La Doudoune sans son beauf

il y a
4 min
44
lectures
6

" Il est des sourires qui ne savent qu'avouer la tristesse du coeur " Jean-Raymond Boudou  [+]

Avant de vous infliger la suite de cette petite histoire pas piquée des hannetons, je souhaiterais, si vous le permettez, jolies lectrices parfumées de poésies, vous remettre en mémoire les déboires de Doudoune et Grosbeauf.

Camarades lecteurs, pas d'ostracisme, vous êtes cordialement invités à nous rejoindre à la mi-temps.

« Ça a débuté comme ça » (si vous préférez une forme plus littéraire, remplacez par « ça commença ainsi », on ne va pas parlementer jusqu'au bout de la nuit pour ci peu).

Un jour de soleil printanier, Grosbeauf demande à Doudoune, la mère de ses trois ou quatre morveux, s'il peut faire un barbecue dans le jardin. Elle s'en fout, car la Doudoune est végétarienne depuis qu'elle ne mange plus d'animaux morts. Mais les circonstances font que ça ne se déroule pas du tout du tout comme prévu : Grosbeauf n'arrive pas à « ALLUMEEEER LE FEU » ; il abuse très légèrement de boissons que la morale réprouve contrairement à la gendarmerie ; la météo est défavorable ; etc.

Ça a fini comme ci.

Doudoune réveille Grosbeauf qui s'est endormi devant le match Marseille-PSG et lui annonce sans prendre de gants – mais heureusement en prenant les morveux – qu'elle le quitte.

Voilà pour ce petit rappel, mais je sens bien qu'il était totalement inutile tant ce texte a suscité de commentaires élogieux de la part des plus grands professionnels de la littérature de qualité – François Busnel ayant été le plus pertinent –, sur la finesse de l'écriture et sur le suspense douloureusement insoutenable de l'intrigue. Je vous remets en mémoire rétinienne le titre stupéfiant, la cerise sur ce bonheur imprimé.

« FOURCHETTE SPECIALE BARBECUE ».

 

Voici... donc... sans plus tarder... la suite... chères lectrices impatientes.

 

Et pour la première fois – vous êtes chanceuses – l'auteur intègre une pincée d'interactivité. Si vous lisez jusqu'au bout – 7449 caractères espaces compris (la lecture des espaces est superflue)  –, vous aurez la possibilité de choisir la fin de l'histoire.

Je précise que ce récit imaginaire est une fiction. Toute ressemblance avec ma personne est purement fortuite.

Les premiers temps, Doudoune a apprécié l'absence de Grosbeauf. Elle avait tiré le gros lot avec lui. Aucune circonstance atténuante, depuis sa plus tendre enfance il a toujours été ce qu'on peut appeler un gros con. Le mieux étant de ne jamais l'appeler bien sûr, mais ce soir-là Doudoune avait un coup dans le nez et le moral dans les chaussettes. Et à l'époque, c'était un beau gars. La Doudoune était jolie aussi et elle l'est toujours.

Un polichinelle dans le tiroir, un mariage, comment dire, époustouflant et trois grossesses plus tard, le piège s'était refermé sur la pauvre Doudoune, une naïve au grand cœur qui rêvait du parfait amour. Un cœur tellement grand qu'elle réussit à y rentrer Grosbeauf. Ça dépasse l'entendement, mais elle était amoureuse. Le quitter lui a arraché le cœur et les entrailles, mais il fallait qu'elle le fasse pour se retrouver, faire le point, si possible final.

 Ce n'était pas facile tous les jours pour cette pauvre Doudoune, entre le travail à la conserverie de sardines et l'éducation de ses quatre petits bouts, elle n'avait pas beaucoup de temps à consacrer aux loisirs et encore moins à la gaudriole. De temps en temps, le soir au coin du feu, quand les petits étaient couchés, elle sortait sa broderie de la malle en osier de Mémé, paix à son âne, et faisait quelques points de croix en buvant sa tisane « jambes en l'air » (mélange de sauge, marronnier d'Inde et vigne rouge). Mais souvent le sommeil la gagnait, la pauvre, levée depuis l'aube pour mettre des sardines en boîte, des boîtes en carton, des cartons en camions. Un ronflement rauque la réveillait, hirsute et défaite sur son canapé-lit. Elle rangeait délicatement sa broderie dans la malle en osier, se donnait un coup de peigne et mettait la viande dans le torchon comme on dit avec élégance. « On débarrassera demain », imitait-elle pour rire un peu si ça ne vous dérange pas.

Le week-end, quand le temps le permettait, elle préparait le pique-nique, les affaires de plage et tout le bazar, prenait le BreizhGo – qui est plus Breizh que Go – avec sa smala en direction de la plage du sillon à Saint-Malo. Quand le temps ne le permettait pas, ce qui est assez rare en Bretagne, elle faisait comme tout le monde.

Un peu après les premiers temps, les deuxièmes temps en quelque sorte, Robert lui a fait ce qu'il conviendrait d'appeler la cour s'il ne s'agissait pas de Robert. Il travaillait avec elle à la conserverie. Il assurait l'entretien des machines, mettait de l'huile dans les rouages, un coup de tournevis par ci, un coup de marteau par là. Il n'aimait pas son travail et disait qu'il aurait pu être ministre s'il avait pu faire des études. Ça faisait rire tout le monde sauf elle, il n'aurait  sûrement pas fait pire que les guignols qu'on voit à la télé.

Un matin sur le parking de la conserverie, pour une fois rasé de près, cravaté si on peut dire, presque propre, il s'est approché à grands pas, tête baissée, dans sa direction. Il lui a presque fait peur. Sans rien dire, tout penaud, il a tendu une enveloppe jaunie et il est reparti les mains dans les poches en traînant les bottes. Doudoune l'a ouverte le soir à la maison. Dans l'enveloppe, il y avait un poème et une photo de l'église du village... Elle était très émue, personne n'avait jamais écrit de poème pour elle. Elle propose de nous en offrir un extrait. Elle ne peut pas le lire en entier, à cause des enfants.

Quand je vois ta main moite prendre la sardine
J'ai les idées dans la tête tout de traviole
Y a un je-ne-sais-quoi qui me turlupine
A mi-chemin entre le coeur et les guiboles

« C'est pas du Victor Hugo, mais il y a quelque chose non ? C'est peut-être le choix des rimes en « ine » et en « ole » qui lui enlève un peu de souffle, dit-elle, le regard attendri. »

Alors que – un sourire en coin – elle hésitait à céder à ses avances, elle reçut une lettre de la clinique des joncs cassés. C'était, je vous le donne Émile, une lettre de Grosbeauf. Quelle surprise ! Grosbeauf savait écrire ! Enfin, niveau CP, mais elle saisit le principal entre les lignes et les tâches de gras. Après sa deuxième opération du foie, dans la salle de réveil, il eut un éblouissement, une révélation. Il aime sa Doudoune à la folie, il ne peut plus vivre une minute sans elle, il regrette, il ne fera plus de barbecue, il ne boira plus trop vite, etc.

Et il termine ainsi : Ma Doudoune, dis, quand tu reviendus ?

 

Comme convenu, au choix, chères lectrices, en fonction de votre sensibilité.

 

Épilogue un :

Il était gros, il était beauf, c'était son Grosbeauf à elle.

« L'amour a ses raisons que la raison ignore ».

Elle partira le rejoindre, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne.

Épilogue deux :

            Robert était rustre, négligé, mais son amour semblait sincère. Et puis il avait un talent certain pour la poésie, la vraie, celle qui sort des sentiers battus.

Elle partira le rejoindre, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne.

Épilogue trois :

Elle jette ses quatre enfants dans la Vologne. Les enfants semblent un peu surpris par la température de l'eau avant de succomber de mort naturelle.

Elle partira les rejoindre, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne.

Épilogue quatre : dans l'hypothèse où les trois premières propositions ne vous agréent pas, charmantes dames, vous serez dans l'obligation de terminer cette histoire vous-même.

DO IT YOURSELF !

Et je ne reverse aucun droit d'auteur !

6

Un petit mot pour l'auteur ? 5 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de JLK
JLK · il y a
Pour oublier son chagrin, rien de tel que le travail.
Doudoune, si t'as d'la peine, sardine.

Image de Demens
Demens · il y a
Le travail, sans oublier la famille et la patrie.
Image de JLK
JLK · il y a
Doudoune et Grosbeauf, ç'aurait été dommage de les perdre!
Image de Demens
Demens · il y a
Merci pour ça JLK.
Image de Demens
Demens · il y a
Ce texte avait disparu dans l'attaque virale. Je l'ai retrouvé, modifié et remis en ligne. Il s'agit de la suite de "Fourchette spéciale barbecue", en espérant qu'il vous plaise.