La salissante histoire des Horribilus - partie 1

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L'air embaume une écœurante odeur de fumée et de poissons pas frais. Crado prends de grandes inspirations pour s'imprégner de cette puanteur qu'il affectionne. Près de lui, dans un bruit métallique, Beurk fouille dans un sac-poubelle éventré et en ressort une pomme blette qu'il brandit victorieusement. Le drôle de petit être renifle et croque dans le fruit. Le jus sucré lui coule sur le menton.
Les créatures sont perchées tout en haut d'un tas de détritus où se mélangent boites de conserve, chaussures abîmées, bouts de plastiques, cartons déchirés, reste de nourriture et tout un tas d'autres choses peu ragoutantes.
Les frères Horribilus aiment cet endroit. Ils surplombent ainsi toute la ville de Jolicoeur.
Crado et Beurk vivent à l'écart des habitants. Avec leur cadet, Dingus, ils ont élu domicile au centre de l'ancienne déchetterie de la ville.
Abandonné depuis plusieurs années, fermé par des grilles de fers noirs, l'emplacement est insalubre et chargé des émanations toxiques de l'usine chimique située à quelques mètres à peine. Lorsque le vaisseau des trois Horribilus fait d'obsidienne s'est écrasé sur la déchetterie, ce sont les relents d'égouts et la crasse du lieu qui ont conquis le cœur de métal des frères.
Dingus, Crado et Beurk se sont donc appropriés le terrain et comme personne n'y vient jamais, ils ont pût mener leur existence tranquillement.
Ainsi nul humain n'a eu à voir l'étrange apparence des jeunes extraterrestres. En effet, malgré un visage d'enfant, les longues oreilles pointues au-dessus de leur crâne et les fines moustaches blanches de chaque côté de leurs lèvres, ont de quoi surprendre. N'oublions pas leur corps de métal argenté et leur queue de chat attaché à leur fessier, sans parler des jambes de boucs qui leur permettent de se maintenir debout. Oui, tout cela pourrait effrayer de simples terriens.
Mais heureusement, personne n'a rencontré les frères.
Aujourd'hui est un jour ordinaire. Le soleil de ce mois de juin est caché par des nuages d'un gris maussade et les Horribilus traînent sans but précis. Dingus se roule dans une mare de boue, se délectant à l'idée d'être sale. Un bruit de grincement se fait soudainement entendre, interrompant l'extraterrestre dans son loisir. Ce dernier, couvert de gadoue, se lève et s'approche de la grille d'où provient le son. Il voit alors s'engager devant la déchetterie, un carrosse énorme, couleur rose bonbon, en forme de citrouille. L'alien ne distingue pas les passagers, enfermés dans cette bulle, mais il recule à la vue des chevaux noirs aux naseaux frémissants, tirant le véhicule. Le cocher, le dos droit et l'air dédaigneux, fixe la route sans même apercevoir Dingus.
Juste derrière, des gardes vêtus d'un costume rouge, fermé par des boutons dorés, et d'un haut chapeau sombre, marchent d'un même pas. Et après eux, un petit bonhomme au ventre rond et à la longue barbe brune, portant des lunettes cerclées, trottine en criant d'une voix claire et rapide :
— Avis à toute la population de Joliecoeur, notre bien-aimée princesse Élora a disparu. Quiconque a un indice sur l'endroit où elle peut être doit impérativement en avertir monsieur le maire Grosgentil qui sera à l'hôtel de ville toute la journée et toute la nuit !
Dingus se frotte les yeux de ses mains pleines de boues. Il n'a jamais vu autant de monde passer devant la déchetterie.
L'alien s'éloigne pour rejoindre ses frères. Crado et Beurk sont dans un coin, assis sur un matelas avec des ressorts qui leur pique les fesses. Chacun a dans les bras un gros rat gris qu'ils caressent gentiment. Alors que celui de Crado s'agace et lui mord une de ses phalanges métalliques, à côté de lui, Beurk lâche son rongeur qui en profite pour s'enfuir en couinant. L'extraterrestre se lève du matelas et pointe quelque chose de son doigt rouillé. Ses frères regardent dans la direction et aperçoivent une petite fille, toute jolie, aux boucles d'un brun si clair qu'il est presque blond, portant une robe à crinoline rose avec des paillettes dorées. Elle a des gants blancs à chaque main et un chapeau assorti à sa tenue.
L'enfant remarque les extraterrestres et relevant le menton, s'avance résolument vers eux. Ses derniers, effrayés par cette soudaine apparition, reculent de quelques pas.
Arrivée à leur hauteur, la fillette croise les bras contre son torse et d'un ton boudeur s'exclame :
— Je veux rentrer chez moi ! Ramenez-moi !
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Joëlle Brethes · il y a
Comme j'avais réservé ma déclaration d'amour au dernier opus et que je crains finalement de créer des tensions entre eux, je reviens liker les deux mis (injustement) de côté ! ;)
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Ode Colin · il y a
Merci, oui il vaut mieux éviter les conflits entre les chapitres ;-)
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Randolph B. · il y a
Lu nez pincé, mais avec plaisir...partie deux !
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Ode Colin · il y a
Ça me fait plaisir... Désolé pour les odeurs 😉