La dame au chapeau

il y a
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Mon avatar : Un graf depuis longtemps disparu. Il personnalise mon état d'esprit : Réagir et l'écrire.

Emmitouflée dans un trois-quart douillet, sur une ample robe qui battait au vent laissant apparaître des petites bottines à talons, elle cheminait le long du vieux port. Sa silhouette élégante, son port altier, ses pas qui laissaient deviner l'habitude des podiums, captèrent mon attention. Délaissant pour un temps mon expresso, je la suivis des yeux.

Une saute de vent soudaine, jeta son chapeau dans les eaux. Une folie me prit, je sautais et en m'ébrouant comme un chien mouillé, rapportais son galure à la belle décoiffée.

Surprise, une adorable petite vieille de quatre-vingts printemps m'apostropha en ces termes « Jeune homme, si je n'avais pas d'éducation, je dirais que vous êtes vraiment très con. Risquer une fluxion pour un galurin sans valeur. Je vous soupçonne de quelque méprise sur le bénéfice amoureux escompté. Suivez-moi jeune homme... En tout bien tout honneur. J'habite à deux pas et je crois qu'une bonne douche et un bon radiateur compenseront pour l'instant le dépit que je lis dans vos yeux ».

Tout grelottant, je la suivis sans discuter et équipé d'un confortable peignoir et de serviettes moelleuses, je me laissais réchauffer par la pluie tiède.

Un peu gêné, je rejoignais ma bienfaitrice dans son salon aux meubles raffinés, avec vue sur le vieux port par les vitres d'un bow-window.
Un chocolat fumant m'y attendait, accompagné de madeleines, de brioche au parfum de fleur d'oranger et d'une jatte de confiture d'oranges amères.

Je n'osais poser la question. Ce fût elle qui aborda l'objet de ma méprise. La danse et les podiums - comme je m'en doutais – des grands couturiers avaient façonné ce corps fragile mais parfait qui vu de dos m'avait attiré. Elle avait gardé une fraîcheur de teint et surtout d'esprit qui se révéla dans notre conversation. Un bien grand mot, car je n'en baillais pas une, buvant ses paroles, déjà amoureux.

Ça va vous paraître fou, mais à l'instant où je croisais le gris de ses yeux, je tombais raide dingue de la Dame au Chapeau. Je pense qu'elle envisagea comme moi une relation platonique ; Non pas de l'amitié ou de l'amour maternel, justifié par les habits de son fils, décédé à mon âge, qui m'allaient comme un gant. Non ! Une véritable attirance entre deux êtres dont les goûts communs abolissaient la différence d'âge.

Nos conversations chocolat devinrent un rituel hebdomadaire. Sa culture - inattendue chez une personne évoluant dans le domaine superficiel de la mode et de la pub – s'était forgée en côtoyant les artistes de son époque. Amie des peintres et des romanciers, muse des poètes, elle avait engrangé quantité de souvenirs, d'anecdotes qui composeraient la matière première de mon futur roman.

*****

Par la verrière du bow-window je cherche en vain la silhouette de ma Dame. Je serais bien en peine aujourd'hui de plonger dans le port, mais j'entends encore ses premiers mots « Jeune homme, si je n'avais pas d'éducation... ».
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Jean-Yves Duchemin · il y a
Je suis un saumon, je remonte jusqu'à la source. Mais si je croise un ours, je dis que je suis un leurre :)
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Mary Benoist · il y a
C'est bien troussé, belle écriture.
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Long John Loodmer · il y a
Merci d'avoir fait l'effort d'aller plus loin

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