katie. J’avais besoin d’Ismaël pour passer par les sapins... »

« C’est fichu. », dit-elle, le regard perdu sur la place. « C’est sans espoir. » Elle attrapa le bras d’Esther qui se raidit. La jeune femme ne s’habituait pas à la sensation éprouvée lors de la téléportation. Elles apparurent dans le salon, sous les regards étonnés de Mathieu et Méléna. Julien était revenu et interrompit sa discussion avec Kalel et deux autres lutins qui ouvrirent de grands yeux.

Avant qu’Esther n’ait le temps de parler, madame Pène chuchota : « Allez-vous en ». Elle accompagna ces mots d’un geste de la main. Les deux couples disparurent devant les lutins éberlués.

« Mais vous êtes qui ?
- Je suis le Père Noël », cria la femme en transformant sa voix.

Les lutins sursautèrent. C’est la première fois que cette voix se faisait si forte et menaçante.

« Mais pourquoi vous vous êtes déguisé en femme ? », demanda un Kalel tremblant.

« Vous me faites chier vous aussi ! », déclara madame Pène avant de faire un petit geste sec de la main.

Les cinq lutins disparurent de l’appartement.

« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! », cria-t-elle, désespérée.
Elle ouvrit un placard de la cuisine, en sortit une bouteille de rhum et s’en versa un grand verre qu’elle but d’un trait. Elle jeta ensuite le verre à travers la pièce, des larmes aux yeux. Elle s’effondra sur le plan de travail.


Derrière l’immeuble, devant un sapin, les cinq lutins réapparurent. Floribel et Amaël, des pansements toujours sur le visage, ainsi que Babel, Kalel et Maël firent le tour du pâté de maison et sonnèrent à l’interphone. La femme ne leur répondit pas. Ils essayèrent plusieurs fois avant que le micro ne se déclenche : « Foutez-moi la paix. Si vous remontez, je vous expédie là où vous ne trouverez aucun sapin pour revenir me faire chier ! » Ils n’eurent pas le temps d’argumenter que le grésillement s’était déjà interrompu.



A des centaines de kilomètres de là, Anatole Guilbert était attablé avec Samuel et un autre homme à la terrasse d’un café. Une bouteille de vodka à moitié vide trônait sur la table. Les trois hommes riaient.

« Attends, attends Michel ! » bafouilla Anatole. « On va jouer à un jeu ! Tu veux qu’on te dise un truc f... fffff.... Fomplètement cou ?
- Vas-y. » répondit l’autre, en dodelinant.
" Oh ouais ! » renchérit Samuel.

« Rhooo... Attends... on va jouer. On va dire qu’on dit tous un truc fou et celui qui gagne... et ben... euh... c’est çui boit !
- D’ACC ! » cria Michel, le pouce en l’air.
« D’ACC ! D’ACC ! » répéta Samuel.

« Je commence ! Alors, moi... en fait... tu vois cette branche de sapin ? » dit-il en sortant la branche de sa poche. « Ben c’est un téléphone ! » Samuel partit d’un grand éclat de rire alors que Michel le regardait sans comprendre.

« Mais c’est pas le plus fou », ajouta Anatole. « Le plus fou, c’est que c’est un téléphone magique ! »

Tous rirent bruyamment.

« Mais un téléphone pour parler à qui ? » demanda l’homme.

« Attends, faut pas le dire trop fort », chuchota Anatole. Il lui fit signe d’approcher. « C’est pour parler au Père Noël ! »

Il rigola et l’autre l’imita. Samuel était tombé de sa chaise sous le coup de son hilarité, ce qui redoubla le rire des deux autres.

« Ben si toi tu parles au Père Noël, moi, j’ai mieux, » reprit Michel.

« Et ben vas-y donc » proposa Anatole.

Samuel se hissa avec difficulté et s’assit sur sa chaise.

« Et ben moi, ton Noël, je vais le... dé... je vais le détruire ! »

La crise de fou rire reprit. Les trois hommes faisaient des bruits de bombes plus ou moins réalistes.

« Comment que tu vas faire tout seul ? » demanda Anatole.

« BEN JE SUIS PAS TOUT SEUL », cria Michel. « J’ai des copains ! Et ce soir, à huit heures, on va bruler le marché de Noël ! »

« Pin pon, pin pon ! », s’exclama Samuel en se resservant un verre.

« ATTTENDS ! », cria Anatole en arrêtant le lutin qui avait commencé à boire. « On a pas encore dit ! Et Michel a p’tet pas fini ! Hey Michel ! »

Celui-ci acquiesça. « Ouais mon gars ! J’ai pô fini ! On va bruler le marché de Noël ET on va cambrioler des magasins de jouets pour faire une distribution de cadeaux à tous les gentils petits enfants ! Ce sera notre ANTI-NOËL ! »

Anatole s’écria : « Alors ça c’est plus cou que tous les cou de tout le monde ! Je vote pour toi ! Samuel, t’es iliminé ! T’as bu avant... Michel, t’as gagné ! Vas-y tu peux boire cul sec ! », dit-il en lui versant un plein verre d’alcool.

L’homme but d’un trait. Il regarda sans comprendre Anatole se lever, attraper Samuel par le bras et partir.

« Ben attends Ann... Anno... Anatole ! Ben merde ANATOLE ! Ben ce con il est parti ! Ben j’ai la bouteille pour moi ! C’est sympa ! »

Anatole tenait fermement Samuel et avançait rapidement vers le sapin qui faisait l’angle de la rue.

« J’espère que tu sais voyager en sapin même bourré » lâcha-t-il à un Samuel qui comptait les rennes qui tournaient autour de lui.

Le lien du chapitre 23 est rappelé dans les commentaires ci-dessous :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lannee-chapitre-23

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Pascal Depresle · il y a
Je viens aussi de rattraper mon retard, alors au 23 ...
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Thom Burnet · il y a
Le chapitre 23 est déjà en ligne : http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lannee-chapitre-23
Bonne lecture !

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Dom Dom · il y a
Bon j ai rattrapé le retard lié à un autre événement de’ decembre
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