la tribu épargnée

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Je suis passionnée de littérature, je me souviens d'avoir toujours écrit, textes et poèmes. J'aimais en jouer comme d 'une lyre . Depuis peu retraitée de la fonction publique , j'ai succombé  [+]

La tribu épargnée
Cramponnée aux rênes, Sirona lançait son cheval sur les pistes poussiéreuses, flattant l’encolure de la bête de sa main nerveuse et impatiente, farouche jusque dans ses cris d’encouragement. Le cheval renâclait parfois mais la jeune femme n’hésitait pas à forcer sa monture. Erwan assistait au conseil des maîtres. A l’instant même, tout se jouait autour de la salle rougeoyante éclairée par la lueur des bûches qui flambaient dans la cheminée centrale .Si la décision de partir en guerre contre les envahisseurs romains était prise dans la soirée, elle ne verrait plus Erwan que pendant quelques heures et leur mariage serait retardé. A cette pensée, elle éprouva une telle douleur qu’elle éperonna plus vivement son cheval qui, aiguillonné par la peur, fila à fond de train dans la longue suite des haies environnantes. Sirona s’était isolée quelque temps dans la forêt des chênes pour trouver un apaisement à ses craintes. Ni le chuintement des sources pures, ni le pépiement des oiseaux amicaux, ni le rideau ombragé des feuillages n’avait atténué le grand bouillonnement de son âme effrayée. La fille du chef de la tribu ne pouvait que se soumettre aux ordres dictés par la loi. Pourtant elle pouvait se mêler à la guerre ; ses prouesses guerrières, son habileté au maniement des armes en avait fait une fière combattante capable de rivaliser avec les plus valeureux hommes de son village mais elle redoutait les remontrances d’Erwan qui n’aimait pas la voir s’exposer aux rudes tâches. Le vent du soir commençait à fraîchir, elle sentit le froid la transpercer.
En franchissant l’entrée de la palissade, elle eut le cœur serré. La nuit pesait sur les huttes. Il n’y avait plus que des amas d’ombres qui accentuaient l’assoupissement du village. Les vieilles superstitions surgirent. Elle aurait voulu se soustraire à leur envoûtante magie mais elle se sentait déjà ensorcelée. D’invisibles résilles l’enveloppaient, elle se perdait dans d’étranges volutes de fumée qui s’enroulaient autour d’elle comme autant de cercles sulfureux. Les feux brûlaient. Les torches flambaient. En entrant dans la salle de réunion, elle entendit les bûches crépiter dans l’âtre.
-« Assez de violence ! On ne peut supporter de telles barbaries ! Qui est le plus barbare d’entre nous, Rome ou la Bretagne ?  »
Assis sur des peaux de bêtes ou sur des bancs de bois brut, grands et hirsutes, velus, moustachus, habillés de braies, emmitouflés dans d’épaisses capes de laine, ils parlaient bruyamment. Sirona reconnut la voix de son père Brendan qui exhortait les autres hommes de la tribu à lever une troupe de guerre. Les visages se multipliaient dans la fumeuse clarté vacillante, s’éloignaient, se rapprochaient en une sorte de gigue étourdissante et effrayante.
-« On m’apporte des nouvelles qui demandent à être examinées de près. Elles ne sont pas réjouissantes ; on parle de villages pillés, de femmes abusées, et d’hommes massacrés. L’empereur avait promis une occupation clémente, pacifique. Il semble que des débordements de la part d’une soldatesque déboussolée se propagent au sud de la Grande Ile. Nous serons menacés si nous n’arrêtons pas cette débauche d’exactions. Je laisse la parole à celui qui est venu de très loin nous mettre en garde.
-« Nous autres qui passons de tribu en tribu sommes inquiets par ce qui se passe en ce moment. Je dois partir au plus vite me réfugier au-delà des montagnes après avoir rallié le plus de confrères possibles. »
Celui qui parlait ainsi d’une voix grave et solennelle portait une saie blanche. Des cheveux argentés lui tombaient sur les épaules ; une grande sagesse émanait de toute sa personne. Il attendit un peu avant de commencer.
-« Les druides sont voués à l’extermination, dit-il. Ses doigts se crispèrent sur les plis de sa cape. C’est maintenant qu’il faut agir.
Ils se concertèrent longuement. Sirona aperçut enfin Erwan. Le jeune homme se tenait dans l’ombre, la main sur son glaive.
Grand, ses cheveux blonds tombant en mèches abondantes sur les épaules, il paraissait songeur. Sirona se garda bien de le déranger. Il était libre de prendre sa décision. Elle ne voulait pour rien au monde devenir pour lui une mesure à considérer. La hutte était décorée de têtes coupées, trophées des guerres conduites depuis des années contre la domination romaine. Certaines tribus avaient accepté de pactiser avec l’ennemi et de servir sous ses ordres tandis que d’autres étaient fermement opposées à cette occupation. La tribu de Brendan en faisait partie. Le petit village vivait isolé dans la forêt et produisait juste ce qu’il fallait pour se nourrir. Cette relative autonomie avait suscité des remarques acerbes de la part des tribus voisines qui commerçaient avec les Romains. Brendan, lui, ne participait pas aux affaires politiques de son pays, répétant sagement que tant qu’on ne touchait pas à ses terres, il continuerait à vivre en paix avec son peuple.
Sirona se souvenait de sa jeunesse avec Erwan. Tous deux avaient grandi dans la sauvage liberté des terres où était bâti leur village de huttes en bois, aux toits de chaume, aux murs enduits de torchis. Ils avaient ensemble appris à travailler aux champs, à semer le blé et l’orge ; ils avaient maintes fois galopé dans la forêt en riant si fort que les chênes avaient dû inscrire dans leurs écorces noueuses le retentissement de leur bonheur. Une clameur immense interrompit ses pensées. Le vote avait adopté à l’unanimité la voie de la guerre. On ferait la guerre ! Sirona frémit. Une sourde angoisse l’envahit. Sa vie allait changer.
Le soir, dans leur cabane, elle ne put s’empêcher de serrer plus fort Erwan dans ses bras et c’est avec fébrilité qu’elle murmura :
- Nous les femmes, nous sommes condamnées à attendre.
- Il vaut mieux, dit Erwan en caressant les longs cheveux bouclés de Sirona . Ton nom signifie « étoile ». Tu es la bien nommée. Je te verrai briller dans le ciel.

Erwan appréciait la paix du foyer qu’elle avait su créer pour eux dans l’unique pièce où un feu de bois brûlait, éclairant les quelques meubles d’un ameublement rustique. Les seules marques de sa haute naissance se voyaient dans les objets en or que possédait la jeune femme. Fibules, miroirs, épingles à cheveux, bracelets, torques torsadés, anneaux aux chevilles lui assuraient un confort qu’Erwan considéra cette fois d’une tout autre manière. Allait-elle perdre tout cela, elle et toutes les femmes de la tribu si le combat tournait court et que l’envahisseur décidait de tout s’approprier ? Des vêtements aux étoffes richement lisérés de soie indiquaient les goûts raffinés de Sirona qui était belle dans tout ce qu’elle entreprenait ; Erwan en prit conscience .Il s’imprégna de l’exquise fragrance que dégageait celle qui devait devenir sa femme. Leurs regards se firent plus brûlants. Ils s’abandonnèrent à la chaleur du désir qui les embrasait.
- Il faudrait retenir une date et ton retour paraît si incertain !
- Nous savons tous les deux que nous nous unirons. Rien ne pourra nous empêcher de le faire. Tu seras ma femme quoiqu’il arrive !
Sirona se confondit en mille promesses. Ils se firent des serments. Puis elle voulut lui offrir un talisman. Elle lui présenta un médaillon finement sculpté, creusé de motifs entrelacés. Elle le noua autour du cou, l’enfouissant dans le col de la chemise en lin. Le jeune homme se laissa faires sans mot dire. Sirona travaillait le chanvre et le lin avec passion comme l’artiste qu’elle était sans le savoir. Elle avait la réputation dans la tribu de ciseler avec minutie une profusion d’arabesques sur divers métaux, sur les bois et même sur les étoffes. Il l’avait souvent vu reproduire quelques fresques sur des parchemins. Sirona vivait dans une liberté de mouvement qui faisait honneur à ses convictions. Elle aimait conduire sa vie selon sa propre volonté. L’immense activité qu’elle déployait, l’indépendance avec laquelle elle menait ses affaires l’entourait d’un nimbe de séduction. Erwan qui avait grandi avec elle, ne se voyait pas vivre sans elle. Ils étaient déjà unis par le clan, leurs familles, leurs activités, les passes d’armes, les travaux des champs et les débats au sein du Conseil des chefs de la tribu à laquelle ils appartenaient. Le feu dans la cheminée centrale rougeoyait. Fils d’un guerrier, Erwan ne craignait pas le combat ni la mort mais il crut entendre dans les flammes frémissantes, les longs hurlements des héros meurtris, excédés par les batailles.
Le lendemain, il était parti avec ses compagnons de guerre, rejoindre la tribu voisine qui se joignait à eux pour lancer une offensive contre les oppresseurs romains. Restée seule avec les enfants, les femmes, les vieillards, les artisans et les gens de la terre, Sirona se dirigea vers la forêt et s’y engouffra. Elle avait besoin de se recueillir. Les bois qui entouraient les hautes palissades de son village cachaient les mystères de l’enseignement dispensé par les druides de son clan. Elle avait besoin de s’imprégner des sucs libérés de la terre ; elle voulait se doter de la forte énergie qui s’en dégageait. Elle sentait que des événements incontrôlables se préparaient. Il lui fallait recueillir la vitalité qui se renouvelait dans les sous-bois de la forêt, se charger de toutes les essences, de toutes les sèves pour se préparer elle aussi à un combat qui menaçait de s’éterniser.
Au bout de trois jours, un émissaire arriva en pleine nuit, porteur de nouvelles lugubres. Sirona fut réveillée par un incroyable désordre, un cliquetis d’armes, un concert de cris puis des torches furent allumées. Soudain, la grande salle de réunion fut le théâtre de conciliabules et de débats houleux. Son père, chef autoritaire mais juste d’une tribu qui lui vouait une fidélité sans ombre, passa toute la nuit en discussion. Il s’empressait de mener à bien plusieurs tâches, aidé des sages avis du druide. Quand elle se réveilla, le lendemain, Sirona s’aperçut que tout avait changé. Elle ne s’était pas inquiétée du remue-ménage nocturne si bien qu’elle se précipita à la salle de réunion dès que son père la fit prévenir qu’elle devait se tenir prête.
- La tribu est menacée, dit le grand Brendan drapé dans sa cape noire bordée de lourdes franges. Nos éclaireurs indiquent que les troupes romaines se dirigent vers nous sachant que le village s’est vidé de ses guerriers.
Il ne put continuer à parler plus longtemps. Les veilleurs avaient repéré des mouvements suspects à l’orée des bois. Bientôt, il ne fut plus question que de s’enfermer dans les pièces principales. Sirona frémit en entendant hennir les chevaux. La lande était martelée par une cavalcade déferlante : des cris montaient, rageurs, pleins d’une ire folle : c’étaient des soldats romains exultant de joie, fonçant vers la tribu longtemps insoumise. Le général romain Sertorius fit savoir qu’il comptait sur la coopération passive des habitants lorsqu’il entrerait dans le village avec ses hommes. L’invasion serait douce s’ils capitulaient. Il n’y avait que deux guerriers dans le village, Brendan et Padrig, son fidèle assistant. Le druide, le barde et les fermiers formaient le reste du groupe des hommes valides. Fallait-il les envoyer à la mort alors qu’on ne savait rien du sort de ceux qui étaient partis combattre les troupes romaines dans les régions occupées. Brendan s’inclina. Il fit ouvrir les lourds battants de la porte d’entrée. Les Romains devancés par leur chef Sertorius, hautain et froid, envahirent la place centrale où une pierre levée, fichée dans le sol semblait s’élancer vers des hauteurs insondables. Sertorius et le commandant en second Marcus, des lieutenants et ses soldats s’installèrent dans la salle de réunion où, apeurés, les femmes et les enfants se serraient les uns contre les autres. Seule Sirona se tenait bien droite, la main fermement placée à sa ceinture où une épée dans son fourreau de cuir tanné lui couvrait la jambe droite. Après quelques palabres, il ne fut plus question que d’emménager la nouvelle vie. Avec le sens de l’organisation dont ils étaient coutumiers, avec méthode et stratégie, les chefs romains attribuèrent à chacun un rôle qu’il fallut apprendre à contrecœur. Fièrement, Sirona s’y appliqua avec une concentration si feinte que le second général Marcus ne la quitta plus des yeux. La jeune femme sentit son regard maintes fois peser sur elle. Chacun de ses gestes était soupesé. Comme un cheval sauvage qui renâcle, Sirona, indomptable, ne se laissait pas apprivoiser. De la voir ainsi, rendait Marcus plus attentif. Il s’approcha d’elle. Il n’y avait aucune animosité dans son regard ni aucune agressivité dans ses paroles. Il se croyait investi d’une haute mission. Si la terre et la mer pouvaient se rejoindre sur le rivage sans qu’aucun ressac ne les éloigne sans cesse l’une de l’autre, si l’occupant et l’insulaire trouvaient un endroit où s’accorder en paix, il n’y aurait plus jamais besoin de faire la guerre. Il avait une belle voix forte, des intonations profondes. Rien ne semblait déranger son calme. Il sut garder sa belle prestance, noyant Sirona de ses paroles altières, ardentes, avenantes .Il parla de fusion, d’union, de concorde. Cela dura des jours et des jours tant et si bien que la jeune femme se retrouva auprès de lui à toutes les promenades. On aperçut le couple dans les allées du village ; la cavée, disait-on, qui menait aux champs fut le terrain de leurs joutes courtoises ; on les vit sur les pistes ; on les vit chevauchant ensemble sur la lande épineuse où l’herbe rase était sans cesse traversée par un vent frais et mordant. Le soir, auprès de la haute cheminée de la grande salle où les troupes s’entassaient, Marcus invitait Sirona à partager un repas agrémenté de produits qu’il faisait convoyer : vins blancs d’Italie, foie gras, friandises et mets relevés changèrent les menus ordinaires. Il n’y eut aucun pillage.
Cependant, un ordre nouveau s’installa. Les conquérants se conduisaient en hommes du monde même si ce monde était étroitement surveillé. Les jours s’écoulèrent dans une paix relative. Si des regards chargés de méfiance faisaient naître un certain malaise, chacun savait se taire au moment le plus opportun. Mais tout changea un soir. Le général Sertorius rassembla ses hommes. Il y eut une réunion secrète .Sirona essaya d’en savoir plus en interrogeant Marcus. Mais le jeune commandant avait perdu sa mâle assurance. Après une longue promenade dans les champs, alors qu’ils goûtaient tous deux à la suave quiétude qui émanait de la lande couverte de brume, Marcus se tourna vers Sirona et lui offrit un cadeau enveloppé dans son emballage argenté. Lorsque Sirona ouvrit l’écrin et vit le sautoir finement travaillé, elle ne put s’empêcher de tressaillir devant tant de beauté. Le travail venait d’ailleurs. Elle n’avait jamais vu un tel assemblage de pierres enchâssées sur des fils d’or ! Marcus vit son étonnement suivi d’une imperceptible hésitation. Il dit rapidement :
- « Il y a un moment déjà que je voulais vous l’offrir .C’est un symbole auquel je croyais. Mais je suis revenu de mes illusions ! Il semble qu’il soit difficile de réunir nos deux peuples.
-Vous aviez des rêves, dit-elle, songeuse.
- Plus qu’un rêve. Je voulais un partage, une grande alliance !
- Il faudra attendre. Tout le monde ne semble pas du même avis.
- J’ai cru un moment.... Un souffle de liberté m’a traversé...un vertige. Votre blondeur, votre sérénité ont dû agir sur moi comme un baume. Je vous ai vue, j’ai cru à l’impossible ! »
Siroan ne bougea pas. Elle ferma les yeux .Ces tourbillons dont il parlait, elle les avait ressentis aussi et les avait reçus avec surprise lorsqu’elle marchait à ses côtés, perdue dans de douces rêveries. Elle avait navigué un moment avec lui sur l’embarcation les menant vers cet infini dont on parlait dans la tribu. Elle se rendit compte qu’elle avait pris plaisir à évoquer des mondes disparus, qu’elle avait vécu dans cet imaginaire que des légendes récurrentes savaient retracer avec une passion déchirante. Elle avait rebondi dans le paradis qu’une étoile lui indiquait ! Mais elle ne pouvait pas le lui avouer .Elle ne voulait pas ressentir une quelconque forme de trahison vis à vis de son peuple. Ils réalisaient tous deux en silence qu’ils avaient pris un sentier étrange où très vite s’étaient bousculées leurs âmes égarées.
Les nouvelles étaient alarmantes. Les hommes d’Erwan s’étaient vengés en défendant les tribus voisines malmenées, mis à sac par les fiers occupants. Marcus et Sertorius avaient donc appris que des romains avaient péri dans des conditions affreuses, décapités sauvagement par une horde de barbares hurlant des cris de mise à mort. Ils n’avaient pas seulement été consternés. Sertorius avait reçu de Rome des ordres qui l’obligeaient à poursuivre les féroces assaillants et à les exterminer jusqu’au dernier. Sirona fut épouvantée pendant un instant. N’allait-il pas assouvir sa haine en les décimant tous ou en les retenant prisonniers ? Le village ne comptait plus que femmes et enfants, vieillards et gens de la terre qui veillaient sur les récoltes. Qu’allait-il advenir d’eux ? Marcus et Sertorius pouvaient se retourner contre eux. La vengeance était chose facile ! Erwan et ses hommes avaient pris les armes pour les mêmes motifs ! Sirona leva les yeux vers Marcus. Une longue interrogation s’y inscrivait. Marcus semblait accablé. Il ne la regardait plus. Il se concentrait sur les champs labourés, les buissons d’ajoncs prêts à se couvrir de fleurs minuscules. La bruyère gonflait, montrant ses timides pétales mauves. Plus loin, les bois s’étageaient. Les travaux des champs, les travaux forestiers, l’élevage des bêtes continuaient. Il avait goûté à cette paix, il s’était levé à l’aube, s’était couché à l’heure des contes, s’était endormi auprès d’une lune bienveillante. Jamais rêve n’avait été plus ensorcelant ! Est ce pour cela que la nuit suivante, il obtint gain de cause lorsque Sertorius proposa de lever le camp ? Sirona vit les troupes partir à l’aube. Il n’y eut pas de représailles. Ils étaient sauvés mais qu’en était-il d’Erwan et de ses hommes ?
Trois mois plus tard, alors que le village désespérait de ne plus pouvoir revoir ses jeunes gens, Erwan franchit les palissades. Les chevaux fourbus, les hommes exténués, mourant de faim et de soif suivaient lentement la colonne désabusée, heureuse d’avoir échappé aux Romains. Tous savaient que ce n’était que partie remise. Le village figurait sur une liste noire. Un jour ou l’autre, Sertorius abattrait l’épée qu’il faisait planer au-dessus de leurs têtes. Erwan prit Sirona dans ses bras :
-« Je ne sais pas ce qui s’est passé pendant mon absence mais nous avons beaucoup de chance. Je croyais que je ne te retrouverai jamais vivante ! La rumeur disait que le village avait été décimé et que vous aviez tous péri !
Sirona soupira. Quand trouveraient-ils enfin cet instant de paix pour pouvoir célébrer leur mariage ? Elle ne put que murmurer :
-C’est une rémission, un peu de temps fragile qui nous est donné pour que nous puissions nous marier. »
Elle pensait à la longue traîne ajourée qui blanchirait l’allée qu’elle emprunterait avec Erwan. Ils marcheraient entre les pierres dressées qui menaient jusqu’à la vaste clairière où ils avaient décidé d’échanger leurs vœux. Sirona pensait avec émotion aux membres de la tribu rassemblés autour d’elle. Chacun confondu dans une joie simple serait présent avec une coupe au creux de la main. Elle songeait aux chants qui monteraient en chœur, brisant le silence alentour ; elle se récitait déjà les prières que l’on psalmodierait aux dieux de la tribu. La déesse de la fécondité serait invoquée, Birgit, et puis d’autres, Anna, Rhianna.. . Mais Sirona évoquerait aussi la déesse Epona, reine des chevauchées éperdues d’allégresse. Epona, c’était les courses entre amis, les galops intrépides où l’on sentait souffler le vent d’une liberté toujours recherchée.
Le soupir de Sirona se fit si doux qu’Erwan y trouva sa propre raison de vivre.
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