La révolte des damnés.

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Nouvelles, poésies, chansons : textes et musiques... tels sont mes loisirs :) VOUS POUVEZ RETROUVER MES CHANSONS ICI : YouTube : https://youtube.com/user/Conan25036890 J'en ai posté ici aussi  [+]

Le printemps. Période de grand ménage. La lumière du soleil traversait les velux entrouverts par lesquels pénétrait un parfum d’herbe fraichement tondue et des chants d’oiseaux vigoureux après un repos forcés. Les rais de lumière jouaient avec la poussière qui flottait, créant un brouillard artificiel qui prenait à la gorge et piquait les yeux. C’était la seconde fois qu’elle pénétrait dans ce grenier.
La première, il y a bien longtemps, alors qu’elle n’était qu’une petite fille. Bravant ses peurs et sous les encouragements de son grand-père, elle avait gravi l’escalier, tremblante, avait ouvert la porte, mis un pied dans l’embrasure, jeté un œil, puis repris l’escalier en courant, préférant le grand air et le jardin comme air de jeu. Il n’y avait vraiment que les adultes pour voir en ce lieu obscur, un lieu magique et féérique de rêves à venir...

Aujourd’hui, à la lumière d’un soleil printanier elle y revenait sans crainte, repensant avec amusement à cet épisode lointain. Ses parents lui avaient légué cette maison, du rangement s’imposait pour la faire sienne.
Pour un adulte, il est vrai que se replonger ainsi dans un tel univers, fourni d’objets lourds en souvenirs, pouvait être plaisant. La nostalgie lui mettait du baume au cœur. Mais pour une enfant, ces objets insignifiants, amassés dans un coin sombre...
Elle triait, rangeait, jetait depuis quelques heures lorsqu’elle découvrit une malle bâchée, tirée dans le coin le plus bas des combles. Elle la fit glisser sous la lumière d’un velux, ôta la bâche et ouvrit le couvercle bombé.
Des livres.
Des livres anciens à la couverture de cuir, d’autres simplement cartonnés, à la mauvaise reliure et dont certaines pages dépassaient, témoins d’un mauvais encollage.
Ce qui la frappa de prime abord, ce fut le thème, un lien entre tous ses recueils : les religions. Elle n’y connaissait pas grand-chose, mais aucune ne devait manquer à l’appel. En tout cas pas celles dont elle avait déjà entendu le nom. Et bien d’autres ici.
En parcourant les ouvrages, dont certains lui paraissaient assez précieux, l’un d’entre eux attira son attention. Il s’agissait d’une espèce de carnet. Si ce n’avait été que cela, elle n’y aurait pas prêté attention, mais il y avait autre chose...
Le carnet était entouré d’une fine chaîne d’acier fermée par un cadenas doré.
« La révolte des damnés ». Cela aiguisa un peu plus sa curiosité. Elle tira sur la chaîne, la tordit, essaya de la faire glisser... rien à faire ! Une mince plaque de métal avait été glissée sous la couverture pour en empêcher la déformation.
Une pince ! Un tournevis ou un couteau ! Il lui fallait quelque chose pour forcer la protection du mystérieux ouvrage.
Elle reposa le livre, descendit l’escalier presque en courant sans s’en rendre réellement compte, puis remonta les marches, trois par trois, munie t’un tournevis. Elle reprit l’ouvrage, glissa l’outil sous la chaîne et commença à tirer, pousser, soulever, en prenant appui sur la plaque de métal, labourant ainsi la couverture du carnet.
Rien à faire !
La chaine et le cadenas lui résistaient. Elle s’énervait. Il lui fallait l’ouvrir ! Plus rien ne comptait d’autre à son esprit désormais.
Elle redoubla d’énergie.
Soudain, le tournevis ripa, entamant le pouce de sa main gauche. Dans le même mouvement, la pointe de l’outil glissa sur la surface du cadenas y déposant une trace de sang.
Elle lâcha livre et outil, porta son doigt à ses lèvres en pestant et entendit dans le même instant le déclic caractéristique d’un ressort qui se relâche...
Le livre heurta le sol et s’ouvrit sur sa page de garde.
Elle ne bougeait plus, le doigt dans la bouche, les yeux écarquillés et brillants. Elle resta ainsi quelques secondes, puis se pencha lentement pour ramasser le carnet. Elle se redressa en constatant avec surprise que le titre sur la page de garde était manuscrit. L’écriture de son grand-père. « La révolte des damnés. » en lettres rouges...
Elle tourna la page, fébrile, posa ses yeux sur les premiers mots, lut les premières phrases. A mesure qu’elle parcourait les lignes écrites par son aïeul, ses yeux s’agrandissaient, sa bouche s’entrouvrait en un rictus crispé.
Elle tremblait presque mais ne pouvait détacher ses yeux des pages qu’elle avalait avec une frénésie croissante. Alors elle s’adossa au mur et se laissa happer par le carnet.

La nuit était tombée. Le feu crépitait dans la cheminée. La journée avait été belle, mais le soir, la température chutait encore rapidement. Douillettement enroulée dans un grand châle, les deux mains serrées autour d’un mug de thé bouillant, le carnet sur les genoux, elle entamait le dernier chapitre de cette histoire surprenante.
Elle se sentait un peu ridicule de ce qui s’était passé un plus tôt. Ridicule et amusée. Adulte, elle se croyait à l’abri du pouvoir exercé sur les esprits par un grenier. Combien elle s’était trompée. Ces lieux resteraient toujours et pour tout le monde, des endroits particuliers. Magiques pour les uns, maléfiques pour les autres.
Finalement, sa seconde aventure dans ce grenier ne lui avait pas plus réussie que la première. Elle sourit à cette évocation.
Elle était restée au moins trois heures à dévorer le manuscrit de son grand-père. Elle en avait mal au dos d’être restée ainsi, courbée sur ces lignes, mal aux yeux d’avoir lu autant dans la pénombre et la poussière.
Dans cette atmosphère, son cœur s’était emballé, ses sentiments, ses émotions, sa perception s’étaient trouvées décuplés, déconnectés des réalités cartésiennes. Son esprit s’était échauffé, avait imaginé, vu des choses irréelles...
Elle faisait tourner le petit cadenas entre ses doigts. Le ressort dépassé par le petit trou sur le dessus. Un petit rire lui échappa de nouveau. Comment avait elle pu imaginer un seul instant que son sang avait était la clef de cette serrure. Elle s’était acharnée sur la petite chaîne qui lui avait semblée plus fragile, alors que le mécanisme du cadenas, attaqué par la rouille, avait cédé en heurtant le sol.
Oui ! Les greniers étaient vraiment des lieux à part dans une maison. Comme les caves d’ailleurs. Des lieux mystérieux, que l’on n’investit jamais complètement, qui content différemment, suivant la sensibilité de chacun, les secrets qu’ils recèlent.

Cette aventure avait eu un effet positif sur elle : cela lui avait donné envie d’écrire. Le manuscrit de son aïeul, était une bonne histoire qu’elle était bien décidée à voir publié. Agrémenté en préface de sa mésaventure ou inclus à l’histoire, cela pourrait même avoir son petit succès. Ce livre, elle le cosignerait de deux noms : celui de son grand-père et le sien.
Tout cela lui apparaissait vraiment comme une excellente idée. Pour l’instant du moins... à deux heures du matin. Qu’en serait-il demain à l’épreuve du jour ? Combien d’idées géniales évoquées de nuit se sont vues rejetées une fois examinées à la lumière du soleil ? Car comme les greniers, les nuits aussi ont quelques choses de magiques.
Pour l’instant, peu lui importait ! C’est avec cette idée et le sourire aux lèvres qu’elle voulait s’endormir, enroulée sur son canapé, le petit manuscrit serré conte son ventre, bercée par le doux crépitement du feu dans la cheminée.
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